/!KàWïb <^m, i-^' WHITNEY LIBRARY, HARVARD UNIVËRSITY. THE GIFT OF .1. I). WHITNEY, Stwffis FToqper Professor MUSEUM OF COMPARATIVE Z00L0GY WÈm rmWvvi -"w- m? mm mm 0< COMPTES RENDUS HEBDOMADAIRES DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES PARIS. — IMPRIMERIE DE MALLET-BACHÏLIER, RUE OE SEINE-SAINT-GERMAIN, IO. PRES L INSTITIT. COMPTES RENDUS HEBDOMADAIRES DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES CONFORMEMENT A UNE DECISION DE L'ACADEMIE Oit cette vu fè (Auguste), à Genève. Hansteen, à Christiania. Marianini, à Modène. Forbes (James-David), à Edimbourg. Wheatstone &, à Londres. Plateau, à G and. Delezenne $, à Lille, Nord. Matteucci, à Pise. SCIENCES PHYSIQUES. Section VI. — Chimie (9). BÉRARD ®, à Montpellier, Hérault. Rose (Henri), à Berlin. W6hler(o.^), à Gôttingue. Graham, à Londres. Bunsen (o. $), à Heidelberg. Malaguti (o. ®), à Rennes, Ille-el- Vilaine. Hofmann, a Londres. N N Section VII. — Minéralogie (8). Rose (Gustave), à Berlin. d'Omalius d'Halloy, près de Ciney, Belgique. Murchison (Sir Roderick Impey), à Londres. Fournet $, à Lyon, Rhône. Haidinger, à Vienne. Sedgwick, à Cambridge, Angleterre. Lyell, à Londres. Damour, à Villemoisson, Seine-et-Oise. ÉTAT DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, 'il Section VIII. — Botanique (10). Messieurs : De Martius, à Munich. Théviranus, à Bonn, Prusse Rhénane, Mohl (Hugo), à Tiïbingue. Lestiboudois <$ (Gaspard-Thémistocle), à Lille, Nord. Blume, à Leyde, Pays-Bas. Candolle m (Alphonse de), à Genève! Schimper $ , à Strasbourg, Bas-Rhin. Hooker (Sir William), à Kew, Angleterre. Thuret, à Antibes, Far. Lecoq, à Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme. Section IX. — Economie rurale (10). Bracy-Clark, à Londres. Girardin (O.^), à Lille, Nord. Kuhlmann (o.«j), à Lille, Nord. J. Lindley, à Londres. Pierre fj (Isidore), à Caen, Calvados. Chevandier &, à Cirey, Meurlhe. BEISET # (Jules), à Écorcheboeuf, Seine-Inférieure. Le Marquis Cosimo Bidolfi, à Florence. Benault (o. §?), à Maisons-Alfort, Seine. N Section X. — Anatomie et Zoologie (10). Dufour.^ (Léon), à Saint-Sever, Landes. Quoy (c.^<), à Brest, Finistère. Agassiz, à Boston, États-Unis. Eudes-Deslongchamps $è, à Caen, Calvados. POUCHET &, à Rouen, Seine- Inférieure. Von Baer, à Saint-Pétersbourg. Carus, à Dresde. NORDMANN à Helsingfors, Russie. Purkinje, à Breslau, Prusse. Gervais, à Montpellier, Hérault. 12 ÉTAT DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. Section XI. — Médecine et Chirurgie (8). Messieurs : Panjzza, à Pavie. Brodie (Sir Benj.), à Londres. Sédillot (0.$), à Strasbourg, Bas-Rhin. Guyon (c.$), à Alger. De Virchow (Rodolphe), à Berlin. Denis (de Commercy), àToul, Meurthe. N N Commission pour administrer les propriétés et fonds particuliers de [Académie. Poncelet. Chevreul. Et les Membres composant le Bureau. Conservateur des Collections de l'Académie des Sciences. Becquerel. Changements survenus dans le cours de l'année 1862. (Voir à la page 1 4 de ce volume.) COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES SÉANCE DU LUNDI 3 DÉCEMBRE 1862. PRÉSIDENCE DE M. VELPEAU. RENOUVELLEMENT ANNUEL DU BUREAU ET DE LA COMMISSION ADMINISTRATIVE. L'Académie procède par la voie du scrutin à la nomination d'un Vice- Président qui, cette année, doit être pris parmi les Membres des Sections de Sciences mathématiques. Au premier tour de scrutin, le nombre des votants étant 50 (majo- rité 3 1 ), M. Morin obtient.. . . * 3i suffrages. M. Laugier a3 » M. LlOUVILLE I » M. Delaunay i » M. Morin, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est pro- clamé Vice-Président pour l'année i863. Conformément au Règlement, le Président sortant de fonctions doit, avant de quitter le Bureau, faire connaître à l'Académie l'état où se trouve l'impression des Recueils qu'elle publie et les changements arrivés parmi les Membres et les Correspondants de l'Académie pendant l'année 1862. M. Duhamel, Président pendant l'année 1862, donne à cet égard les ren- seignements suivants : '4 ) Etat de t l'impression des Recueils de l' Académie au {"janvier 1 863. Volumes publiés. ci Mémoirts de i Académie. — Le tome XXVI a paru dans le courant de l'année 1862. » Mémoires des Savants étrangers.— Les tomes XVI et XVII ont également paru dans le courant de l'année 1862. » Comptes rendus de L'Académie. — Les tomes LU (i er semestre 1 86 1), LUI (2 e semestre 1 86 1) et LIV (i er semestre 1862) ont été mis en distribu- tion, avec leurs tables. Volumes en cours de publication. » Mémoir es de T Académie . — TomeXXXII : il y asoixaute-quatorzefeuilles imprimées et douze en copie. (Mémoire de M. Becquerel.) — Tome XXXIV: il y a soixante-treize feuilles imprimées, trois en épreuves et cinq en copie. (Ce volume est en entier de M. Chevreul.) » Mémoires des Savants étrangers. —Tome XVIII : il y a quatorze feuilles tirées et seize à tirer pour le Mémoire de M. Doyère, et huit feuilles en épreuves et six en copie pour le Mémoire de M. Phillips. » Comptes rendus de l'Académie. — Les Comptes rendus ont paru, chaque semaine, avec leur exactitude habituelle. Changements arrivés parmi les Membres depuis le I er janvier 1862. » Membres élus. » Section d Analomie el Zooloi/ie : M. Blanchard, le 10 février 1862, en remplacement de M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire. » Section de Géométrie : M. Ossian Bonnet, le iZj avril 1862, en remplace- ment de M. Biot. » Section de Minéralogie : M. Pasteur, le 8 décembre 1862, en remplace- ment de M. de Senarmont. Membres décédés. » M. Biot, le 3 février 1862; M. de Senarmont, le 3o juin 1862: M. le comte de Gasparin, le 7 septembre 1862. Membres à remplacer. » Section d Economie rurale : M. le comte de Gasparin. ( i5 ) Changements arrivés parmi les Correspondants depuis le 1 er janvier 1862. Correspondants élus. » Section de Minéralogie : Sir Charles Lyell, à Londres, le 20 janvier 1862; M.Damocr, à Villemoisson (Seine-et-Oise), le 21 avril 1862. Correspondants décédés. >. Section de Géométrie : M. Ostroguadski, à Saint-Pétersbourg, le i er janvier 1862. >■ Section de Médecine et Chirurgie : M. Bretonneau, à Tours, le 1 8 février 1862. » Section d'Economie rurale : M. Vilmorin, aux Barres (Loiret), le 21 mars 1862. » Section de Géographie et Navigation : Sir James Clark Ross, à Londres, le 5 avril 1862. » Section d! Astronomie : M. Carlini, à Milan, le 29 août 1862. » Sectionde Chimie: M. Desormes, à Verberie (Oise), le 3o août 1862. Correspondants à remplacer. » Section de Géométrie : M. Ostroguadski, à Saint-Pétersbourg. » Sectionde Mécanique : M. Eytelwein, à Berlin. (Mort le 18 août 1849) » Section d'astronomie : M. Ito.xo, à Cambridge (Etats-Unis). (Sa mort a été annoncée par M. Le Verrier dans la séance" du 21 mars i85g.) M. Carlini, à Milan. » Section de Géographie et Navigation : Sir James Clark Ross, à Londres . » Section de Chimie : M. le baron de Lierig, à Munich, nommé Associé étranger, le i3 mai 1861; M. Desoumes, à Verberie (Oise). » Section cV Economie rurale : M. Vilmorin, aux Barres ( Loiret). » Section de Médecine et Chirurgie : M. Maunoir, à Genève (mort le 16 janvier 186 il; M. Bretonneau, à Tours. NOMINATION DE LA COMMISSION ADMINISTK ATI VE. « A propos du renouvellement des Membres de la Commission adminis- trative, M. Poncelet réclame la parole pour remercier ses confrères de la bienveillance avec laquelle ils l'ont, depuis tant d'années, honoré de leurs suffrages à ce sujet. « Ne pouvant désormais remplir cette importante et utile mission, avec ( '6 ) l'exactitude qu'il juge indispensable, il les prie de vouloir bien reporter leurs votes sur des confrères moins empêchés que lui d'accomplir les devoirs que cette mission impose. » M. le Secrétaire perpétuel exprime l'espoir que pour cette fois encore M. Poncelet voudra bien, si ses confrères le désignent, faire partie de la Commission. D'après les résultats du scrutin, MM. Chevreul et Poxcelet, qui ont réuni lé plus grand nombre de suffrages, sont déclarés Membres de la Commission rentrait' administrative. MEMOIRES ET COMMUNICATIONS DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. PHYSIQUE APPLIQUÉE. — Exjiériences sur les effets de ventilation produits par les cheminées d appartement ; par M. le Général Morin. " Je me propose dans cette Note de faire connaître et de discuter les résul- tats des expériences exécutées par mes soins sur des cheminées ordinaires; mais je dois prévenir qu'il ne faut pas s'attendre à trouver dans ces résultats la concordance que l'on peut espérer dans d'autres études de physique mécanique. L'excessive mobilité de l'air, l'influence qu'exercent sur sa den- sité, sur ses mouvements, les moindres variations de température, ainsi que celles des vents, les circonstances même les plus imprévues, sont autant de causes de perturbations dans les effets à observer, et dès lors tout ce que l'on peut se flatter d'obtenir dans des expériences d'ensemble qui, la plupart du temps, ne peuvent pas être très-prolongées, ce sont des résultats moyens d'où il soit possible de conclure pour la science la confirmation des lois générales déduites des principes de la théorie, et, pour l'art, quelques con- séquences, quelques règles pratiques, qui, appliquées avec prudence, avec une certaine latitude et non d'une manière trop absolue, conduisent à la solution des problèmes cpie l'ingénieur doit résoudre. » C'est dans cette vue à la fois scientifique et pratique que j'ai entrepris les expériences suivantes. » Expériences air les cheminées d'appartement. — Les expériences dont je me propose de faire connaître et de discuter les résultats, ont eu pour objet de déterminer les volumes d'air que peut évacuer une cheminée ordinaire d'appartement dans diverses circonstances, soit par la seule action de la ventilation naturelle, soit avec le concours d'un chauffage plus ou moins ictif, et de comparer les résultats de l'observation à ceux que fournissent ( I? ) les formules déduites de la théorie. J'ai choisi à cet effet la cheminée du cabinet de la direction du Conservatoire des Arts et Métiers. Cette pièce peut à volonté être chauffée par une bouche de chaleur dépendante d'un calorifère à air chaud et par le feu allumé dans la cheminée. J'ai profité de cette circonstance pour faire varier le mode d'introduction de l'air, en tenant, selon les cas, la bouche de chaleur ouverte ou fermée. » On a d'abord mesuré à diverses reprises le volume d'air dont la cheminée déterminait l'évacuation par le seul effet de la différence de température de l'air extérieur et de l'air intérieur sans le concours du chauffage. » Ce volume constituait ce que l'on peut appeler la ventilation naturelle de la cheminée, au moment de l'observation, et il était nécessaire de le connaître, au moins approximativement dans chaque cas, pour le déduire de celui qui devait être évacué par l'action des divers combustibles employés. Il convient cependant de faire remarquer que cette ventilation naturelle est tres-variable, que, comme elle dépend tout à fait des diffé- rences des températures intérieure et extérieure, elle peut, dans certains cas, non seulement devenir nulle, mais même se produire en sens contraire. Il importe donc beaucoup pour de semblables expériences de constater d'abord sa marche et son intensité. » Il est résulté de ces premières expériences que, par des températures extérieures de + i°,8 à io°et des températures intérieures de 18 etde22°, il passait en moyenne par la cheminée de cette pièce environ 4oo mètres cubes d'air par heure. » Ce cabinet destiné à une seule personne et dans lequel il s'en réunit accidentellement dix à douze pour quelques instants, est donc alors très-suf- fisamment ventilé par la seule action apiratoire de la cheminée, même quand il n'y a pas de feu. « Des expériences directes ont montré que le volume d'air ramené à 20 que la bouche de chaleur introduisait dans la pièce était de 1 57 mètres cubes par heure quand il affluait à des températures comprises entre 70 et ioo°, et de ia3 mètres cubes seulement quand il n'arrivait qu'à 45°. » Ce résultat, qui montre combien le volume d'air fourni par les calori- fères croît avec le degré d'échauffenient qui lui est communiqué, explique comment les constructeurs sont conduits à élever la température de l'air fourni par ces appareils. « On verra d'ailleurs plus loin que ce volume d'air amené par la bouche de chaleur croît aussi avec l'énergie de l'appel fait par la cheminée. C. R., i863, 1" Semestre. (T. LVI, N° i.) 3 ( «8 ) » Volumes d'air introduits par les joints des portes et des fenêtres. — Les observations que nous venons de rapporter ont été faites en même temps que celles qui ont été exécutées sur la cheminée non chauffée et dont il a été question plus haut. » Par conséquent, si du volume d'air évacué par la cheminée on retranche celui qui a été introduit par la bouche de chaleur ramené à la température de la pièce, le reste donnera le volume d'air à la même tempé- rature qui s'était introduit par les joints des portes et des fenêtres. Il s'est élevé dans ces expériences à 246 mètres cubes par heure, pour àeux portes et deux fenêtres. » Expériences sur les effets de ventilation produits par les cheminées au moyen de la consommation directe de divers combustibles. — Pour parvenir à déterminer ces effets dans des conditions convenables, j'ai commencé par faire améliorer la construction de la cheminée, afin d'y diminuer le plus possible les tourbillonnements, les pertes de force vive qui en résultent et dont j'ai montré dans une Note précédente l'influence considérable sur les mouvements de l'air. La hotte de la cheminée a été réduite de manière à ne présenter à sa base qu'un passage de o m ,/jo de largeur sur o m , 22 de pro- fondeur, régulièrement raccordé avec son conduit rectangulaire supérieur. Par suite de ces modifications, la contraction de l'air à l'entrée a été sensi- blement annulée, les tourbillonnements supprimés, et le mouvement de l'air s'est graduellement accéléré depuis le bas jusqu'au conduit. » Le chauffage a eu lieu successivement avec du bois, avec de la houille, et avec du gaz, eii tenant compte des quantités consommées. » Sans rapporter ici tous les détails des résultats obtenus, je me conten- terai de signaler les principales conséquences des séries d'expériences faites sur deux cheminées. » La première de ces cheminées, dans laquelle il n'y avait pas d'appareil à grille creuse et dont les conduits avaient été raccordés, comme je viens de le dire, de manière à éviter autant que possible les tourbillonnements et les pertes de force vive, a évacué de iaoo à i3oo mètres cubes d'air par heure avec une consommation de 8 kil ,26 de bois par heure. » La seconde, dont l'entrée était en partie obstruée par un appareil à grille creuse et qui était moins bien disposée à l'intérieur, n'a évacué que 835 mètres cubes d'air par heure avec une consommation de 8 kl1 , 88 de bois par heure. » L'excès de la température dans la cheminée sur la température exté- rieure était d'ailleurs peu différent dans les deux cas et même inférieur dans le premier. ( -9) » Le volume d'air nouveau introduit par la bouche de chaleur de l'ap- pareil à grill e de la seconde cheminée n'a été que de 19 mètres cubes par heure ou -~ du volume total évacué par cette cheminée, et sa température à la sortie de la bouche était de i32°. » Quantité de chaleur communiquée à l'air par la combustion du bois. — Connaissant le volume d'air appelé par la cheminée, sa température initiale et celle qu'il avait acquise, il a été facile de calculer, dans chaque cas, le nombre d'unités de chaleur qui lui avaient été communiquées, et qu'il avait emportées sans utilité pour le chauffage de l'appartement. » Ces quantités de chaleur ont été : Dans la cheminée sans appareil à grille \ le 19 mars... 3279 calories, d'introduction d'air nouveau Me 12 avril. . . 4 '9' " Moyenne. . . 3y35 » Dans la cheminée avec appareil ù grille, le 4 juin 2796 » » On voit par ces nombres que la cheminée ouverte a utilisé pour la ventilation toute la chaleur qu'a développée le bois, et qui pour le bois bien sec est d'environ 36oo calories. » La cheminée avec appareil à grille de circulation d'air nouveau, offrant une assez grande surface de dispersion de la chaleur, a donné un résultat moins favorable. 11 y a lieu cependant de croire que, dans un chauffage con- tinué plus longtemps, les masses voisines de maçonnerie peu conductrices étant parvenues à une température normale, l'utilisation delà chaleur s'ap- procherait de la valeur obtenue avec la première cheminée. » Chaujjcuje à la houille. — Des expériences analogues aux précédentes ont été exécutées dans la cheminée sans grille creuse, en y brûlant de la houille sur une grille, dont on a fait varier la disposition, afin d'obtenir les résultats les plus favorables au point de vue de la ventilation. Sans en reproduire les résultats en détail, je me bornerai à en signaler les consé- quences principales. » La plus importante c'est que, à l'aide d'une cheminée ordinaire d'ap- partement des proportions en usage dans les constructions actuelles, on peut augmenter la ventilation naturelle de 3oo mètres cubes d'air par kilo- gramme de houille brûlée, et, comme on peut facilement y brûler L\ kilo- grammes de houille par heure, il s'ensuit que le volume d'air qu'une sem- blable cheminée d'appartement est susceptible d'évacuer, peut être élevé à 1200 mètres cubes au moins par heure. L'expérience montre aussi que la quantité de chaleur emportée par l'air évacué s'élève à 6000 ou 65oo uni- 3.. ( ™ ) tés par kilogramme de charbon brûlé, c'est-à-dire aux ^ au moins de la chaleur totale développée par le combustible. » Emploi du gaz d'éclairage pour activer la ventilation dans les appartements. — Si l'usage d'un foyer alimenté par le bois ou par la houille produit dans une cheminée ordinaire un appel énergique, il serait la plupart du temps difficile d'y recourir pour assurer la ventilation d'appartements dont on vou- drait empêcher la température de s'élever; on pourrait cependant y parve- nir à l'aide de dispositions convenables. Mais il est évident qu'il est facile de remplacer ces combustibles par le gaz que l'on peut, à l'aide de tuyaux d'un petit volume, faire brûler dans l'intérieur de la cheminée, sans que la flamme soit apparente et répande ni chaleur ni odeur à l'intérieur. » Expériences sur les effets de ventilation produits dans une cheminée d'appar- tement par la combustion du gaz. — Pour réaliser des expériences directes sur la ventilation d'un appartement an moyen de la combustion du gaz, j'ai fait disposer dans la cheminée où ont été faites les expériences précédentes un conduit de forme rectangulaire de o m ,265 de longueur sur o m ,io de lar- geur, communiquant avec un tuyau de conduite du gaz d'éclairage. Cent six trous ont été percés dans ce tuyau. » Un compteur établi sur le conduit d'arrivée indiquait le volume du gaz consommé, lequel était d'ailleurs assez régulier, Des thermomètres placés à l'extérieur et à l'intérieur du cabinet donnaient les températures. Quant à celle de l'air qui passait par la cheminée, elle était a l'arrivée la même que dans le cabinet, et au-dessus du tuyau à gaz elle était indiquée par un ther- momètre particulier. nAPPORT VOLUME AC- nom un E NOMBRE de VITESSE TEMPÉRATURES d'air CROIS- d'unités d'unités la densité de l'air appelé SEMENT de VOLL'ME de de dans VALEUR par de chaleur du gaZ chaleur évacué l'air du le con- de DATES. nrrÉRiEURE. la che- tempé- reçues brûlé déve- par cabinet à duit de tf=T. 1 X1L- minée rature par 1 air en loppées mètre celle la che- , — — en éprou- (olal i iieure. par cube de l'air minée RiEilitE Ca- binet. Cbe- raiiiée. l heure Total. vé par l'air. évacué ■ mètre culie de gaz. de gaz. de la chemi- née. V. 1802. calories roc calor. 430,9 1,171 3,8i 7,28 i8 Avril. i5 18 es 1026 5o 14796 2,"38i Ô2l4 3oo,3 1 ,226 4,63 8,06 21 Avril. 20 »9 85 iiSo 66 22386 3,93 5722 281,2 1 ,222 4,3 9 7 ,8i 2) Avril. 12 ,5 20 55 1 1^5 35 SOQ46 4,00 5*38 I ,222 4,64 8,12 i \ Juin. ■4 20 85 1 190 M< jyenne. 5758 ( «M ) » Observations sur l'introduction de l'air nouveau. — - Dans l'expérience faite le i/\ juin, le volume d'air écoulé par la cheminée a été trouvé égal à [ 190 mètres cubes par heure, et en même temps le volume introduit dans le cabinet par la bouche de chaleur qui amenait l'air frais des caves à travers le calorifère était de 3o4 mètres cubes par heure. Cet air nouveau était conduit près du plafond par un tuyau de o m ,3o de diamètre, et l'on à ainsi réalisé l'introduction de l'air près du plafond et l'extraction près du plancher. » L'air extérieur étant à la température de 18 à icf, celui qui affluait des caves était à i6°,5 ou 17 . » La température du cabinet a été maintenue à 19011 20 , tandis qu'une pièce voisine à la même exposition était à la température de 21 à 22 . Ainsi l'introduction de l'air frais venant des caves a fait maintenir la température du cabinet à 2 environ au-dessous de celle de la pièce voisine. » Le volume d'air évacué par la cheminée étant de 1 190 mètres cubes par heure, tandis que la bouche de chaleur n'en fournissait que 3o4 mè- tres cubes, le reste ou 886 mètres cubes entraient par les joints des portes et des fenêtres. Il est évident que, si plusieurs autres ouvertures avaient été ménagées et mises en communication directe avec les caves, on aurait pu aspirer par ces ouvertures la presque totalité de l'air évacué par la che- minée et faire de même arriver cet air frais au plafond. » Deuxième série d'expériences sur les effets de ventilation produits par là combustion du gaz d éclairage. — Du 18 août au 11 septembre 1862 on a exécuté dans la même cheminée une deuxième série d'expériences, dans laquelle on a fait varier entre des limites très-étendues les volumes de gaz consommé. » Le 18 août on a cherché, par une expérience préalable, à déterminer quel était le volume d'air évacué par la seule action de la ventilation natu- relle, et on a trouvé que, par une température extérieure de i9°,4 et une température intérieure de 20 , elle était de igo mètres cubes par heure. » La différence entre les températures extérieure et intérieure ayant peu varié pendant ces expériences, on a pu admettre, au moins comme approxi- mation, que la ventilation naturelle a été à peu près le même pendant leur durée. ( 22 ) Deuxième série d'expériences sur les effets de ventilation produits pur la combustion ilu %az d'éclaitase. NOMBRE RAPPORT TE M PEU AT U I1ES VOLUME Ii'aIR appelé par la chemin, c en l heure. ACCROIS- SEMEM de lecipéra- VOLUME du gaz d'unités de ebalear utili- VOLUME d'air évacué par des densités de fair de la VALEUR de la vitesse VALEUR v\ DATES INTEliIEriiE. ^ lure l.r.ilu sées cheminée diins EXTÉ- RIEURE. Caliinet Clic- mînéo Total. Il 11 a l'action iJu ^'az éprouvé par l'air t — T [jar lieure. ;■ ir mètre cube de fïaz ni lie il- .'.'!/, brûlé a celle de l'air du cabinet le conduit V'-T brûlé. 1862. me me roc cal me 1 2$ août. 16 20 26 585 394 10,0 0,2lS 4^03 181S 0,980 20 GG ioG5 S7'i 48,25 2,636 46o3 332 0,864 3,rj5 6,97 î so l ' 1 5 '9 55 , 5 9G2 77' 45,5o 2,000 4,!>3 3S5 o,8S 9 3,4G 6,74 6 4 sept. iS '9 G5 io3G S.'|5 47,00 2,500 4583 3;S 0,866 3,84 6,86 G sept. '-.:'' 50 75 1094 go3 57,25 3,000 4836 3oi o,S.lo /,,,. 6 7,58 S 1 1 sept iS >9, 5 79, 5 1129 9 38 61 ,5o 3,478 5',53 2C9 o,835 4,3', 7,85 » Représentation r/rapliique des résultats des expériences. — Si l'on prend pour abscisses les volumes de gaz brûlés par heure, et pour ordonnées les vo- lumes d'air évacués par l'action du gaz, on obtient une série de points dont le lieu parait être une courbe de forme hyperbolique ayant pour asym- ptotes les axes coordonnés, mais cette courbe n'est pas une byperbole équi- latère [fig. a). Fig. a. ( 23 ) » Sa forme générale indique avec évidence que les volumes d'air évacué par mètre cube de gaz brûlé sont d'autant plus considérables que les vo- lumes de gaz brûlé sont moindres, ce qui montre l'avantage que présente au point de vue de l'économie l'emploi des températures modérées. » Enfin si l'on prend pour abscisses les volumes de gaz bridés par heure, et pour ordonnées l'excès t — T de la température, dans le conduit sur la température extérieure, on obtient une courbe dont la concavité est tour- née vers la ligne des abscisses, ce qui prouve que ces excès de tempéra- ture croissent moins rapidement que les volumes de gaz brûlés, et comme les volumes d'air évacués ne croissent tout au plus que proportionnellement aux racines carrées de t — T, il s'ensuit encore que les effets de ventilation sont bien loin de croître proportionnellement à ces excès de température et aux consommations de gaz, ce qui est tout à fait conforme aux indications de la théorie. » Quantité de chaleur utilisée par mètre cube de gaz brûlé. — En cal- culant comme nous l'avons fait pour le bois et pour la houille la quan- tité de chaleur communiquée à l'air par le gaz brûlé, nous avons pu en déduire le nombre d'unités de chaleur qui ont été emportées par l'air, et qui par conséquent peuvent être regardées comme utilisées pour la ventilation. » La difficulté de déterminer avec exactitude le température est assez grande et exige des précautions spéciales. Aussi les résultats ne sont-ils pas exempts de toute incertitude. » Je reproduis à part ceux qu'ont fournis les deux séries d'expériences : PREMIÈRE SÉRIE. Dates. Otiantité de chaleur utilisée par mètre cube île gaz brûle. 18 Avril : (1214 2 1 Avril 5712 ?-4 Avril 5238 Moyenne. . . 5^58 » Les observations de la deuxième série où l'on a pu déterminer plus exactement la température moyenne dans la cheminée, ont fourni les résul- tats suivants: ( 24 DEUXIEME SEK1E. Le 28 Août, quantité de chaleur utilisée par mètre cube de gaz brûlé. 28 Août 45 jo8 calories. te) Août 5647 5 Septembre 565g 6 Septembre 4^°3 4 Septembre 449^ 4 Septembre 4^83 6 Septembre 4$36 i t Septembre 5453 Moyenne. . . 497^ » Les valeurs des quantités de chaleur communiquées à l'air évacué par mètre cube de g*az brûlé sont notablement inférieures dans cette deuxième série à celles qui ont été trouvées dans la première. Mais il faut aussi obser- ver que dans cette deuxième série les expériences ont été moins prolongées que dans la première, et que les quantités de chaleur absorbées parles parois de la cheminée y ont été nécessairement plus grandes à proportion. Quoi qu'il en soit, il résulte de cet ensemble d'observations que la quantité de chaleur que l'on peut communiquer à l'air dans une cheminée par mètre cube de gaz brûlé s'élève en moyenne à plus de 5ooo calories, c'est-à-dire aux | de celle que développe le gaz par sa combustion. Cette donnée d'ex- périence pourra servir pour la solution des questions d'application. ■> Observations relatives nu chaujjage par les cheminées. — Si les expériences précédentes mettent en évidence les effets puissants de ventilation que pro- duisent naturellement les cheminées et le parti que l'on peut en tirer pour l'assainissement des lieux habités, elles expliquent en même temps com- ment pour le chauffage elles sont un moyen si peu économique. » La presque totalité de la chaleur développée par les combustibles étant, comme on vient de le voir, emportée par l'air, l'échaufiement des apparte- ments n'est produit que par le rayonnement, qui n'a lieu que par une ou deux des faces de l'espace qui contient le combustible. » D'une autre part, si l'appel énergique d'air extérieur que produit une cheminée est favorable à la ventilation, l'introduction de cet air froid par les joints des portes et des fenêtres et par leur ouverture momentanée est une cause incessante de refroidissement, et l'on sait qu'elle est parfois fort désagréable. ( *5 ) » Au point de vue du chauffage, il convient donc de restreindre le vo- lume d'air appelé de l'extérieur par la cheminée à ce qui est nécessaire pour en assurer la marche stable et régulière, et d'utiliser une partie de la chaleur développée par le combustible pour introduire dans les apparte- ments le plus grand volume possible clair chaud, en évitant cependant cpie la température de cet air soit aussi élevée que celle que déterminent habi- tuellement la plupart des appareils en usage. Sous ce rapport, l'emploi des calorifères généraux qui versent dans les vestibules, dans les escaliers et dans une partie des pièces d'un édifice, une grande quantité d'air qui se mêle à l'air extérieur, sera toujours un auxiliaire utile du chauffage et de la ventilation, en introduisant dans l'intérieur des appartements de l'air mo- dérément chauffé. » Vérification des formules théoriques par les résultats des séries d'expé- riences précédentes. — Les diverses séries d'expériences sur les effets de ven- tilation produits par la consommation de quantités données de bois, de houille ou de gaz, outre l'utilité qu'elles peuvent - avoir pour la pratique, nous fournissent une vérification remarquable des formules auxquelles la théorie nous a conduit. C'est ce que nous allons chercher à montrer en rapprochant les uns des autres les résultats qu'elles ont donnés. » Mais auparavant il convient de rappeler qu'après les premières expé- riences faites sur cette cheminée j'en avais fait modifier la construction inté- rieure. La partie que l'on nomme la hotte, rétrécie à sa base de manière à n'avoir que les dimensions des passages d'accès de l'air, avait été réguliè- rement raccordée avec le conduit proprement dit, de sorte que l'air n'é- prouvait point de contraction' sensible à son entrée, et que le rétrécissement graduel des sections de passage ne donnait lieu à aucune perte de force vive. Il résultait de ces nouvelles dispositions que dans la formule qui donne la vitesse de l'air à la température t du conduit et qui est U = le terme (- i] disparaissait, et que le terme — — étant à peu près égal à l'unité, par suite de la suppression du mitron elle devenait pour cette cheminée modifiée, en faisant a g- =19,62, rt = o,oo3665 H = 19™, 85 C. R., i863, I er Semestre. (T. LVI, N*> l.) 4 1 a ff «H(r— T) i +«T \m,A,y ;pit pf niip 1p tprnip ( et T = 20°, ( *6) U = o,473\/<-T, en attribuant àT une valeur moyenne égale à 20 , ce qui du reste influe peu sur les résultats. Or si nous réunissons les expériences faites .en brû- lant du bois, de la bouille ou du gaz, en mettant en regard les tempéra- tures et les vitesses observées, nous pouvons en former le tableau suivant : Comparaison des différences t — T des températures et des vitesses U déduites de l'observation. TEMPÉRATUUES EXCÈS MOTEUIt VALEURS VITESSE U COHBUSTIBLL des do dans le conduit employé. T t températures y/F-T. de extérieure. dans la conduite do la cheminée. £ — T. la cheminée. i5 8 9" .07 u 75 99 8,66 9)9J m 5,04 5,5 7 ■ 5 102 87 9,32 4,78 1 l5 88 73 8,54 4,6l t i5 i5 80 129 65 114 8,06 10,68 5,o3 5,i6 i5 i43 128 11 ,3i 5,53 i8,5 42 ï3,5 4,86 2,58 ,5 68 53 7,28 3,84 Gaz (i rc série) , 20 22,5 85 85 65 62,5 8,06 7,81 4,63 4,3g •9 85 66 8,12 4,64 i5,5 23 8,5 2>92 i,85 16 26 10 3,l6 >)92 17,5 29 ii,5 3,45 2,65 '7 45 28 5,29 2,72 ■7>7 5 56 48,25 6,97 3,95 i5 55,5 4o,5 6,3 7 3,46 18 65 47 6,86 3,84 ■7>75 75 57,25 7,58 4,16 18 79. 5 61,5 7,85 4,34 » Représentation graphique générale des résultats des expériences faites dans le cabinet de la direction du Conservatoire en brûlant du bois, de la houille ou du gaz(fig. b). — Si maintenant nous prenons les valeurs de \jt — 1 pour ( 2 7 ) Fig. b. abscisses, et celles des vitesses U de l'air à la température t dans le conduit de la cheminée pour ordonnées, et que nous désignions par les lettres b (le bois), h (la houille), g (le gaz), les points qui appartiennent à ces diverses séries d'expériences, nous trouverons que tous les points ainsi déterminés, malgré quelques anomalies inévitables dans des phénomènes influencés par les moindres variations de température, sont à très-peu près situés sur une même ligne droite passant par l'origine, et dont l'équation serait U = o,54V«-T, tandis que la formule théorique nous donnerait U = o,47v'i-T. » Cette comparaison montre donc l'exactitude complète de cette consé- quence de la théorie que, pour une même température extérieure les vitesses de l'air dans les cheminées sont proportionnelles aux racines carrées de l'excès de la température moyenne intérieure dans la cheminée sur cette température extérieure. i° Que la formule théorique fournit des résultats inférieurs dans le cas actuel de \ environ à ceux de l'expérience, et que par conséquent dans les calculs d'établissement elle peut être employée sans crainte d'erreur grave. 4- ( 28 ) » Les expériences dont je viens de faire connaître les résultats, en mon- trant la puissance des effets de ventilation que l'on peut obtenir par l'em- ploi direct des combustibles ordinaires ou du gaz d'éclairage, peuvent avoir pour la ventilation des lieux habités et des salles de réunion momentanée des applications aussi directes que nombreuses} elles sont trop faciles à réaliser pour que je croie utile de les indiquer. » RAPPORTS. Géodésie. — Rappoil verbal sur le Protocole de la Conférence géodésique tenue à Berlin en avril 1862 [Protocole adressé à ( Académie par M. le Ministre d'Etat). (Rapporteur M. Faye.) < M. le Ministre d'État a adressé à l'Académie, dans sa séance du i5 dé- cembre dernier, une communication du plus haut intérêt sur une entre- prise scientifique dont on s'occupe actuellement avec ardeur en Allemagne. Il s'agit du compte rendu de la Conférence que M. le général Baeyer a organisée à Berlin, de concert avec le général directeur du Dépôt de la Guerre à Vienne et avec le concours de savants distingués de Saxe et d'Au- triche, à l'effet de. relier dans un plan d'ensemble toutes les triangulations géodésiques de l'Allemagne et de l'Italie. Le résultat final de cette vaste opération serait la mesure d'un arc de méridien égal en étendue à l'arc anglo-français et d'une série d'arcs de parallèles échelonnés sur le parcours de cette grande méridienne. Par ces parallèles, les triangulations d'Angle- terre et de France se trouveraient bientôt rattachées à la méridienne russe, en sorte que l'Europe serait couverte d'un immense réseau où la science puiserait pour ainsi dire à pleines mains les éléments numériques des plus importantes recherches, tant sur la figure mathématique du globe terrestre (pie sur les irrégularités locales dont cette figure porte l'empreinte. » Tel est en quelques mots le projet dont l'Académie m'a chargé de lui rendre compte. Son importance m'engage à vous prier de me permettre de donner à mon travail un peu plus d'étendue que n'en comporte d'ordinaire lia Rapport verbal. Une autre circonstance ajoute encore à l'intérêt de la communication de M. le Ministre d'État, et je ne sais vraiment s'il serait convenable de passer ici sous silence un fait qui prouve que la France n'a pas abandonné à ses émules le soin de ces nobles entreprises : c'est la coïn- cidence remarquable de la réunion de Berlin avec les études que le Bureau ( »9) des Longitudes faisait faire, précisément à la même époque (avril 186a), en invoquant l'indispensable concours du Dépôt de la Guerre, pour le cou- ronnement du réseau français. Cette simultanéité indique assez que les questions de ce genre, si souvent débattues dans votre sein depuis une douzaine d'années (i), ont pris assez de consistance et d'opportunité pour entrer enfin dans le domaine de l'exécution. » Si l'on examine la situation de l'Allemagne au point de vue de ces grandes entreprises géodésiques qui ont fait tant d'honneur à la France d'abord, puis dans ces derniers temps à l'Angleterre et à la Russie, on trouve que sa part de progrès est plutôt théorique que pratique. On lui doit une précieuse méthode pour la détermination exacte des latitudes, la découverte d'une erreur capitale qui entachait les anciennes observations du pendule, une foule d'études et de procédés capables d'élever au plus haut point la précision des mesures, et surtout l'application la plus heu- reuse de la méthode des moindres carrés aux calculs géodésiques ou même aux simples mesures cadastrales. Mais l'Allemagne ne se dissimule point que son vaste territoire n'offre jusqu'ici que de minces ressources pour l'étude de la figure de la Terre : dans les calculs qu'exige cette étude, les petits arcs méridiens de Hanovre et de Prusse s'évanouissent pour ainsi dire devant les grands arcs anglais, français, indien et russe; ils n'ajoutent presque rien à la valeur des résultats. » Néanmoins l'Allemagne possède de grandes triangulations réparties un peu au hasard, je veux dire sans idée d'ensemble, dans toutes les parties de la Confédération germanique. Pour leur donner une valeur scientifique, il faudrait réviser ces triangulations, les relier entre elles, les compléter par des déterminations astronomiques. C'est là la pensée que M. le général Baeyer, bien connu du monde savant par sa belle triangulation des côtes prussiennes, vient de soumettre à l'Allemagne, en la plaçant sous l'invoca- tion d'un nom qui rallie toutes les sympathies, le nom de l'un de vos plus illustres Associés étrangers, M. de Humboldt. Le plan du général prussien, immédiatement accueilli par la Saxe et l'Autriche, a donné naissance à une sorte d'association géodésique allemande qui s'est constituée à Berlin dans une première conférence dont M. le Ministre d'État vous a adressé le proto- cole autographié. Je laisse de côté les importants Mémoires de M. le général (i) Voir la Lettre du général Blondel, directeur du Dépôt de la Guerre, à M. Arago, dan? la séance du 3 janvier i853, Comptes rendus, t. XXXVI, p. 29. ( 3o ) Baeyer, parce qu'ils sont dans le domaine public ; mais je dois appeler toute votre attention sur les séances de la Commission. » Cette Commission , composée du général Baeyer, à qui la prési- dence a été naturellement dévolue, de M. le général de Fligely, directeur du Dépôt de la Guerre à Vienne, et de plusieurs savants éminents de Saxe et d'Autriche, s'est réunie à Berlin en avril dernier. Voici l'analyse succincte de son protocole. » Après avoir examiné avec soin la valeur de toutes les triangulations existantes au moyen d'un critérium posé d'avance, on a reconnu qu'à l'exception de celles de Bohème et de Saxe elles pouvaient être utilisées pour la formation d'un grand réseau couvrant la partie moyenne de l'Eu- rope depuis le parallèle de Christiania ou d'Upsal jusqu'à celui de Païenne. Il resterait donc à refaire les parties vicieuses où l'erreur de la somme des trois angles de chaque triangle dépasse habituellement 3" et à joindre entre eux les réseaux de Prusse, de Saxe et d'Autriche. » De même les chaînes de triangles dans les provinces italiennes, en Lombardie et dans les États de l'Église sont bonnes; il faudrait seulement reprendre les triangles de jonction avec les deux chaînes latérales qui bor- dent les côtes de Toscane et des Marches, afin de remplacer un certain nombre d'anciens triangles mal conditionnés. On s'est assuré qu'en Alle- magne les opérations de jonction n'éprouveront aucune difficulté sérieuse. Les longitudes seront déterminées à l'aide du télégraphe électrique; les bases nouvelles seront mesurées avec l'appareil de Bessel; l'unité linéaire adoptée pour toutes les mesures et tous les calculs sera la toise du Pérou, dont l'Allemagne et la Russie possèdent fort heureusement des copies authentiques. On établira d'ailleurs autant de stations astronomiques qu'il en faudra pour étudier les anomalies locales, car les promoteurs de cette grande entreprise s'attacheront d'une manière spéciale à cette étude si sou- vent recommandée dans cette enceinte par les voix les plus autorisées. L'Académie apprendra, je pense, avec plaisir que l'Union Géodésique alle- mande s'est inspirée d'une idée toute française en décidant que de nom- breuses observations du pendule seraient faites dans ces diverses stations. Le général Baeyer n'a pas manqué en effet de rendre hommage à la France (i) pour ses nombreuses expéditions nautiques destinées en partie à porter le pendule dansl'hémisphère austral, depuis celle de La peyrouse jusqu'à celles de Freycinet et de Duperrey, et pour les travaux analogues que le Bureau (i) Dans un de ses Mémoires également adressés à l'Académie par M. le Ministre d'État. ( 3i ) des Longitudes a fait exécuter sur notre réseau géodésique depuis les îles Shetland jusqu'à Formentera, et depuis l'océan Atlantique jusqu'aux rives de l'Adriatique. Cette décision comblera ainsi une lacune regrettable qui n'est pas particulière à la géodésie de l'Allemagne, car on la retrouve par- tout, sauf en France et en Angleterre. La Commission ne semble d'ailleurs faire aucun doute que le plan arrêté par elle ne reçoive bientôt la sanction des gouvernements intéressés, en Allemagne du moins. » Tel est le résumé succinct que j'avais d'abord à vous soumettre. Mais ce qui frappe le plus à la lecture de ce protocole, c'est, après la grandeur du plan lui-même, la volonté exprimée d'introduire dans toutes les parties du travail une complète uniformité de méthodes, soit pour l'observation, soit pour le calcul (i). Cette uniformité, facile à obtenir dans la France unitaire, n'est pas chose aussi simple en Allemagne. Il y a plus : en adressant ce pro- tocole à notre Gouvernement, le général Baeyer semble nous convier à éta- blir entre nos projets et les siens une concordance d'autant plus désirable que ces deux projets sont en réalilé solidaires. La science en est venue à ce point qu'après avoir couvert chaque contrée d'Europe de ses triangulations elle doit s'attacher désormais à les relier entre elles. Le septième parallèle de l'Association Géodésique allemande n'est autre chose que le prolongement de notre parallèle moyen; celui de Vienne à Munich est notre parallèle de Brest à Strasbourg; et le parallèle de Berlin coïncide à peu près avec cet immense développement de triangles par lesquels la Bussie et l'Angleterre relient, au moment où je parle, les côtes d'Irlande aux bords du Volga, et qu'on nomme déjà le grand parallèle européen. j> Cette conformité de vues dont se préoccupe l'Allemagne ne manquera donc pas d'être appréciée en France; nous en accueillerons la pensée avec empressement, et tout d'abord je demanderai la permission d'appeler votre attention sur une dissidence qu'un examen plus approfondi fera aisément disparaître. La question est nouvelle, je crois, pour l'Académie; elle ne manquera certes pas d'intérêt pour les prochaines conférences de Berlin. Je veux parler des anomalies locales et de la manière de les traiter. Les savants allemands semblent compter, pour cela, sur l'emploi du calcul des proba- bilités; nous, nous serions disposés à compter un peu plus sur l'expérience directe. Or dans la pratiqué les choses changent du tout au tout selon qu'on se place à l'un ou à l'autre point de vue. Pour le premier, il suffit d'avoir de nombreuses stations astronomiques, et l'Allemagne n'en man- (i) Sur la proposition de M. deLittrow. (3 2 ) quera pas; pour le deuxième, il faut de plus que le terrain de chaque station ait été l'objet d'un nivellement assez détaillent d'une reconnaissance géolo- gique jusqu'à une distance plus ou moins considérable, a6n que le calcula- teur puisse déterminer avec précision l'influence exercée par le relief du sol ambiant sur la verticale de l'observateur. » En fait d'attractions locales, il convient en effet de distinguer les causes extérieures ou visibles des causes internes cachées dans l'épaisseur de l'é- corce terrestre. Les premières sont les masses saillantes isolées de toute part, collines ou montagnes détachées; les masses allongées en forme de prismes indéfinis, telles que les chaînes de montagnes; enfin les plateaux élevés. Elles dévient le fil à plomb chacune à sa manière, et influent, diversement aussi, sur les oscillations du pendule; mais la déviation imprimée à la verticale peut être calculée, aussi bien que l'altération produite dans l'intensité de la pe- santeur, à la seule condition de connaître le relief du sol et sa densité ap- prochée. Les beaux travaux de Y Ordnance Survej, qui tient lieu en An- gleterre de notre Dépôt de la Guerre, nous ont prouvé tout récemment qu'il est à la fois possible et avantageux d'introduire dans les calculs géodésiques les corrections dues à l'action de ces causes extérieures. Un tel système de corrections, dont les astronomes n'ont pas à s'occuper dans leurs observa- tions, devient indispensable, au contraire, quand il s'agit d'étudier à l'aide de la géodésie la véritable figure de la Terre et les accidents de cette surface qui dépendent de la structure géologique de l'écorce terrestre. Pour que le fil à plomb ou le pendule des géodésiens puissent justifier le nom d'instru- ments géognostiques que leur ont si justement donné MM. de Humboldt et Élie de Beaumont, il faut d'abord supprimer dans leurs indications ce qui est dû à l'action des causes extérieures. » Les causes internes présentent, en effet, au même point de vue, des caractères tout semblables. On aura affaire à des masses intérieures invi- sibles, dont la nature minéralogique et la densité tranchent fortement avec celles des couches où elles ont pénétré. Ces masses auront une étendue limi- tée en tous sens comme celles de certaines roches ignées qui ont traversé des terrains anciens, mais que recouvrent des couches plus récentes; ou bien une disposition linéaire, telles que les dykes de porphyre ou de basalte qui ont rempli des failles rectilignes de quelque étendue; ou bien encore dévastes nappes de matières épanchées à l'état de fusion et recouvrant de grands es- paces horizontaux d'une couche dont l'épaisseur est à peu près constante. Le pendule et le fil à plomb peuvent servir à distinguer ces divers cas, pourvu qu'on possède des méthodes d'observation à la fois précises et rapides. La ( 33 ) masse perturbatrice est-elle de figuie limitée en tous sens? son attraction, assi- milable à celle d'une sphère à partir d'une distance suffisante, décroîtra tout autour, à peu prés comme le carré de la distance. Est-elle allongée, indéfinie dans un sens seulement elle agira comme un prisme on plutôt comme un cvlindre indéfini, en raison inverse de la simple distance. Est-elle assimila- ble à une couche plane d'épaisseur constante, indéfinie dans tous les sens? son action sur le pendule sera indépendante de la distance comptée vertica- lement au-dessus de cette couche. Ainsi les perturbations dues aux acci- dents intérieurs et invisibles sont complètement analogues à celles que pro- duisent les accidents du relief extérieur ; pour tirer quelque renseignement utile de l'étude des anomalies locales, il faut donc éliminer d'abord tout ce qui tombe sous nos yeux, sous l'empire de nos mesures et de nos calculs. » La géodésie a déjà rencontré dans cette voie de singulières difficultés devant lesquelles de grands esprits et de grandes entreprises sont venus se heurter. Tels sont l'accroissement peu prévu de la pesanteur constaté avec le pendule en plein Océan, loin des côtes, et le peu d'action de certaines chaînes de montagnes sur le fil à plomb. Le grand arc des Indes, par exemple, aboutit à l'énorme massif de l'Himalaya sans en avoir ressenti, pour ainsi dire, l'influence : là où la déviation de la verticale devait être d'une demi-minute, les opérations géodésiques n'accusent rien. Ce sont là des problèmes qu'il s'agit maintenant d'aborder ; leur heure est venue, mais quand on en considère de près toute la difficulté, on conçoit combien une entente commune serait utile entre tous les pays. » S'il m'était permis de hasarder au sujet de cette entente nue sorte de critique, je représenterais à nos savants confrères d'outre-Rhin qu'il y aurait peut-être quelque chose de trop particulier à l'Allemagne s'ils s'en tenaient, pour les calculs, aux éléments de l'ellipsoïde terrestre déterminés par Bessel ; pour la mesure des bases, aux seuls appareils de Bessel; pour les obser- vations astronomiques, aux seuls instruments, aux seules méthodes con- çues ou expérimentées en Allemagne. Et jusque dans le choix de l'unité linéaire recommandée par le général Baeyer, avec pleine raison d'ailleurs tant qu'il ne s'agit cpie de géodésie, on entrevoit je ne sais quelle tendance hostile au système métrique, qui, pour avoir été réalisé d'abord en France, à une époque de luttes désastreuses avec l'Allemagne, n'en est pas moins le système cosmopolite par excellence auquel les autres nations finiront par se rallier. Sur ce point-là, j'imagine, M. de Humboldt ne se fût pas trouvé d'accord avec le savant général. C. R., .8*3 i« Semestre. (T. LSI. V i.) 5 ( 34) » Pour terminer cette rapide appréciation de l'opération projetée dans l'Europe moyenne, nous ajouterons qu'elle répond parfaitement à la situa- tion actuelle de la science. L'énorme méridienne que l'Empire Russe vient de terminer nous apporte de nouveaux et précieux éléments; mais on peut dire qu'elle soulève en même temps des difficultés nouvelles dont la solu- tion exige à son tour de nouvelles mesures. Or celles que l'Allemagne va exécuter sont admirablement placées pour y répondre, et elles offrent de plus cette particularité unique, bien précieuse à mon avis, qu'elles com- prennent un méridien sur lequel l'hémisphère austral présente une excel- lente mesure de degré, celle des Anglais au Cap de Bonne-Espérance. » La paix actuelle est éminemment favorable à ces grandes entreprises; l'entente qu'elles doivent faire naître entre les hommes de science des pays voisins et les corps spéciaux des armées européennes ne sera pas un des fruits les moins précieux de la science moderne, car il est vrai de dire, avec le général Baeyer, que c'est le privilège de la science de réunir les nations alors même que les passions politiques tendent à les séparer. » Je m'empresse donc de signaler à l'Académie la haute valeur de la communication dont elle m'a confié l'examen, et je dépose sur le bureau, à titre de document à consulter, la traduction que j'ai faite du protocole de la première Conférence de Berlin, tout en regrettant que certaines convenances ne me permettent pas de communiquer également à l'Académie le pro- tocole des séances où le Bureau des Longitudes s'est attaché à formuler le plan de l'achèvement astronomique de la géodésie française. » M. Le Verrier présente, à la suite de ce Rapport, quelques remarques de nature à le compléter. « Il y a longtemps déjà, dit M. Le Verrier, qu'on s'est préoccupé en France de la nécessité de déterminer avec exactitude les coordonnées astro- nomiques des principaux sommets des triangles français, afin de pouvoir les comparer aux coordonnées géodésiques. » Dès i85o, le Corps Législatif voulait bien ajouter aux lignes télégraphi- ques, dont la construction lui était proposée, celle de Dunkerque. Ce déve- loppement était donné au réseau, sur ma proposition, en raison des avan- tages qu'on en retirerait pour la détermination de la longitude de l'une des stations extrêmes de la grande méridienne de France. » Depuis lors, je n'ai omis aucune occasion d'insister sur l'exécution de B (35) cet important travail des longitudes, soit dans diverses conférences, soit dans mes relations avec l'étranger, soit dans mes rapports administratifs, surtout à l'occasion du voyage et des propositions de M. W. Struve. » En i856, dans une campagne entreprise en commun par l'Observatoire impérial et les officiers du Corps d'État-Major, la longitude de Bourges a été déterminée. Les opérations comportaient un procédé particulier d'enre- gistrement électro-chimique des observations de passages méridiens, procédé d'une valeur incontestable : s'il n'a point été mis en pratique par nous depuis lors, c'est que nous voulions étudier successivement les diverses mé- thodes et les amener au plus grand degré de simplicité. Notre travail va être publié. » A la fin de 1861, le Ministre de l'Instruction publique, pénétré de l'utilité de ces travaux, nous donna l'ordre de les reprendre et de les poursuivre sans interruption jusqu'à leur entier achèvement. La campagne de 1862, malgré l'inclémence du temps, a été utilisée. » Nous avons, avec M. Yvon Villarceau, fait une étude approfondie des instruments et des procédés d'observation. A plusieurs reprises entre autres, nous avons déterminé la différence de longitude de deux points de l'Obser- vatoire dont la position relative était naturellement connue, mais en opérant par les mêmes procédés et à l'aide de l'électricité, exactement comme s'il s'était agi de stations éloignées l'une de l'autre. Il en est résulté un contrôle d'une haute importance. » La longitude du clocher du Havre a été obtenue, au moyen d'obser- vations faites dans le même méridien sur le coteau d'Ingouville, et on l'a rattachée directement à celle du phare delà Hève, dernière station géodé- sique à l'extrémité de cette côte. Les résultats de ces opérations ont, avec l'autorisation du Ministre, été communiqués à l'Académie. » Très-prochainement, j'aurai l'honneur de lui présenter encore une dé- termination de la longitude de Dunkerque faite cet automne par M. Yvon Villarceau. Cet astronome, dont l'habileté etla précision sont bien connues de l'Académie, ne s'est pas du reste borné à cette coordonnée et il a aussi observé avec le plus grand soin la latitude d'une station de Delambre. » L'Académie a pu voir par l'identité des résultats obtenus dans les diverses soirées pour la longitude du Havre, et elle verra de nouveau par la concordance remarquable des nouvelles mesures de la longitude de Dun- kerque, que la simplicité de nos procédés constitue, pour la détermination des longitudes, une méthode qui semble véritablement définitive. 5.. (36) » Ainsi i;i détermination des coordonnées astronomiques des principaux points géodésiques est aujourd'hui -en cours d'exécution, et, connue je l'ai dit. elle sera, conformément aux instructions du Ministre, poursuivie sans relâche jusqu'à ce que nous ayons uns entre les mains des géomètres tous les documents dont ils peuvent avoir besoin dans les discussions relatives à la figure du globe. Les stations principales du parallèle moyen sont déjà choisies. » Mais qu'on me permette une réflexion, avant de terminer. >- Ce serait une grande erreur que de croire qu'il faille reprendre, je ne dis pas toutes les triangulations françaises, mais peut-être même une partie quelconque d'entre elles, avant de les avoir soumises à une contre- épreuve qui permette de reconnaître les points où une vérification devra èlre laite, s'il y a lieu. » Les travaux de Méchain et de Delambre, et après eux ceux du Corps (les Ingénieurs-Géographes et du Corps d'Etat-Major, ont été poursuivis avec une habileté et un zèle qui font de la géodésie française un grand monu- ment scientifique. 11 reste sans doute à conserver ce monument en lui ap- pliquant les perfectionnements que réclame l'état incessamment progressif de la science, mais avec réserve et intelligence. » Le contrôle dont nous avons parlé consiste essentiellement dans la vé- rification de ceux des résultats géodésiques qui peuvent être empruntés à un autre système d'opérations. Les longitudes et les latitudes, après avoir été déduites des triangles, peuvent être obtenues d'une manière in- dépendante par les observations astronomiques. .. Là où l'astronomie et la géodésie seront d'accord, on doit croire qu'il ne sera point nécessaire de reprendre les opérations de triangulation. Tout au plus y aurait-il lieu de déterminer à nouveau quelques azimuts, a cause de leur influence sur les positions de points plus éloignés. » Dans les lieux au contraire où une discordance incontestable se mani- festera entre les déterminations de la géodésie et celles de l'astronomie, une étude plus approfondie deviendra nécessaire. Néanmoins, dans ce cas encore, on ne pourra point affirmer que ce soit la mesure des triangles qui doive être reprise. Les discordances seront souvent dues aux attractions locales, et ce ne sera qu'après avoir répété les opérations astronomiques dans les environs des lieux suspects, de manière à reconnaître si les discor- dances constatées dépendent ou non de la station choisie, qu'on pourra prononcer définitivement. Alors, et seulement alors, il sera temps de ( 3 7 ) reprendre les opérations trigonométriques dont la nécessité aura été démontrée. » Dans tons les cas on aura mis non-seulement la géodésie, mais encore la géologie en possession de documents dont notre illustre confrère, M. Élie de Beaumont, dans une conversation récente, voulait bien reconnaître l'importance en nous donnant ainsi un encouragement pour la poursuite de nos travaux. » Le général Baeyer a du reste reçu de l'Administration française l'assu- rance cpie la Conférence des géodésistes et astronomes allemands trouvera près de l'Observatoire impérial de Paris tout le concours qu'elle voudra bien réclamer; et j'en ai moi-même informé deux de ses membres, MM. de Littrow et Rruhns, directeurs des observatoires de Vienne et de Leipsick. » MÉMOIRES PRÉSENTÉS. L'Académie a reçu depuis la séance du 11 décembre, mais avant le 3i du même mois, c'est-à-dire en temps opportun pour être admis aux Con- cours qui se closent avec l'année 18G2, plusieurs Mémoires sur les questions proposées comme sujets de prix, savoir : Concours pour le grand prix de Mathématiques : Question concernant la théorie des polyèdres. Deux Mémoires qui ont été inscrits sous les n os 10 et 1 1 . (N.B. C'est par erreur «pie, dans le Compte rendu de la séance du 22 décembre, un Mémoire destiné à ce Concours a été annoncé comme portant le n° 1; c'est sous le n° 9 qu'il a été inscrit. Concours pour le grand prix de Mathématiques: Question concernant la théorie des phénomènes capillaires. Un Manuscrit qui forme complément à un travail précédemment adressé, et qui portera comme celui-ci le n° 2. Concours pour le prix Bordin: Question des vaisseaux du latex. Un Mémoire qui a été inscrit sous le n° 1. Concours pour le prix Bordin : Recherches an atomiques tendant à déter- miner s'il existe dans la structure des tiges des végétaux des caractères propres aux grandes familles naturelles et concordant ainsi avec ceux déduits des organes de la reproduction. Un Mémoire inscrit sous le n° 1. M. Ch. Sainte-Claire Deville présente au nom de M. le professeur Pietro Peretti, de Rome , une Note sur les propriétés électro chimiques de l'urée. Dans cette Note, écrite en italien, l'auteur cherche à établir que l'urée, malgré son indifférence aux papiers réactifs et son impuissance à chasser (38 ) même l'acide carbonique de ses combinaisons, doit être considérée comme jouant le rôle d'élément électro-négatif. M. Ch. Sainte-Claire Deville présente également, au nom de M. Paul Perelti fils, une Note écrite en français et ayant pour titre : De l'action chimique de [eau sur les sels et les acides. Ces deux Notes sont renvoyées à l'examen d'une Commission composée de MM. Balard, Fremy et Fizeau. AKATOMIE COMPARÉE. — De la signification anatomique de t appareil operculaire des Poissons et de quelques autres parties de leur système osseux; par M. H. Homard. (Extrait par l'auteur.) (Présenté par M. Coste.) (Commissaires, MM. Coste, Milne Edwards, Valenciennes.) « L'une des questions de signification anatomique les plus controversées est celle que soulève le petit système de pièces solides qui forme l'aile operculaire des poissons osseux. On sait qu'Etienne Geoffroy-Saint-Hilaire avait fini par le considérer comme représentant la chaîne des osselets de l'ouïe, tandis que d'autres y ont vu un membre céplialique, d'autres encore des formations osseuses appartenant à la peau; on sait enfin que G. Cuvier, écartant ici toute analogie de ces pièces avec quelqu'une de celles qui ap- partiennent au crâne ou à la face, les envisageait comme des os exclusive- ment propres aux poissons et créés pour compléter leur appareil respi- ratoire. » Aucune des solutions données n'ayant été et ne pouvant être acceptée et complètement démontrée, le débat reste ouvert et j'ai cru pouvoir abor- der cette question de signification en profitant et des controverses anté- rieures et de mes études sur la tête osseuse des poissons et des indications précieuses que nous fournit l'embryogénie des animaux vertébrés. » J'ai constaté d'abord par l'observation comparative directe que les trois os qui composent le couvercle de la chambre branchiale et que l'on désigne sous les noms d'opercule, sous-opercule et interopercule, ne se rattachent pas à un même système de pièces, et que le dernier appartient à l'arc tem- poro-mandibulaire, tandis que les deux premiers dépassent les limites ordinaires de la tète osseuse. L'interopercule, toujours attaché à la mâchoire inférieure et partant de celle-ci pour s'élever dans la direction des pièces tympaniques, représente, ce me semble, non-seulement le marteau comme (3 9 ) le voulait Geoffroy, mais encore l'enclume, car il occupe la place et repro- duit quelquefois jusqu'aux formes du cartilage de Meckel, formation qui chez l'embryon se montre d'abord au côté interne de la mâchoire, s'élève de là vers la fente ou cavité tympanique et se couronne par les deux pre- miers osselets de l'ouïe. « Quant à l'opercule et au sous-opercule, formés dans un pli cutané qui vient peu à peu couvrir la chambre branchiale du jeune poisson, et qui comprend plus bas les rayons branchiostéges, ils sortent des limites ordi- naires du squelette, et se rattachent au grand système des pièces solides supplémentaires développées chez les poissons tant sur la ligne médiane que sur les côtés du corps dans les expansions de l'enveloppe qui fournissent les nageoires dorsales, caudales, anales et même les nageoires paires; la partie de celles-ci que l'on a coutume de donner comme les analogues des mains et des pieds ont pour soutiens des rayons que leur nombre, leur composition et leur mode de développement ne permettent pas d'assimiler à des doigts. » CHIMIE. — De quelques propriétés nouvelles du soufre; par M. Dietzenbacher (i). (Note présentée par M. H. Sainte-Claire Deville). (Commissaires, MM. Dumas, Daubrée, H. Deville.) « Une petite quantité d'iode, de brome ou de chlore modifie les pro- priétés physiques et chimiques du soufre d'une manière extrêmement remarquable. Le soufre devient mou, malléable à la température ordinaire, en se conservant pendant longtemps sous cette forme. De plus, il se trans- forme en partie ou même complètement dans cette modification curieuse du soufre découverte par M. Charles Sainte-Claire Deville et qu'il a appelée le soufre insoluble. » i° En chauffant à i8o° environ un mélange de 4oo parties de soufre et de i partie d'iode, on produit par le refroidissement un soufre qui reste assez longtemps élastique. » On l'obtient sous forme de lames flexibles en coulant le soufre sur une plaque de verre ou de porcelaine. Cette propriété se manifeste même avec une proportion d'iode beaucoup plus faible. (i) Dans une première communication sur ce sujet, mentionnée au Compte rendu de la séance du 1 5 décembre 1862, le nom de l'auteur avait été, par suite d'une signature peu- lisible, écrit Diethenbacher. . I» ' » L'iodure de potassium agit comme l'iode. » Le soufre, ainsi traité par l'iode, devient insoluble dans le sulfure de carbone.. La liqueur se colore en violet. » 2 L'action du brome sur le soufre présente de l'analogie avec celle de l'iode; seulement, au lieu d'un soufre coloré en noir et possédant un éclat métallique, on obtient un soufre couleur de cire jaune qui est beaucoup plus mou que le précédent; cet état persiste. Il suffit d'un centième de brome et d'une chaleur de 200 environ pour obtenir cette modification. « Ce soufre est composé de y5 à 80 pour 100 parties de soufre inso- luble dans le sulfure de carbone. » 3° En faisant passer un courant de chlore sur du soufre porté à i^o" environ, on obtient une sorte de soufre mou qui s'étire très-facilement et dont on peut souder les fragments entre eux. » Il se comporte avec le sulfure de carbone de la même manière que le soufre traité par le brome. Cependant, lorsqu'il est fraîchement préparé, le soufre, modifié par le chlore, cède environ 10 pour 100 de plus que l'autre de matière soluble au sulfure de carbone. » Après avoir été malaxé pendant une ou plusieurs heures, ce soufre durcit subitement et devient complètement insoluble dans le sulfure de carbone. » Ces faits peuvent servir à expliquer quelques détails de la fabrication du caoutchouc vulcanisé par le chlorure de soufre et le soufre. Quelques-uns d'entre eux confirment les résultats obtenus déjà par M. Berthelot sur le même sujet. M. Ch. Sacrel adresse, de l'Isle (département de Vaucluse), une Note sur les modifications qu'éprouvent durant le sommeil la respiration et la calo- rification, sur les causes de ces changements et sur leurs conséquences. Cette Note est renvoyée, ainsi qu'une Note de M. J. Delbruck présentée à la séance du 1 5 décembre et également relative à la respiration durant le sommeil, à l'examen d'une Commission composée de MM. Payen et Longet. M. Fock envoie de Fribourg de nouvelles pièces, texte et dessins, faisant suite à ses précédentes communications sur les proportions du corps humain. (Renvoi aux Commissaires précédemment désignés : MM. Serres, Flourens, de Quatrefages.) ( 4< ) CORRESPOND ANCE . M. le Ministre d'Etat adresse à l'Académie un exemplaire imprimé du Rapport du général Baeyer sur l'état actuel des opérations géodésiques exécutées dans l'Europe centrale. M. le Ministre delà Guerre adresse, pour la bibliothèque de l'Institut, un exemplaire du volume de Tables contenant l'analyse des matières com- posant les vingt-deux volumes de la 2 e série du Recueil de Mémoires de Méde- cine, de Chirurgie et de Pharmacie militaires. M. Poudra annonce qu'il est l'auteur d'un Mémoire présenté au concours pour le grand prix de Mathématiques pour 1862 (question concernant la théorie des courbes planes du quatrième ordre), Mémoire inscrit sous le n° 2, et qui a obtenu la seconde des deux médailles décernées par l'Aca- démie. D'après cette déclaration, le billet cacheté annexé au Mémoire portant le n° 2 est ouvert et porte en effet le nom de M. Poudra. L'Académie reçoit des Lettres de remercîments de plusieurs des auteurs auxquels elle a décerné, dans la dernière séance annuelle, des prix ou des médailles d'encouragement pour le concours de 1862. Ces Lettres sont adressées par les savants dont les noms suivent: M. Teynard. Première médaille au concours pour le prix Bordin, ques- tion des foyers optiques et photogéniques. M. Ralbiani. Concours pour le prix de Physiologie expérimentale. Prix décerné à son Mémoire sur les phénomènes sexuels des Infusoires. M. Lebert. Concours pour les prix de Médecine et de Chirurgie. Prix décerné à ses travaux d'histologie pathologique. M. Frerichs. Même concours. Prix décerné à son Traité des maladies du foie. M. Lereboullet. Concours pour le prix Jlhumbert. Modification de l'embryon d'un Vertébré par l'action des agents extérieurs. M. Dareste. Même concours. Le prix a été partagé entre ces deux concurrents. C. R., i863, 1" Semestre. (T. LVI, N° I.) 6 ( 4* ) M. Graham. Concours pour le prix Jecker. Prix décerné à son travail sur la diffusion moléculaire appliquée à l'analyse. M. de Bary. Concours pour le prix Alhumbert, question des générations dites spontanées. Mention très-honorable accordée à ses recherches sur le développement de quelques champignons parasites. MM. Philipeaux et Vulpian. Concours pour le grand prix de Sciences Physiques, anatomie comparée du système nerveux des Poissons. Les deux collaborateurs ont reçu, à titre d'encouragement, une somme de i5oo francs. M. Parade, directeur de l'Ecole centrale forestière, en adressant un exemplaire de la quatrième édition de son « Cours élémentaire de culture des bois», prie l'Académie de vouloir bien, quand elle s'occupera de nommer aux deux places vacantes de Correspondants dans la Section d'Économie rurale, se rappeler que l'ouvrage dont il lui fait hommage aujourd'hui, et dont la première édition remonte à vingt-cinq ans, a servi à fonder en France l'enseignement sylvicole. Le livre et la Lettre sont renvoyés à l'examen de la Section d'Économie rurale. L'Institution royale de la Grande-Bretagne remercie l'Académie pour l'envoi de plusieurs volumes des Recueils qu'elle publie. L'Académie royale des Sciences de Lisbonne adresse des remerciments pour un semblable envoi. M. le Maire de la ville de Boulo«ne-slr-Mer prie l'Académie de vouloir bien comprendre la Bibliothèque publique de cette ville au nombre des établissements auxquels elle fait don de ses Comptes rendus hebdoma- daires. M. Sillimann, directeur du Journal américain des Sciences et Arts, qui se publie àNew-Haven(Connecticut), adresse une semblable demande et rap- pelle que depuis plusieurs années il envoie régulièrement son journal à l'A- cadémie. Ces deux demandes sont renvoyées à l'examen de la Commission admi- nistrative. ( 43 ) MÉCANIQUE ANALYTIQUE. — Extrait d'une Lettre de M. Cayley à M. 3. Bertrand. « Permettez. moi de vous soumettre «ne remarque que je viens de faire par rapport au Mémoire de Jacobi « sur l'élimination des noeuds dans le problème des trois corps » (Compte rendu, 8 août 1842). Il me semble que, quoique Jacobi dise qu'il a fait dépendre le problème d'un système de cinq équations du premier ordre et une seule du second ordre, il a réel- lement fait plus que cela, savoir qu'il l'a fait dépendre d'un système de six équations du premier ordre, et qu'ainsi il est allé aussi loin que vous dans le « Mémoire sur l'intégration des quelques différentielles de la mé- canique » (Journal de M. Liouvitle, t. XVII, i852). En effet, si dans les équations I,..., VI, de Jacobi, pour les réduire à un système d'équations du premier ordre, on écrit j t (l>.r- + ^r\) = Q, le système peut évidemment se présenter sous la forme di di, du du, dr dr, dQ , , . 1 = X = V~~lT t —R = R t = ~0 { > = >' et cela étant, en remarquant que les fonctions I, I,, U,..., ne contiennent pas t, et en omettant l'équation ( = dt), on a un système de six équations entre les quantités i, i, ,«,«,, r, r, , 0; en supposant que l'intégration soit effectuée, on obtient alors t au moyen d'une quadrature. » Je remarque en passant qu'il ne me paraît pas que Jacobi ait dû dire : « Par suite l'on a fait cinq intégrations ; » les seules intégrations qu'il a faites sont: l'intégrale des forces vives, et les trois intégrales des aires; cela étant, on obtient, au lieu de 12 équations entre i3 variables, 8 équations entre 9 variables, et dans la solution de Jacobi il arrive que ce système de 8 équa- tions contient, comme partie de lui-même, un système de 6 équations enSre 7 variables; mais à moins d'intégrer les 6 équations, on n'obtient pas d'in- tégrale nouvelle. » métallurgie. — Eludes sur ravier; Note par M. H. Caron. (Présentée par M. H. Sainte-Claire Deville.) •< Karsten avait remarqué qu'en attaquant l'acier non trempé par les acides, on obtient comme résidu une matière graphiteuse, qui n'apparaît plus lorsque l'on subslitue Y acier trempé à Y acier non trempé; cette matière 6.. ( 44 ; graphiteuse était selon lui un composé défini de 6 atomes de charbon et de i atome de fer, matière que cependant il n'a jamais pu obtenir à l'état de pureté. >■ Berthier, en traitant par l'iode l'acier fondu qu'il ne dissolvait pas complètement, a séparé un autre carbure, auquel il a attribué une com- position représentée par des équivalents égaux de charbon et de 1er; mais il ne semble pas qu'il ait attaché à son expérience une bien grande impor- tance, puisqu'il n'en parle plus dans son Traité des Essais par la voie sèche. » Dans les nombreuses analyses d'acier que j'ai été à même de faire, je n'ai jamais pu trouver le polycarbure de Karsten, bien que j'aie attaqué comme lui (i) les aciers par des acides très-dilués ou peu énergiques; je n'ai pas été plus heureux en employant d'après Berthier (2) le brome et l'iode comme dissolvants, et j'ai remarqué que, dans tous les cas, ce pré- tendu carbure de fer variait de composition, non-seulement avec la qualité des aciers et la nature des dissolvants employés, mais encore avec la forme et la dimension des échantillons d'acier analysé. J'ai dû en conclure que ce carbure n'était probablement qu'un mélange de charbon et de métal, dans lequel ce dernier se trouve protégé mécaniquement par le charbon contre l'action dissolvante. Les expériences dont je vais parler nie per- mettront, j'espère, d'apporter un élément de plus clans l'étude de ces faits en donnant des résultats numériques qui peuvent servir, selon moi, à déterminer l'état véritable du charbon dans des aciers de différentes qua- lilés. » Je prends l'acier à trois états différents : i° tel qu'il sort des caisses de cémentation ; 2 tel qu'il est après un martelage prolongé. J'en détache au moyen d'une machine à raboter des copeaux de dimensions semblables, dont je trempe une partie pour former un troisième lot. Je pèse 5oo grammes de chacune de ces matières que j'introduis dans trois ballons avec les mêmes quantités d'acide chlorhydrique concentré; le tout est chauffé dans une étuve. On s'aperçoit bientôt que la matière graphiteuse n'est pas en égale quantité dans les trois ballons, et même qu'elle est sensiblement nulle dans celui qui contient l'acier trempé. On décante le liquide des ballons dans trois grands vases et on lave bien le métal restant, de manière à laisser a l état de pureté la matière première non dissoute et à permettre d'en prendre le poids après dessiccation dans l'hydrogène; la matière graphiteuse ( 1 ) Karsten , t. I, p. t6t) et suivantes. (2) Annales det Mines, 3 e série, t. III, p. 209. (45 j enlevée en même temps que l'acide, est lavée, séchée à i' élu ve et pesée ; un la calcine à l'air, on pèse de nouveau. Le résidu, introduit dans uns nacelle de platine, est chauffé dans l'hydrogène et encore pesé, puis enfin traité par un mélange d'acide chlorhydrique gazeux et d'air (i) qui ne laisse dans la nacelle que la silice dont on prend le poids. Avec ces données, on détermine aisément la composition de la matière graphiteuse et sa proportion dans l'acier. J'ai obtenu ainsi les résultats suivants : c . Acier de cémentation, résidu pour ioo grammes de métal dissous i ,(>24 A. Acier de cémentation, martelé, résidu pour ioo grammes de métal dissous. . 1,243 B. Acier de cémentation, trempé, résidu pour 100 grammes de métal dissous. . 0,240 C. » Ces résidus analysés contiennent : ABC er gr Charbon 0,825 o,56o traces Fer 0,557 °>445 traces Silice 0,242 o,238 0,240 1 ,624 1 ,243 0,240 » Ainsi, l'effet produit d'une manière complète par la trempe se trouve réalisé partiellement par le martelage, et les qualités qui constituent l'acier semblent croître en même temps qu'augmente la proportion de charbon combiné plus intimement avec le fer. Je m'exprime ainsi, parce qu'on admet généralement que plus la quantité de charbon séparé par les acides est con- sidérable, moins est intime sa combinaison avec le métal. » Je ne pourrais rapporter ici toute la série des analyses que j'ai exécu- tées d'après cette méthode sur les aciers de diverses espèces et en particulier sur des aciers plus ou moins martelés ; voici ce qui résulte de ces analyses : en même temps que le corroyage bonifie l'acier, en même temps il diminue la proportion de charbon que les acides en séparent. J'ai remarqué égale- ment que les aciers laminés laissent un résidu charbonneux plus considé- rable que les aciers martelés, toutes circonstances égales d'ailleurs, ce qui est d'accord avec l'observation, puisque l'action du laminoir est loin d'être aussi puissante que l'action du marteau pour améliorer l'acier. » Le même système d'expériences et d'analyses m'a permis d'établir que les effets de la chaleur sont sensiblement inverses de ceux que produisent le martelage et la trempe. Ainsi, de l'acier trempé ayant été recuit pendant un (1) Par la méthode que j'ai décrite ( Comptes rendus, 1860, t. LI, page 938). (4f6) temps variant entre quelques heures et plusieurs jours, a donné après disso- lution des quantités de charbon libre qui ont augmenté en même temps que la durée et l'intensité des chauffes; les aciers recuits ne reprennent leurs qualités primitives, ainsi que leurs propriétés chimiques en face des acides, qu'après le martelage ou la trempe. » Pour confirmer ce résultat, j'ai opéré, de la manière déjà décrite, sui- de la fonte blanche que Karsten assimile à juste titre à l'acier trempé, et j'ai observé la même variation, mais plus prononcée, entre les quantités de charbon libre et la durée du recuit (1). » L'affinité du charbon et du fer est donc assez faible, puisque la chaleur seule (lorsqu'elle n'est pas portée jusqu'au point de fusion du métal) suffit pour les désunir plus ou moins complètement et altérer les qualités de l'acier; mais cette affinité peut être puissamment modifiée lorsqu'on introduit dans l'acier une matière étrangère ou qui paraît étrangère à sa constitution. J'ai étudié cette influence au point de vue et par les méthodes que je viens d'ex- poser, en introduisant successivement dans l'acier fondu et en proportions variables les différents corps simples que l'on peut trouver dans les aciers du commerce; ce sera l'objet d'une prochaine communication. » CHIMIE APPLIQUÉE. — Note sur l'emploi du bisulfite de chaux dans la fabri- cation du sucre de canne; par M. Alvaro Reynoso. (Extrait du Diario de la Marina, de la Havane, 7 mars 1859.) (Note présentée par M. Dumas.) « i° Le bisulfite de chaux employé seul, sans aucun mélange de chaux, même dans les cas où la nature des sucs le réclame, loin d'être utile, est extrêmement nuisible; car non -seulement il ne remplace pas la chaux comme matière défécante, mais encore il porte avec lui des inconvénients que son union avec un excès de chaux eût évités. » a° Toutes les fois que l'on emploie simultanément le bisulfite de chaux et la chaux, cette dernière doit dominer, car, si au contraire c'était le bisul- fite qui dominât, il produirait les effets qui lui sont propres. Il est donc nécessaire, indispensable, de travailler en toute circonstance en employant un excès de chaux, et que les jus sucrés suffisamment alcalinisés bleuissent (1) Cet effet n'est jamais complet et, quelle que soit la durée du recuit, il reste toujours une petite quantité de charbon combiné. J'ai pu le vérifier après quinze jours et quinze nuits de recuit. Je n'ai pas besoin de dire que dans les expériences précédentes le refroidissement des fontes ou des aciers recuits s'est toujours opéré dans les mêmes conditions. (4 7 ) le papier rouge de tournesol. A défaut du papier de tournesol, il y a d'autres indices auxquels nous pouvons reconnaître si le liquide contient un excès de chaux ; tels sont : la couleur et la transparence du liquide, la for- mation des écumes, quelques phénomènes qui se remarquent dans l'ébul- lition et l'apparition d'une pellicule sur le liquide que peut contenir une cuiller d'argent quand on dirige sur ce liquide l'acide carbonique exhalé parla respiration. Nous n'avons jamais cru (et plus nous examinons la question, plus nos convictions acquièrent de force) qu'en aucun cas, et bien moins encore quand on fait usage du bisulfite, il convienne d'opérer sur des jus sucrés acides; on doit toujours les alcaliniser jusqu'à ce qu'ils contiennent un excès de chaux. De cette manière, quoique nous obtenions quelquefois des sucres de couleur moins claire, ils auront une qualité que les autres ne peuvent posséder ; de plus, le jus sucré rendra davantage et le > produit ne s'aigrira pas, s'il a été convenablement purifié. » 3° En employant le bisulfite de chaux en excès, nous obtiendrons d'abord une grande partie des avantages et des inconvénients qui accom- pagnent l'usage de la chaux en petite quantité, et, de plus, cet excès de bisulfite produira quelques phénomènes qui lui sont propres et qui peuvent nous conduire aux résultats les plus funestes. Le bisulfite de chaux, que nous pouvons considérer comme acide sulfureux, uni au sulfite de chaux, se transforme, en absorbant l'oxygène,, en acide sulfurique (huile de vitriol) et en sulfate de chaux. Tout le monde sait que l'acide sulfurique agissant sur le sucre de canne le transforme d'abord en sucre de raisin, et, par une action plus profonde, peut l'altérer au point de produire les acides ulmique et formique, et de plus Fulmine. Or le bisulfite en excès nous fera perdre une partie du sucre, parce qu'il n'est pas un agent complètement défécant, et que de plus il altère le sucre cristallisable ; de plus, lohi de décolorer les liquides qui le contiennent, il produira leur coloration par les composés de couleur grise dont il est le principe. » En résumé, il résulte de ce que nous venons d'exposer que dans les cas où il peut être utile, l'usage du bisulfite de chaux doit être toujours accom- pagné, non-seulement de la quantité de chaux suffisante pour saturer com- plètement tout l'acide sulfureux, mais que de plus on doit employer un excès de chaux. Les jus sucrés ne doivent jamais présenter la moindre réaction acide quand on les examine au moyen du papier de tournesol. Toutes les fois qu'on nous a consulté sur la manière d'user du bisulfite, nous avons insisté sur la nécessité de son emploi conjointement avec la chaux en excès. ( 48) » De cette manière, il a produit les meilleurs résultats dans les essais qui ont été faits par nous sur la Armonia, la Concepcion, Santo-Domingo et San-Jose, sucreries appartenant à M. de Aldama. » M. Alvaro Reynoso, ajoute M. Dumas, adresse à l'Académie le numéro du Diario du 7 mars i85o, qui renferme cette Noie, et il fait remarquer que, d'après MM. Possoz et Périer {Comptes rendus, 16 octobre 1862), leurs expériences de laboratoire datent de novembre 1860, et leur brevet du i er avril 1861 seulement. EMBRYOGÉNIE. — Note sur la cause des déplacements apparents de l'allantoïde dans l'œuf de poule ; par M. C.Dareste. (Présentée par M. Milne Edwards.) « J'ai fait connaître, il y a sept ans, des cas fort curieux de déplacements apparents de l'allantoïde dans l'œuf de la poule. » J'avais reconnu que, lorsque je vernissais le gros bout de l'œuf, au début de l'incubation, l'allantoïde se dirigeait vers le petit bout ou ia pointe. Ce fait, qui a été le point de départ de tous mes travaux sur la pro- duction artificielle des monstres, était resté pour moi complètement inex- pliqué. Seulement je croyais, et toutes les apparences étaient en faveur de cette opinion, que l'allantoïde, en se développant, allait chercher l'air, et qu'elle se dirigeait vers la partie île la coquille restée perméable aux gaz; de la même façon que, dans le règne végétal, les tiges se dirigent vers la lumière, tandis que les racines la fuient. » Les nombreuses expériences que j'ai faites depuis cette époque, dans la but de modifier le développement de l'embryon, me donnent actuelle- ment une explication très-simple et purement mécanique du déplacement de l'allantoïde. Mais'je ne puis la faire comprendre sans donner préalable- ment quelques détails sur la position de l'embryon dans l'œuf. » Dans les premiers temps de l'incubation, le jaune, qui est plus léger que l'albumine, vient toujours se placera la partie la plus élevée de l'inté- rieur de l'œuf : et la cicatricule, qui est plus légère que le reste du jaune, vient toujours se placer à la partie supérieure du jaune. Il en résulte que, dans l'incubation horizontale, qui est l'incubation naturelle, la cicatricule, qui occupe toujours la partie culminante de l'intérieur de l'œuf, occupe une position intermédiaire entre le gros bout et la pointe, mais un peu plus rapprochée cependant du gros bout que de la pointe. Ces faits ont été parfaitement démontrés en 1674 P ar un anatomiste fort peu connu (49) d'ailleurs, qui s'appelait Langly, et qui combattaitl'opinion de tous ceux qui jusqu'alors s'étaient occupés d'embryogénie, parmi lesquels on complaît Harvey. » Lorsque l'embryon se forme sur la cicatricule, il est, ainsi que M. de Baer l'a indiqué, disposé le plus ordinairement de telle sorte que l'axe du corps, représenté par la colonne vertébrale, est parallèle au petit axe de l'œuf, et, par conséquent, perpendiculaire à son grand axe. Il est d'ailleurs, au début de l'incubation, coucbé à plat sur le jaune, et dans une situation telle, que son côté gauche est tourné vers le gros bout de l'œuf, siège de la chambre à air, et que son côté droit est, au contraire, tourné vers le petit bout ou la pointe de l'œuf. Plus tard, du troisième au quatrième jour, l'embryon se retourne et se couche sur le jaune, de manière à être en rapport avec le vitellus par le côté gauche de son corps. Dans cette position, l'em- bryon présente le dos au gros bout, et, par conséquent, à la chambre à air, et le ventre à la pointe de l'œuf. » Chez des embryons ainsi placés, et c'est le cas le plus général, l'allan- toïde qui sort par l'ouverture ombilicale, au côté droit de l'embryon, s'élève peu à peu et se dirige vers le point culminant de la coquille, en se plaçant dans un espace libre formé supérieurement par l'enveloppe séreuse, inté- rieurement par le feuillet vasculaire, et à gauche par l'amnios. Puis, lors- qu'elle s'est mise en contact avec la coquille, elle s'étale latéralement au- dessous d'elle , à droite et à gauche, pour atteindre les deux extrémités de l'œuf. Mais, comme son point de départ est généralement plus près du gros bout que du petit bout, et que, d'autre part, le gros bout est occupé par la chambre à air, dont la capacité augmente pendant toute la durée de l'incu- bation, elle semble se diriger d'abord du côté de la chambre à air. •< Or, s'il arrive que l'amnios ait conservé une partie de ses connexions primitives avec l'enveloppe séreuse, aux dépens de laquelle il s'est formé; en d'autres termes, si le pédicule amniotique persiste, il y aura là, entre l'amnios et l'enveloppe séreuse, une barrière que l'allantoïde ne pourra pas franchir. Elle se développera donc simplement en gagnant la pointe de l'œuf, et ne pourra se diriger vers la chambre à air. Il y aura donc un dépla- cement apparent, et c'est ce déplacement apparent que j'avais pris, au début de mes études, pour un déplacement réel , produit par l'application d'un vernis sur le gros bout de l'œuf, et, par conséquent, sur la chambre à air. » J'ai montré, dans une communication précédente, que la persistance du pédicule amniotique , au delà de l'époque où il disparaît ordinairement , C. F,., iS63, i" S-mcsirr. (T. LVI, N° I.) 7 : 5o) s'est rencontrée dans presque tous les monstres que j'ai produits artificiel- lement; et que, faisant obstacle au développement normal de l'allantoïde, elle joue un rôle très-important dans les phénomènes de la vie et de la mort de ces êtres. Or je trouve encore dans ce fait une explication tout à fait satis- faisante de ce que j'avais observé au début de mes études. En effet, l'exis- tence de ces adhérences entre l'enveloppe séreuse et l'amnios aura toujours pour résultat de déterminer un déplacement apparent de l'allantoïde ; dans tous les cas du moins où l'embryon, en se formant, prendra, relativement au jaune, la position que je viens d'indiquer, et, par conséquent, l'allan- toïde occupera toujours la pointe de l'œuf. Par exemple, c'est un fait que j'ai rencontré bien souvent, lorsque je faisais couver des œufs dans une posi- tion verticale, en les plaçant la pointe en haut. Comme, dans ces conditions, j'agissais sur des œufs qui n'avaient pas été vernis, et dont, par consé- quent, la coquille était complètement perméable à l'air, il était bien évident qu'ici l'allantoïde n'allait point chercher l'air, comme j'avais cru pouvoir le conclure de mes premières expériences-. C'est en réfléchissant aux conditions nouvelles dans lesquelles je me trouvais placé, que je suis arrivé à déterminer la cause, entièrement mécanique, de ce phénomène. » Je dois ajouter maintenant qu'il semblerait résulter d'une observation déjà ancienne de MM. Baudrimont et Martin Saiut-Ànge que l'allantoïde ne se développerait point au-dessous des parties de la coquille recouverte par un enduit plus ou moins imperméable à l'air. J'admets parfaitement la possi- bilité de ce fait, que je n'ai pas constaté moi-même ; mais je crois qu'il est toujours subordonné à la disposition anatomique que je viens de signaler.» F'HYSIOLOGIE — Sur les modérateurs des mouvements réflexes dans le cerveau de la grenouille; par M. Setchexow. ^Noie présentée par M. Bernard. ) « L'existence des modérateurs des mouvements réflexes dans le cerveau de la grenouille n'a été prouvée jusqu'à présent qu'à moitié, ce fait n'ayant pour base solide que le phénomène connu de l'accroissement de l'action réflexe par suite de la décapitation de 1 animal. Il manquait donc à la question, pour être complètement résolue, la démonstration directe de ces mécanismes. Le Mémoire dont j'ai l'honneur de présenter le résumé à l'Académie, a pour but de remplir cette lacune. L'existence des modéra- teurs dans le cerveau de la grenouille y est démontrée directement. Cela jettera en outre quelque lumière sur la distribution de ces mécanismes dans les centres nerveux, sur la voie de leur excitation et sur leur mode d'action. (5i ) » J'arrive au premier but, c'est-à-dire à la démonstration directe des modérateurs, de trois manières d'expérimentation différentes : i° en cou- pant le cerveau dans divers points; 2° en irritant ses différentes parties avec des agents chimiques ou avec l'électricité; enfin 3° en excitant le cer- veau par les voies physiologiques. » La manière de produire les mouvements réflexes dont les changements doivent être observés est restée dans toutes mes expériences la même. Elle a été proposée par M. Tùrck (Ueber den Zustand derSennbilitdt nacli tlieilwei- ser Trenmmg des Rùckènmarkes, i85o), et consiste à plonger une des pattes postérieures de la grenouille suspendue verticalement, dans une faible solu- tion aqueuse d'acide sulfurique. Le temps que la patte reste plongée dans le liquide est mesuré dans mes expériences à l'aide d'un métronome battant 100 coups par seconde, et exprime le degré de l'action réflexe. » Avant d'aborder les faits, qu'il me soit permis d'exposer en quelques mots l'aspect général du cerveau de la grenouille vu d'en haut. Il faut que sa forme soit présente à l'esprit du lecteur pour que la description des faits lui soit claire. La partie antérieure de la cavité crânienne est occupée par les hémisphères, dont la surface ne présente absolument aucun point carac- téristique où la section puisse être faite. Donc, quand ii va être parlé plus bas de la section des hémisphères, on doit se la figurer divisant cette partie du cerveau transversalement en deux parties plus ou moins égales. Entre les hémisphères et les lobes optiques sont intercalés, sur un petit espace de forme rhomboidAe,' glandulapineatis eltlialami optici, d'après Ecker [Icônes physiologicœ). Viennent ensuite les lobes optiques, deux grands corps de forme sphérique, dont la limite postérieure (avec la moelle allongée) est nettement tracée par une ligne pigmentée. La surface delà moelle allongée n'offre pour la section qu'un seul point précis, le bout postérieur du qua- trième ventricule. » On devine donc que le cerveau a été coupé dans mes expériences au milieu des hémisphères, dans les limites communes de ses trois parties principales et au-dessus du quatrième ventricule. » Voici à présent 1rs faits : » En coupant le cerveau dans quelque partie que ce soit, on obtient nécessairement deux effets différents : la soustraction des parties restantes à l'influence de celles qui sont enlevées, et l'irritation mécanique du cerveau par le fait de sa section, surtout dans le voisinage de la coupure. Le pre- mier effet est évidemment durable, tandis que le dernier est passager. Je n'ai pu utiliser jusqu'à présent cpie le dernier effet. 7- ( 32 ) » Voici les résultats que donne la comparaison de l'action réflexe obser- vée après les sections du cerveau dans les points indiqués plus haut. L'effet de la section des hémisphères, comparé à celui de la section dans l'espace rhomboïdal, donne toujours pour la dernière une dépression notable de l'action réflexe ( parfois de 10 à 100 coups de métronome), qui se dissipe ordinairement dans l'espace de 5 à 10 minutes. » Tout au contraire, l'etfet de la section des hémisphères, comparé à ceux des deux dernières coupures ( derrière les lobes optiques et au-dessous du quatrième ventricule), donne pour résultat un accroissement de l'action réflexe. Il importe de remarquer cependant que l'effet de la coupure der- rière les lobes optiques ne se manifeste pas aussi rapidement que celui de la section de la moelle allongée. » Le fait du changement d'actions réflexes étant ainsi acquis, il fallait en déterminer les causes et rechercher d'abord si ces phénomènes étaient pro- duits par la section des masses nerveuses ou bien par d'autres circon- stances qui coïncident avec la blessure du cerveau dans les points indiqués. Une série d'expériences dont la description doit être nécessairement suppri- mée ici , puisque cela me mènerait trop loin , ayant décidé la question en faveur de la blessure des masses nerveuses, il m'a été permis des lors de considérer les lobes optiques comme siège principal, sinon exclusif, des mécanismes modérateurs de l'action réflexe. » De là je fus logiquement conduit à employer l'irritation des différentes parties du cerveau par des agents chimiques ou avec l'électricité. » Comme irritant chimique je choisis le sel marin sous forme de solution aqueuse concentrée, ou mieux encore en cristaux humides. » Après avoir coupé le cerveau dans un des points indiqués plus haut , on enlève les parties au-dessus de la section, puis, le degré de l'action étant déterminé, on applique le sel marin sur la coupe transversale du cerveau. » Les phénomènes produits par cette irritation ont généralement la forme suivante : » i° L'effet de l'irritation portée sur la coupe des hémisphères est incon- stant : le plus souvent on observe une dépression insignifiante de l'action réflexe. » 2° L'irritation chimique dans l'espace rhomboïdal donne une dépres- sion de l'action réflexe aussi forte que celle produite par la section du cer- veau dans le même endroit. » 3° La dépression de l'action réflexe, par suite de l'irritation du cerveau ( 53 ) derrière les lobes optiques, est moins notable que dans le cas précédent, mais plus forte que dans le premier. » 4° L'effet de l'irritation chimique au-dessous du quatrième ventricule est absolument nul. » Tous ces changements de l'action réflexe se dissipent graduellement si l'agent irritant est éloigné, et se reproduisent facilement quand il est de nouveau appliqué au cerveau. » La série de faits donnés par l'irritation électrique étant absolument la même que celle qui vient d'être décrite^ il serait parfaitement inutile d'en parler davantage. Qu'il me soit permis seulement de faire la remarque que ces trois modes d'expérimentation combinés prouvent incontestablement l'existence des modérateurs de l'action réflexe dans le cerveau de la gre- nouille, et qu'ils en indiquent le siège dans les lobes optiques. » PHYSIOLOGIE. — Note sur les nerfs moteurs de la vessie; par M. J. Giannczzi ; présentée par M. Bernard. » J'ai l'honneur de présentera l'Académie le résumé de mes expériences sur les nerfs moteurs de la vessie faites dans le laboratoire de M. Claude Bernard, au Collège de France. » De mes expériences faites sur des chiens il résulte : ,» i° Quand on galvanise les nerfs formés ordinairement par les troisième, quatrième et cinquième paires sacrées, et qui entrent directement dans la constitution du plexus hypogastrique, qui à son tour donne les nerfs à la vessie, on obtient des contractions qui ont lieu au bas-fond de cet organe, et d'une manière plus marquée du côté des nerfs excités. A l'œil on ne peut pas constater distinctement des contractions dans le corps de la vessie; néanmoins on réduit cet organe à un volume très-petit, si on prolonge quelque temps l'excitation. » 2° Les mêmes résultats s'obtiennent par l'excitation des filets du grand sympathique qui viennent des ganglions mésentériques et qui se rendent aussi au plexus hypogastrique. Mais dans ce cas les contractions, accompa- gnées d'une très-forte douleur, se manifestent plus lentement et durent quelque temps après l'irritation ; mais ces contractions déterminées par le grand sympathique sont aussi moins intenses que celles données par l'exci- tation des nerfs rachidiens. Outre cela, pour obtenir des contractions avec le grand sympathique, on a toujours besoin d'un courant électrique plus fort. Presque toutes ces propriétés, comme on le sait, sont caractéristiques du grand sympathique. ( 54 ) » Donc la différence qu'on observe entre l'excitation des nerfs rachidiens et des filets du grand sympathique ne porte pas sur la forme de la contrac- tion de la vessie, ni sur le lieu de cette contraction, mais sur le degré d'in- tensité de cette contraction et de l'excitation qui la produit. En effet, les nerfs rachidiens ont besoin d'une excitation moins énergique et produisent des contractions plus fortes et plus rapides: les nerfs sympathiques, au con- traire, ont besoin pour agir d'une excitation beaucoup plus forte, et donnent des contractions vésicales plus faibles et plus lentes. » Après avoir constaté ces faits, si l'on cherche a déterminer dans la moelle épinière les points qui donnent origine aux nerfs moteurs de la vessie, on trouve : » i° Qu'en irritant toute la région lombaire de la moelle épinière on produit sur quelques animaux des contractions dans la vessie ; » 2° Que, dans tous les cas, dans cette région il y a deux points princi- paux qui président aux contractions de la vessie : l'un situé en correspon- dance de la troisième vertèbre lombaire, l'autre en correspondance de la cinquième. » Enfin si l'on veut savoir par quels nerfs les points précédents de la moelle transmettent leur action, on trouve : » i° Que le point correspondant à la troisième vertèbre lombaire trans- met ses effets par les filets, qui passent préalablement par les ganglions mésentériques, avant d'aller constituer le plexus hypogastrique; de sorte que, quand on coupe ces filets, les irritations portées en correspondance de la troisième vertèbre ne donnent plus lieu aux contractions de la vessie; » 2° Que le point de la moelle placé au niveau de la cinquième vertèbre lombaire transmet son action par des filets sacrés qui viennent directement former le plexus hypogastrique. » PHYSIOLOGIE. — Recherches sur la réunion bout à bout des fibres nerveuses sensitives avec les fibres nerveuses motrices (i); par MM. «J.-M. Piiu.ipeaitx et A. Vulpian. « Dès le début de nos recherches sur la régénération des nerfs, nous avons été conduits à nous occuper d'une question très-importante, posée pour la première fois par M. Elourens, et déjà résolue en grande partie par lui, à savoir la question de la réunion des nerfs d'origine différente. {i) Les recherches dont les résultats sont consignés dans cette Note, ont été faites dans le laboratoire de M. Flourens. ( 55 ) » En 1827, M. Flourens, dans un Mémoire lu à l'Académie des Sciences et reproduit dans l'ouvrage fondamental qu'il a publié plus tard (1), rapportait des expériences qui montrent en effet que le bout central d'un nerf peut être réuni d'une façon assez intime au bout périphérique d'un autre nerf pour que les excitations du premier bout se transmettent au second, et réciproquement. » Sur un coq, M. Flourens avait coupé les deux nerfs principaux de l'aile et les avait joint, de telle sorte que le bout périphérique de l'un corres- pondait au bout central de l'autre : les bouts ainsi croisés avaient été main- tenus en rapport par un point de suture. Quelques mois après l'opération, le coq avait repris l'usage de son aile : les nerfs furent mis à nu et furent trouvés réunis dans l'ordre nouveau créé par l'expérience. L'irritation des bouts périphériques produisait de la douleur; l'irritation du bout central d'un des nerfs se transmettait au bout périphérique de l'autre nerf et déter- minait des contractions dans les muscles auxquels se distribuait ce bout périphérique. » M. Flourens a obtenu en outre In réunion complète du bout central du cinquième nerf cervical avec le bout périphérique du nerf pneumogastrique sur un coq et sur un canard ; enfin, chez ce même canard, il a réuni égale- ment le bout inférieur du cinquième nerf cervical avec le bout supérieur du nerf de la huitième paire. » Dans tous ces cas, dit M. Flourens, la communica- » tion des irritations, par les points réunis, se rétablit en entier; et il y a de « nouveau ainsi continuité de vie et d'action dans le nerf, comme conti- » nuité de tissu. » » Les expériences de M. Flourens ont donc prouvé, avec toute la netteté possible, que ies nerfs mixtes peuvent se réunir, bout périphérique de l'un au bout central de l'autre, et que la réunion est complète non-seulement au point de vue analomique, mais encore au point de vue physiologique, en ce sens que les excitations de l'un des bouts peuvent se transmettre à l'autre bout. M. lis il restait à savoir si les nerfs exclusivement moteurs peuvent se réunir à des nerfs exclusivement sensitifs de la même manière que se réunissent entre eux les nerfs mixtes. a MM. Gluge et Thiernesse, qui ont publié un Mémoire .sur ce sujet (1), ( 1 ) Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux des animaux vertébrés, 2 e édit., 1842, p. 272 et suivantes. (2) Sur la réunion des fibres nerveuses sensibles avec les fibres motrices. Bulletin de I Aca.-. demie royale de Belgique, 2 e série; t. VII, n° 7. ( 56) rappellent les tentatives faites antérieurement par MM. Schwann, Stein- rueck, Bidder, tentatives dont les résultats tendent tous vers une même conclusion : l'impossibilité de la réunion des fibres nerveuses motrices à des fibres nerveuses sensitives. » MM.Glugeet Tliiernesse ont institué dix expériences semblables à celles de M. Bidder : comme il l'avait fait dans six de ses expériences, ils ont réuni sur des chiens le bout central du lingual d'un côté au bout périphé- rique du nerf hypoglosse du même côté; et le plus souvent, quelque temps après cette opération, ils ont réuni de même entre eux les deux nerfs cor- respondants du côté opposé. Une seule fois, lors de l'examen des nerfs réunis, examen pratiqué toujours plusieurs semaines après le début de l'expérience, ces physiologistes ont vu l'excitation galvanique du bout central du nerf lingual se transmettre à la langue; mais ils croient, disent-ils dans la note i de la page 21 de leur Mémoire, qu'il v a eu dans ce cas transmission de l'électricité par une mince couche de liquide répandu sur le verre placé sous le nerf et qui a échappé à leur attention, et ils refusent toute valeur affirmative à cette expérience. Aussi concluent-ils : « i° que les fibres sensibles ne peuvent être transformées en fibres motrices ; ■> 2 que le mouvement organique dans les fibres nerveuses, qui détermine » la sensation, doit être différent de celui qui produit la contraction mus- » culaire. » » Les expériences que nous avons faites sur les mêmes nerfs, chez les mêmes animaux, nous permettent d'établir, contrairement à l'opinion des auteurs que nous venons de citer, que les fibres nerveuses sensitives peuvent s'unir bout à bout aux fibres nerveuses motrices, et que, une fois le travail de réunion achevé, les excitations se transmettent des fibres sensitives aux fibres motrices. » Sur de jeui.es chiens, le bout central du nerf lingual d'un côté a été rap- proché du bout périphérique du nerf hypoglosse du même côté et maintenu en contact avec ce bout à l'aide d'un point de suture : on avait excisé une notable partie du bout central de l'hypoglosse et du bout périphérique du lingual, pour empêcher autant que possible ces segments de venir rejoindre les bouts mis en expérience. » Un premier fait nous a frappés : c'est la rapidité avec laquelle se régé- nère dans ces conditions le bout périphérique du nerf hypoglosse (régéné- ration très-avancée deux mois après l'opération ; régénération à peu près complète en quatre mois), et cette rapidité est remarquable surtout si on la compare à la lenteur de la régénération autogénique de ce nerf. L'influence ( 5 7 ) du centre nerveux avait donc agi sur le segment périphérique du nerf hypoglosse par l'intermédiaire du segment central du nerf lingual. » Ce résultat bien des fois observé nous donnait déjà d'assez fortes pré- somptions relativement à l'union intime, anatomique et physiologique dans le sens indiqué plus haut de ces deux segments; mais il fallait vérifier ces présomptions. Nous avons donc sur plusieurs chiens ainsi opérés étudié l'effet de l'excitation du bout central du lingual sur les muscles de la langue. Parmi les expériences de ce genre, nous nous bornerons à citer les deux plus récentes. Sur deux chiens opérés à l'âge de trois mois environ, nous avons mis à découvert les nerfs réunis, quatre mois après l'opération. Le bout central du lingual était bien reslé réuni au bout périphérique de l'hy- poglosse, sans que les autres bouts fussent venus se mêler à la réunion. Dans nos premières expériences, nous mettions en usage le galvanisme pour exciter les nerfs; mais, même en opérant sur le bout central du lingual préa- lablement séparédu centre nerveux par une section transversale au niveau du maxillaire inférieur, nous craignions de ne pas être à l'abri de toute cause d'erreur: aussi nous n'employons maintenant qu'un moyen moins délicat, mais plus sûr, l'excitant mécanique. Sur les deux chiens dont il s'agit nous avons coupé le lingual le plus haut possible, puis nous l'avons pressé entre les mors d'une pince à dissection. A chaque excitation, il y a eu mouvement assez fort et assez étendu de la moitié correspondante de la langue. Le pin- cement du bout périphérique du lingual ne produisait rien, ou presque rien : l'excitation du bout périphérique de l'hypoglosse déterminait de très-forts mouvements dans la partie de la langue qui s'était contractée lors- qu'on avait pincé le bout central du lingual. Sur l'un des deux chiens, après s'être assuré que le pincement du bout central du lingual suscitait encore des contractions très-nettes de la moitié correspondante de la langue, on coupe en travers le bout périphérique de l'hypoglosse, et aussitôt il devient impossible par l'excitation du lingual, en se rapprochant même le plus pos- sible de la réunion, de déterminer des contractions des muscles linguaux. » De ces expérience, nous pensons pouvoir tirer les conclusions sui- vantes : » i° Les fibres nerveuses sensitives peuvent s'unir intimement bout à bout aux fibres nerveuses motrices et leui transmettre l'influence régénéra- trice du centre nerveux; » 2° Lorsque la réunion bout à bout des fibres nerveuses sensitives aux parties périphériques des fibres motrices est complète, l'excitation des fibres C. R., i863, i" Semestre, (T. LVI, N» 1.) " ( 58 ) sensitives se transmet aux fibres motrices, et, par l'intermédiaire de celle-ci, détermine la contraction musculaire (i). " Il est probable que, de même, l'excitation des fibres motrices périphé- riques réunies intimement bout à bout aux fibres sensitives centrales se trans- mettrait à celles-ci et produirait de la douleur. » 3° Ces expériences portent à penser que, dans l'état normal, l'excita- tion produite sur un point quelconque du trajet d'un nerf sensitif se pro- page au même instant dans les deux sens, centripète et centrifuge, et qu'il en est probablement de même des excitations d'un point quelconque d'un nerf moteur. » M. Sauvageon annonce qu'ayant exposé pendant un certain espace de temps du colon en laine à la vapeur du soufre brûlant, ce coton conservait après une assez longue exposition à l'air libre une sorte d'incombustibilité, c'est-à-dire que, placé au-dessus de la flamme d'une lampe à esprit-de-vin, il se racornissait, se crispait et ne prenait pas feu, tandis qu'à la même dis- tance du coton non préparé s'enflammait immédiatement. M. Desmartis prie l'Académie de vouloir bien hâter le travail de la Com- mission chargée de l'examen de sa Note sur l'emploi de Y extrait de cam- pêche comme désinfectant des plaies gangreneuses. Il ajoute que, d'après les renseignements récemment reçus du Mexique, ce médicament a été em- ployé avec succès sur plusieurs de nos blessés. Dans certains cas il a fallu, pour ne pas exciter de douleurs par l'application du topique, en atténuer l'effet, en augmentant la proportion d'axonge, ce qui a pu se faire sans di- minuer sensiblement l'effet désinfectant. (Renvoi aux Commissaires nommés : MM. Payen, Velpeau.) M. Mihalixez adresse d'Alexandrie (Italie) un Mémoire écrit en allemand (i) Malgré cette communication facile des excitations des fibres sensitives aux fibres mo- trices, la /onction de ces fibres motrices demeure abolie. Sur deux chiens opérés à la même époque que ceux dont il a été question plus haut, et de la môme façon qu'eux, nous avons répété la même opération du côté opposé au bout de quatre mois, et immédiatement, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, le mouvement de projection de la langue est devenu impossible. Il est aisé de comprendre comment la possibilité de la propagation des excitations du segment central d'un nerf au segment périphérique d'un autre nerf n'implique pas le rétablissement de la fonction à laquelle participe ce dernier nerf. (Voir l'ouvrage cité de M. Flourens : voir aussi nos Recherche!, sur la régénération des nerfs. Paris, 1860, p. 68 et suiv.) ( *9 ) et ayant pour titre : « Le Soleil et sa relation avec les autres corps célestes considérée du point de vue philosophique. » M. Faye est invité a prendre connaissance de cet ouvrage et a faire savoir à l'Académie s'il est de nature à devenir l'objet d'un Rapport. M. Argesti, dans une Lettre écrite de Bucharest, exprime le désir de soumettre à l'Académie des recherches de géométrie dont il indique le sujet. Renvoi à l'examen de M. Serret, qui jugera s'il y a lieu d'encourager l'auteur à envoyer son travail. M. de Baisset-Roqcefort annonce l'envoi de deux exemplaires d'un opuscule intitulé : « Étude sur le mouvement de la population en France depuis le commencement du XIX e siècle. » Il exprime le désir que cette publication puisse être admise au concours pour le prix de Statistique de i863. M. Vuillemenot prie l'Académie de vouloir bien renvoyer à l'examen d'une Commission un Tableau dans lequel il a réuni, sous une forme synoptique, divers renseignements relatifs au calendrier, à la chronolo- gie, etc. Les usages de l'Académie relativement aux ouvrages imprimés ne lui per- mettent pas d'obtempérer à la demande de M. Vuillemenot. M. d'Ouncourt rappelle qu'il a adressé en 1861 a l'Académie un Mé- moire sur un nouveau système de culture qui, en augmentant les revenus des cultivateurs, tendrait à préserver le pays du danger des inondations II demande si ce Mémoire a été l'objet d'un Rapport. Cette Lettre est renvoyée à la Commission des Inondations à laquelle a été soumis le Mémoire de M. d'Olincourt. M. Durand annonce l'envoi d'une Note concernant l'application des lois fie la réfraction à l'analyse chimique. Cette Note n'est pas parvenue à l'Académie. La séance est levée à 5 heures un quart. F. 8.. ( 6o ) BULLETIN' BIBLIOGRAPHIQUE. L'Académie a reçu dans la séance du 5 janvier i «63 les ouvrages dont voici les titres : Faculté de Médecine de Paris. — Séance de rentrée de la Faculté, te 17 novembre 1862. Paris ; br. in-4°. Du climat de l'Egypte; de sa valeur dans les affections de la poitrine comme station hibernale comparée à celles de Madère, d'Alger, de Païenne, de Naples, de Rome, de Venise, de Nice, d' H y ères, de Pau, etc.; par M. le D r B. Schnepp. Paris, 1862; vol. in-4°. Cours de Mathématiques à l'usage des candidats à l'Ecole centrale des Arts et Manufactures, et de' tous les élèves qui se destinent aux Ecoles du Gouvernement ; par Charles DE Comberousse; t. III. Paris, 1862; vol. in-8°, avec atlas de 53 planches. Traité d' Anthropologie physiologique et philosophique ; par le D r F. Fré- dault. Paris, 1 863 ; vol. in-8°. Cours élémentaire de culture des bois créé à V Ecole forestière de Nancy; par M. Lorentz, complété et publié par A. Parade; 4 e édition. Paris et Nancy, 1860; vol. in-3°. Reboisement des montagnes: région des Alpes; par M. A. Parade. Nancy, trois quarts de feuille in-8°. Mémoire sur la Mécanique céleste et sur la cosmogonie, suivi de Notes sur la théorie des comètes et sur la méthode en mathématiques ; par M. VOIZOT. Paris, 1862; in-8°. (2 exemplaires.) Recueil de Mémoires de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacie militaires, rédigé sous la surveillance du Conseil de Santé et publié par ordre du Ministre delà Guerre; 2 e série; Table générale (t. I à XXII). Paris, 1862; vol in-8°. Mémoires de la Société académique de Maine-et-Loire ; XI e et XII e volumes. Angers, 1862; in-8°. Préface d 'une réforme des espèces fondée sur le principe de la variabilité res- treinte des types organiques en rapport avec leur faculté d'adaptation aux milieux; par M. Adolphe Gubler. Extrait du Bulletin de la Société Botanique de France. Paris, 1862; in-8°. (Présenté au nom de l'auteur par M. de Qua- trei'ages. ) Notice sur M. Marcel de Serres, professeur de Minéralogie et de Géologie à la Faculté des Sciences, membre île l'Académie de Montpellier; par M. Paul Gervais. 1 feuille in-4°. ' (6i ) Sur tes empreintes végétales trouvées à Armissan [Aude), et détails géologiques et paléontologiques sur celte localité; par M. V. Gervais. (Extrait des Mémoires de l'Académie de Montpellier, section des Sciences). In-4°. Additions aux recherches sur les Mammifères fossiles de l'Amérique méri- dionale; par le mèrne. (Extrait du même recueil.) i feuille in-4°. Rapport sur les travaux de la Faculté des Sciences de Montpellier pendant l'année scolaire i 861- 1862 ; par le même. Montpellier, 1 86a ; trois quarts de feuille in-8°. Recherches expérimentales sur l'action physiologique de l'ipécacuanha ; par G. Pécholier. Paris et Montpellier; 1862; in-8°. Quatre Mémoires : Autonomie réelle du genre Schufia. — Note sur une publication récente de M. D. Clos. — Vrilles de la vigne vierge. — Viles Bo- reali- Americanœ (par M. E. Durand), avec une Introduction et des Notes; par M. Ch. Desmoulins. (Extrait des Actes de la Société linnéerme de Bor- deaux.) Bordeaux, 1862; in-8°. Audubon, naturaliste américain : Etude biographique; par P. -A. Cap. Paris, 1 862 ; in-8°. Influence du gaz sur les arbres des promenades publiques ; par M. J. GlRARDlN . (Extrait des Mémoires de la Société impériale des Sciences, de l 'Agriculture et des Arts de Lille.) Lille; demi-feuille in-8°. Rapport sur la composition et l'usage industriel des eaux de la Lys, du canal de Roubaix, des puits, du sable vert, de la marne et du calcaire bleu; par le même. (Extrait du même recueil.) Lille; br. in-8°. Elude sur le mouvement de la population en France depuis le commencement du xix e siècle ; par le marquis de Bausset-Roquefort. (Extrait du Réper- toire des travaux delà Société de Statistique de Marseille.) Marseille, 1862; in-8". Notice sur les silex taillés des temps antéhistoriques ; par M. J. Garnier. Amiens, 1862; in-8°. Observations météorologiques faites à Chamounix pendant l'année 1 858, janvier et février 1 85g, faisant suite à celles publiées en 1857; par M. Venance Payot. (Extrait des Annales de la Société impériale d' Agriculture, d'Histoire naturelle et des Arts utiles de Lyon.) Lyon ; br. in-8°. Végétation de la région des .neiges, ou Flore des Grands-Mulets ( Mont- Blanc); par le même. ( Extrait du même recueil.) Lyon ; demi-feuille in-8°. Catalogue phytostatique de plantes cryptogames cellulaires, ou Guide du Lichenologue au Mont-Blanc et sur les montagnes, etc.; par le même. (Extrait 62 ) du Bulletin de la Société vaudoise des Siu-wes naturelles.) Lausanne. 1860; hr. in-8°. Amélioration des métaux employés à la fabrication des canons rayés et à 'elle des armes blanches; pnr P. Leguen. Paris, 1861 ; in-8°. Recherches sur les composés poly atomiques. Densité de vapeur. De la polari- sation rotatoire et de ses applications. Du dégagement de la chaleur dans les actions chimiques (thèses présentées à la Faculté des Sciences de Paris pour le doctorat es sciences physiques) ; par M. A.-V. LOURENÇO. Paris, 1862 : in-4°. Sur les équations générales de l'élasticité et les surfaces isodynamiques. Sur la durée des éclipses des satellites de Jupiter (thèses présentées à la Faculté des Sciences de Paris pour le doctorat es sciences mathématiques); par M. Al- bert de Saint-Germain. Paris, 1862 ; in-4 . Recherches sur la présence du rubidium et du cœsiwn dans les eaux natu- relles, les minéraux et les végétaux. Du Spectre des diverses sources lumi- neuses, etc. De l'Isomorphisme en général, etc. ( thèses présentées à la Faculté des Sciences de Paris pour le doctorat es sciences physiques); par Louis GrandeaU. Paris, i862;in-4°. Mémoire sur les Conseils de discipline médicaux ; par le D r Durant. (Extrait du journal publié par la Société des Sciences médicales et naturelles de Bruxelles.) Bruxelles, 1862 ; br. in-8°. Mémoire sur l'unité de spécialité des espèces humaines, etc.; par J.-E. COR- NAY. Paris, 1862; br. in-12. Mémoire sur T utilité d'un Conseil dé prévision destiné à l'élude des causes des accidents, et des moyens de les prévenir; par le même. Paris, 1 863 ; demi- feuille in-12. Transactions... Transactions de l'Institut américain de la ville de New-York pour les années 1 858, i85o. et 1860. Albany, 1839, 1860 et 1861; 3 vol. 111-8 . (Offert par l'Institut américain de la ville de New-York et transmis par M. Vattemare.) Geschichte,.. Histoire de la géographie physique de la Suisse jusqu'en 1 8 1 5 ; parB. Studer, professeur de géologie. Berne et Zurich, 1 863; vol. in-8°. Ueber... Sur le phénomène de friction (géologie); par M. Theodoi Kjerulf. (Extrait du Journal de la Société allemande de Géologie pour l'année 1860.) Br. 111-8 . Forhandlinger... Mémoires de i Académie des Sciences de Christiania pour l'année 1861. Christiania, i862;in-8° (63 ) Beretning. . . Compte rendu des résultats de l'emprisonnement cellulaire en 185g. Christiania, i86o;br. in-8°. Uber. .. Sur la géologie du Tellemarken ; par Tellet Dahll. Christiania, 1860; in-4°. Dip culturpflanzen... Les plantes cultivées de la Norwége ; par le D' F. T. Schubeler. Christiania, i862;in-4°. Materialien... Matériaux pour la minéralogie de la Russie; par Nicolai v. Kokscharovv ; IV e volume (p. 1 à 96). Saint-Pétersbourg, 1862; m-8° avec atlas in-4°. Notizia . . . Notice historique des travaux de la Classe des Sciences Physiques et Mathématiques de i Académie royale des Sciences de Turin pendant l'an- née 1860-61 ; par le prof. E. Sismonda, secrétaire perpétuel de la Classe. Turin, 1862 ; in-Zj - Sui modi... Sur les moyens tes plus efficaces d'approvisionner Venise d'eau potable; par M. G. BlANCO, ingénieur en chef de la municipalité vénitienne. Venise, 1862 ; in-8°. The corrélation... Corrélation des forces physiques ; par M. W.-R. Grove ; 4 e édition. Londres, 18625 vol. in-8°. On the. . . Sur les reptiles dicynodons, avec une description de quelques restes fossiles rapportés de l'Afrique méridionale en novembre 1860, par S. A. R. le prince Alfred; Note du prof. Owen, avec planches ; in-4°. The Zoological... Contribution ostéologique pour l'histoire naturelle des singes anthropoïdes : comparaison des os des membres du troglodyte gorille et du troglodyte noir, et des différentes variétés de la race humaine; par le même; in-4°. COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES SÉANCE DU LUNDI 12 JANVIER 1865. PRÉSIDENCE DE M. VELPEAU. MEMOIRES ET COMMUNICATIONS DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. Après la lecture du procès-verbal, M. Poncelet réclame la parole et s'exprime en ces termes au sujet du renouvellement des Membres de la Commission administrative : » Je prie M. le Secrétaire perpétuel et mes savants confrères de l'Acadé- » mie d'accepter, derechef, mes sincères et profonds remercîments pour » les témoignages d'estime qu'ils ont bien voulu m'accorder dans la pré- » cédente séance, en me nommant, malgré mon refus, Membre de la Com- » mission administrative; nomination d'autant plus flatteuse qu'il s'agit » désintérêts très-graves de l'Institut. Je me vois, à regret, forcé de décliner » cet honneur, malgré ma déférence envers l'Académie, qui comprendra, » je l'espère, que je veuille mettre à profit la part de santé et de forces que » j'ai eu le bonheur de recouvrer depuis un an pour me consacrer exclusive- » ment à la publication de travaux scientifiques dont, depuis trop long- b temps, j'ai été détourné, et qui m'obligent à refuser toute espèce de can- » didature et de fonctions, fussent-elles même purement temporaires et » gratuites. » L'Académie procédera dans une de ses prochaines séances à l'élection d un second Membre de la Commission administrative. C. R., l863, I er Semestre (T. LV1, N°2) 9 (66) M. le Secrétaire perpétuel de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres invite l'Académie des Sciences à lui faire connaître le plus prompte- ment possible le nom du Membre qu'elle aura choisi pour la représenter dans la Commission mixte chargée de décerner, s'il y a lieu, le prix de la fondation de M. Louis Fould, prix destiné à récompenser l'auteur du meilleur travail « sur l'histoire des arts du dessin avant le siècle de Périclès ». L'Académie, dans une de ses prochaines séances, procédera à l'élection du Membre qu'elle est appelée à fournir à ceïte Commission. GÉODÉSIE. — Réponse aux observations de M. Le Verrier relativement à un Rapport lu dans la séance précédente sur les entreprises géodésiques en Alle- magne; par M. Faye. « Après la lecture de mon Rapport sur les récentes entreprises géodé- siques de l'Allemagne, M. Le Verrier a pris la parole pour présenter quelques observations auxquelles je crois devoir répondre. .» Bien que les discussions de priorité ne soient guère de mise en pareille matière, il est bon d'établir sous son vrai jour la situation actuelle de la Géodésie en France. Je n'invoquerai que des faits bien connus : c'est dans les Comptes rendus de nos séances que je puiserai mes citations. » Rappelons d'abord, afin de rendre la question intelligible à tous, que le réseau français comprend trois grandes méridiennes et six arcs de paral- lèles qui coupent les premières à angle droit, de manière à diviser la France en grands quadrilatères. C'est là, à proprement parler, le réseau géodé- sique. Pour arriver à la topographie, il a fallu remplir ces vastes polygones de triangles de second ordre; ceux-ci serveut à leur tour de base à une triangulation de troisième ordre, sur laquelle s'échafaudent enfin les levés de détail. » Cette œuvre immense, imitée par tous les pays, mais nulle part dépassée, aétéentreprise sous l'impulsion du Bureaudes Longitudes; c'est le Bureau qui a provoqué la formation de la Commission de la carte de France et qui lui a fourni le premier de ses présidents, M. de Laplace. Mais elle a été exécutée par le Corps des Ingénieurs-Géographes, dont la fondation remonte au pre- mier Empire, et par celui des Officiers d'Étal-Major (i). De même la partie il) Il faut en excepter la méridienne centrale, œuvre «le Delambre et de Méchain , et une partie des triangulations des cotes, dues au Corps des Ingénieurs- Hydrographes. (67 ) astronomique, comprenant la détermination de la latitude, de la longitude et de l'azimut dans les stations principales, a été l'œuvre de l'Armée, ainsi que les calculs immenses de toutes les opérations. Quant au prolongement de la méridienne centrale en Espagne, et aux observations destinées à faire connaître en chaque point, non plus la direction, mais l'intensité de la pesanteur, c'a été l'œuvre exclusive et toute personnelle du Bureau des Longitudes. Cette noble entente des savants Officiers du Dépôt de la Guerre et du Bureau des Longitudes, à laquelle la France doit un ensemble de travaux si utiles pour la science, l'administration civile et la défense du pays, cette entente, dis-je, a duré un demi-siècle : elle dure encore, et au premier signal on la verra porter de nouveaux fruits. Il ne dépend de personne d'effacer de notre histoire scientifique de pareils souvenirs. » Vint la télégraphie électrique, et aussitôt on songea au parti que la Géodésie en pourrait tirer pour remplacer les signaux de feu dans la déter- mination des longitudes. Il y a dix ans, à l'époque où M. le Ministre de l'Intérieur annonçait à l'Académie qu'il allait étendre à tous les chefs-lieux des départements le réseau de cette télégraphie nouvelle, un Membre vint vous parler de l'emploi qu'on pourrait faire de cette vaste organisation pour perfectionner les longitudes du réseau français, en rappelant les résul- tats déjà obtenus dans cette voie par les États-Unis d'Amérique. Cette simple remarque provoqua aussitôt de la part de l'Armée une démarche des plus significatives : le Dépôt de la Guerre s'empressa de faire écrire à l'Académie que cette pensée était depuis longtemps celle des Officiers d'État-Major attachés à la carte de France. Voici la Lettre du général Blonde!, alors, comme aujourd'hui, directeur du Dépôt de la Guerre ; je puis la citer en entier, car elle est aussi courte qu'honorable pour son auteur (i) : « Les idées exprimées dans la séance du 6 décembre dernier avaient déjà » occupé la pensée des Officiers d'État-Major du Dépôt de la Guerre. Us » avaient pressenti tout le parti qu'ils pourraient tirer de la télégraphie » électrique pour vérifier ou confirmer, étendre même leur travail et celui » de leurs prédécesseurs. Us s'applaudiraient de marcher dans cette voie » sous les inspirations de l'Académie des Sciences. On trouverait chez eux » un zèle éprouvé et une certaine expérience acquise qui leur donnerait » peut-être le droit de se considérer comme les dignes agents de la savante » assemblée. En même temps l'État ne verrait pas la moindre partie de ses (i) Comptes rendus, t. XXXVI, p. 29 et 3o. ( 6« ) » forces se consumer sans avantage dans îles travaux faits en même temps » et de deux côtés différents. » Dans cette idée, j'ai cru convenable d'offrir à l'Académie des Sciences, » sauf l'approbation du Ministre et dans des limites qu'il lui appartient de » fixer, le concours des Officiers d'Etat-Major du Dépôt de la Guerre pour " la réalisation des projets susdits, » que dans une autre Lettre M. le général Blonde! présente comme le complément nécessaire des travaux de f Etat- Major. » A cette occasion, M. Arago fit part à l'Académie des mesures prises par le Bureau des Longitudes pour appliquer la télégraphie électrique à la jonction des observatoires et à la transmission de l'heure de Paris. Je citerai également ses paroles, tout en rappelant, a6n d'éviter des méprises, qu'à cette époque les Observatoires impériaux étaient compris dans les attri- butions du Bureau des Longitudes, tandis qu'ils en sont complètement séparés aujourd'hui. « Cette idée était si naturelle, disait M. Arago (i), qu'elle est née pres- >• que aussitôt après l'installation des premiers télégraphes et qu'on ne sau- » rait dire où elle a pris naissance. Je puis seulement assurer que le Bureau » des Longitudes s'en occupa dès l'origine avec persévérante, et qu'en outre » il avisa aux moyens d'établir une communication directe entre l'Obser- » vatoire de Paris et celui de Greenwich, des qu'il fut question de l'éta- •> blissement du câble sous-marin entre Douvres et Calais. Si ce projet ne » s'est pas encore réalisé, on ne doit l'imputer qu'aux difficultés qu'a ren- » contrées M. Airy pour établir une liaison directe entre l'observatoire > qu'il dirige et l'une des lignes électriques aboutissant à Douvres et au » câble sous-marin. Quant à nous, nous sommes prêts depuis longtemps ,t » faire et à recevoir les signaux. Dans cette vue, une communication a été » établie par un fd souterrain qui longe la rue du faubourg Saint-Jacques, » entre une des salles de l'Observatoire et l'Administration centrale située <> au Ministère de l'Intérieur, rue de Grenelle. Les conditions sous lesquelles » nous pouvons disposer à certaines heures du jour de la force électrique » créée dans l'établissement central, ont été convenues et sanctionnées par » un règlement que le Ministre de l'Intérieur a adopté. Le Bureau des » Longitudes n'attend plus que les dispositions qui se font à Greenwich •i pour procéder à la liaison de Dwnkerque, un drs points de la grande » méridienne de France, avec l'Observatoire de Paris. Une Commission (i) Comptes rendus, t. XXXVI, p. 3u e l 3 1 . (6 9 ) » prise parmi ses Membres a depuis longtemps été nommée à cet effet. » J'ajoute enfin que des arrangements ont été convenus, de concert avec » le Ministre compétent, pour qu'on transmette chaque jour l'heure de » Paris aux divers ports tels que le Havre, Nantes, etc., les navigateurs » devant puiser dans ces indications journalières des moyens très-exacts » de régler la marche de leurs chronomètres. La difficulté de trouver au » îfavre un lieu accessible à tous les intéressés, pour l'installation d'une » excellente pendule, a seule retardé jusqu'ici la mise à exécution d'un « projet qui donnera certainement d'heureux résultats. » » Ces projets et ces préparatifs furent entravés par la mort de M. Arago, qui arriva l'année suivante; puis vint la mesure qui détacha l'Observatoire du Bureau des Longitudes. Le Bureau ne put consacrer une attention sui- vie à la question géodésique; il avait alors à défendre son existence mena- cée : on se rappelle les attaques incessantes dont il fut l'objet jusque dans le sein de l'Académie. Quant à la partie des projets du Bureau des Longi- tudes qui se rattachait plus spécialement à l'Observatoire, le nouveau direc- teur ne manqua pas de suivre de point en point la voie qui avait été tracée. Mais, il importe de le rappeler ici, la jonction des Observatoires de Paris et de Greenwich, de Paris et du Havre, n'a aucun rapport essentiel avec l'œu- vre géodésique dont il s'agit aujourd'hui : elle avait pour but, en effet soit d'envoyer l'heure de Paris à un port de commerce pour y régler les chronomètres de la marine marchande, soit d'obtenir, avec une grande exactitude, des éléments de réduction nécessaires pour ramener à un même méridien les observations astronomiques de deux Observatoires éloignés. Quant au reseau géodésique de la France, la séparation du Bureau et de l'Observatoire désintéressait ce dernier établissement; on eût donc moins que jamais compris que le nouveau directeur mit de côté les Corps qui avaient créé la géodésie française, et s'attribuât le droit de la retoucher et de la remanier. » M. Le Verrier le sentait bien, en 1 856, lorsqu'il s'entendit avec le Dépôt de la Guerre afin de déterminer électriquement les longitudes d'un certain nombre de points du réseau français. Alors il était dans le vrai; il avait du moins obtenu de travailler à celle oeuvre avec un des Corps qui l'avaient accomplie. Le Dépôt lui avait donné pour collaborateurs M. le commandant Bozet, homme excellent, aimé de tous, et dont l'Aca- démie estimait les travaux scientifiques, puis un jeune officier des plus dis- tingués, M. le capitaine Versigny. On commença, suis avoirpublié de plan, par la longitude de Bourges, point pris sur le troisième parallèle. Mais bientôt ( 7° ) l'entente cessa, les opérations furent brusquement interrompues; la rup- ture fut même annoncée à l'Académie, dans sa séance du 26 oc- tobre 1857 (1). « Comme directeur de l'Observatoire, disait M. Le Verrier, il avait » proposé au Dépôt de la Guerre, lequel est cbargé de la Géodésie, de com- » biner les ressources des deux établissements pour entreprendre le travail et » le pousserrésolument. Ilfutconvenu que les opérations seraient reprises u au commencement de 1857 et poursuivies sans interruption pendant » toute la campagne. Mais lorsqu'au mois de février le directeur de » l'Observatoire de Paris réclama la mise à exécution du programme » convenu, il éprouva le très-vif regret d'entendre le Dépôt de la Guerre » déclarer qu'il n'était pas en mesure de continuer. » » Personne n'imagina que le Dépôt de la Guerre eût pu se tromper sur ses ressources au point de s'engager ainsi dans une campagne scientifique pour la rompre immédiatement après. Chacun comprit donc que l'auteur de cette réponse avait eu pour unique but de se dégager poliment après avoir constaté quelque incompatibilité irrémédiable. M. Le Verrier, néan- moins, ajoute : « L'année 1857 a donc été perdue; chose fâcheuse, surtout » si l'on considère combien elle a été exceptionnellement favorable aux » observations. En l'état actuel des choses, nous ne pouvons que former » des vœux pour que ces grandes questions, dans lesquelles l'honneur » scientifique de la France est engagé depuis des siècles, ne soient pas lais- » sées en souffrance par le Dépôt de la Guerre. » » Assurément ces paroles ne décèlent pas l'espoir de reprendre plus tard les relations interrompues, et, de fait, six ans viennent de s'écouler sans que l'on ait cherché à les rétablir. Mais ces travaux seront repris, j'ose du moins l'espérer, dans les conditions traditionnelles, de manière à uti- liser les progrès nouveaux que la science a faits depuis dix ans. » Je poursuis cet exposé. Depuis le commencement de 1867, il n'a plus été question de Géodésie à l'Observatoire : je dis à l'Observatoire seulement, caries travaux géodésiques n'ont pas cessé pour cela en France; c'est ce que prouveraient au besoin les Mémoires que le Ministre de la Guerre a transmis au Bureau des Longitudes au nom des Officiers du Dépôt de la Guerre, la triangulation de l'Algérie où M. le capitaine Versigny a trouvé une compensation pour les travaux qu'il avait d'abord espéré faire en (1) Comptes rendus, t. XLV, p. 61 i. ( V ) France, les instruments nouveaux si remarquables que M. le colonel Hossard a fait construire pour observer les latitudes astronomiques avec une grande précision, et cette jonction toute récente des réseaux anglais et français que le Dépôt vient de terminer de concert avec VOrdnance Suivey, au moyen de triangulations menées en commun dans les deux pays, les officiers anglais et les officiers français opérant simultanément [quoique in- dépendamment en France et en Angleterre. » M. Le Verrier nous parle, il est vrai, de la longitude du Havre, entre- prise tout à coup, après cinq années d'indifférence, en 1861. Je n'en parle- rai moi-même qu'avec réserve; rappelons seulement qu'elle avait d'abord pour unique but de relier à Paris un observatoire privé, fondé récemment au Havre en vue des besoins de la navigation ; personne ne prendra donc cette opération pour une entreprise géodésique. C'est ce qui ressort d'ail- leurs des communications mêmes de M. Le Verrier; car, après avoir opéré en 1861 à cet observatoire il s'avisa plus tard, vers la fin de 1862, je crois, de s'enquérir de la situation du Havre sur la carte de France, et il apprit alors qu'aucun des points où il avait fait observer n'était un point géodé- sique (1). » Ainsi, depuis la déclaration d'octobre 1857, le terrain, un instant occupé, était redevenu libre, et libre il est resté pendant cinq longues années. D'autres étaient en droit de reprendre des opérations publiquement aban- données, à la seule condition de s'entendre mieux avec le Dépôt de la Guerre, lequel est chargé de la Géodésie, comme le disait M. Le Verrier. Le meilleur moyen pour cela était d'étudier sérieusement la question, non plus dans un de ses détails, tel que l'emploi de la télégraphie électrique, mais dans son ensemble, et de proposer à l'État un plan digne de son attention. C'est là ce qui fut fait l'an dernier par le Bureau, dès le mois d'avril, c'est-à-dire immédiatement après sa réorganisation, et son plan, qui supposait et récla- mait le concours du Dépôt de la Guerre, fut accueilli avec les témoignages du plus vif intérêt, de la plus entière satisfaction. Le Bureau voulait ainsi, j'en suis profondément convaincu, témoigner, par de belles et utiles entre- prises conçues dans le cercle de ses attributions, sa haute gratitude à l'Em- (1) « Le clocher de Notre-Dame du Havre, disait M. Le Verrier le i3 octobre dernier » (1862), revenant sur des assertions antérieures dont il avait sans doute mieux apprécié la • valeur, n'est le sommet d'aucun des triangles mesurés par le Corps d'État-Major. Le poin » géodésique important de cette région est le phare méridional du cap la Hève. Il m'a donc • paru nécessaire de reprendre la jonction du clocher du Havre avec la Hève. » ( Voir les Comptes rendus du i3 octobre 1862, p. 5cjo.) ( 7 2 ) pereur qui avait bien voulu le protéger. Mais M. le directeur de l'Obser- vatoire" se hâta de prendre les devants (octobre 1 86a), et d'envoyer sur quelque point, appartenant cette fois au réseau géodésique, un des astro- nomes placés sous sa direction, comme pour prendre date. » Je pourrais montrer maintenant qu'il y a peu d'analogie entre des pro- jets mûrement étudiés et des opérations qui débutent ainsi ; mais je m'ar- rête : il me suffit d'avoir rétabli les rôles si étrangement intervertis dans la dernière séance, et d'avoir montré qu'à l'époque où furent conçus les pro- jets auxquels je faisais allusion en rendant compte à l'Académie des projets de l'Allemagne, nous ne marchions sur les brisées de personne. Quelque pénibles qu'ils soient à dire, voilà les faits; l'Académie jugera. Quant au point de droit, nul dans cette enceinte, où le souvenir de tant de savants illustres qui se sont fait gloire d'appartenir au Bureau des Longitudes est encore vivant , ne contestera que l'entreprise ne soit conforme aux plus honorables traditions du Bureau et du Dépôt de la Guerre , car, s'il est en France un Corps scientifique dont l'histoire soit indissolublement unie à celle de l'Armée par une longue série de glorieux efforts, c'est, avec 4'Aca- démie elle-même, le Corps dont je viens de citer le nom, c'est le Bureau îles Longitudes. » « M. Le Verrier s'est borné à exposer, dans la dernière séance, qu'en conformité des instructions ministérielles l'Observatoire impérial travaille activement à la détermination astronomique des longitudes et des lati- tudes » Il regrette que ce simple exposé soit devenu l'occasion des critiques qu'on vient de lire devant l'Académie. « Il attendra l'impression de ces critiques pour y répondre amplement, s'il y a lieu. » pathologie. — Note sut la durée de l'incubation de la rage chez les chiens ; pat M. Uexault. « Dans une communication que j'ai eu l'honneur de faire à l'Académie en avril dernier (séance du ai.), après avoir fait remarquer que le nombre des cas de rage semblait avoir été plus considérable depuis l'établissement de l'impôt sur les cliiens. bien que parallèlement à l'établissement de cet impôt la police des grandes vdles, par une surveillance plus active, obligeât davantage les propriétaires de ces animaux à les tenir renfermés et attacliés ( ?3 ) dans leurs habitations; après avoir rappelé que notre ignorance à peu près absolue sur la nature, le siège, les causes premières et le traitement curatif de cette horrible maladie, nous laissait dans l'impuissance d'en prévenir le développement ou de la guérir, je disais que, dans une pareille situation, il ne restait qu'à essayer du moins de mettre en usage les moyens les plus propres à s'opposera sa propagation. Or cette propagation n'ayant lieu que par l'inoculation, c'est-à-dire par la morsure des chiens qui en sont affectés, aux autres animaux et à l'homme lui-même, je signalais, parmi les moyens qui semblaient les plus efficaces pour produire ce résultat : » i° Le musèlement permanent de tous les chiens qui ne sont pas tenus à l'attache ou enfermés; » i° Uoccision immédiate de tous ceux des animaux chez lesquels se ma- nifesteraient les moindres symptômes de nature à laisser craindre la nais- sance de la rage, et surtout de tous ceux qui auraient été mordus ou seraient soupçonnés avoir été mordus par des chiens enragés. » A cette occasion, j'ai communiqué à l'Académie les curieux résultats obtenus à Berlin pendant ces huit dernières années (de 1 854 à 1 86i y com- pris) par l'emploi permanent et rigoureux de la muselière sur tous les chiens laissés en liberté, et j'en ai inféré l'efficacité et partant l'utilité de cette pratique, si cette expérience ainsi faite publiquement et sur une grande échelle se continuait avec les mêmes résultats pendant quelques années encore. » La révélation de ces faits, que j'avais recueillis moi-même en Prusse et qui n'étaient pas connus en France, était de nature à éveiller l'attention de l'administration sanitaire et a paru l'émouvoir. En effet, peu de temps après ma communication, la police de Paris avait donné des ordres prescrivant le musèlement de tous les chiens qui seraient laissés en liberté. Mais cette fois encore il est arrivé ce que j'avais dit s'être toujours produit dans notre pays en pareille circonstance. Si les ordres donnés furent sévères, leur exé- cution fut bien loin d être sérieuse. D'abord, la première émotion une fois calmée, la vigilance municipale ne tarda pas à se ralentir; la prudence des citoyens s'endormit avec leurs inquiétudes; de telle sorte que, depuis deux ou trois mois, nous voyons augmenter tous les jours dans les rues le nom- bre des chiens non muselés, sans que la police semble y mettre obstacle. D'un autre côté, la mesure du musèlement eût-elle été plus sévèrement maintenue, que, en vérité, la sécurité publique n'eût pas été beaucoup plus efficacement garantie ; la plupart des muselières dont les chiens étaient pour- C. R., i8G3, i« Semestie. (T. LVI, N» 2.) >° ( 74 ) vus empêchant et gênant si peu les mouvements de leurs mâchoire?, qu'ils pouvaient manger et mordre tout aussi facilement que s'ils n'en eussent pas porté. J'en ai eu, il y a quelques semaines, une preuve bien douloureuse à la clinique de l'Ecole d'Alfort, où, en ma présence, on amenait avec un chien atteint de rage un malheureux enfant que cet animal venait de mordre cruellement à la cuisse malgré sa muselière, espèce d'anneau en caoutchom dont il était porteur. » Et on viendra dans quelque temps prétendre que, en 18Ô2, le musèle- ment des chiens a été prescrit et mis en usage dans Paris, et que, pas plus qu'aux diverses époques antérieures où il a été appliqué, il n'a amené au- cune diminution sensible dans le nombre des cas de rage; que dès lors il doit être considéré comme une mesure parfaitement inutile! » Puis donc qu'il paraît avéré que ce moyen d'empêcher la propagation de la rage n'est pas susceptible d'une application sérieuse et durable dans notre pays, il convient d'insister sur une autre mesure plus rigoureuse sans doute, mais aussi d'une efficacité d'autant plus assurée qu'il est difficile d'en modifier l'exécution, et que, une fois appliquée, elle a fait disparaître la source, la seule cause possible de propagation : je veux parler de l'occision, que je n'ai fait qu'indiquer dans ma Note du 2 1 avril, et sur laquelle, a cette époque, j'avais demandé à l'Académie la permission de revenir ultérieu- rement. » Mais, par cela même que l'occision est une mesure rigoureuse, qu'elle constitue une atteinte au droit de propriété, une véritable expropriation pour cause de sécurité publique, il importe qu'outre son efficacité, qui se conçoit et s'indique assez d'elle-même, sa légitimité à ce point de vue soit expliquée et mise hors de doute aux yeux de l'autorité appelée à la pres- crire, comme à ceux des citovens qui seront tenus de s'y soumettre. C'est là l'objet de cette seconde communication. » Dans l'état actuel des choses en matière de règlements sanitaires, lors- qu'un chien a été mordu on qu'on est fondé à croire qu'il l'a été par un ani- mal enragé de son espèce, la police prescrit qu'il soit enfermé et tenu à l'at- tache, la plupart du temps cliez son propriétaire, pendant un certain temps, au bout duquel seulement elle permet qu'il soit mis en liberté si aucun symptôme inquiétant ne s'est manifesté; dernière circonstance qui, soit dit en passant, n'est constatée par personne ayant capacité pour le faire perti- nemment. Or rien n'est moins déterminé que la durée de cette séquestration, laissée, on peut le dire, à l'arbitraire de la police municipale, qui varie conséquemment suivant les municipalités; mais qui, autant que j'ai pu ( 75 ) m'en assurer, n'excède nulle part quarante jours et est généralement moin- dre dans beaucoup de localités. Donc, quand un chien mordu a été séques- tré, c'est au bout de vingt, trente ou quarante jours au plus qu'il est rendu à la liberté. Je me bâte d'ajouter que, dans un très-grand nombre de cas, cette précaution de séquestration n'est même pas ordonnée, ou que son exé- cution et son mode ne sont l'objet d'aucune surveillance après qu'elle a été prescrite. » Quoi qu'il en soit, pour que cette séquestration ainsi mesurée fût ration- nelle, en supposant même qu'elle se prolongeât toujours et partout pendant quarante jours, il faudrait qu'il fût constant que, dans aucun cas, l'incuba- tion de la rage n'excède cette durée de temps; car, s'il était démontré qu'a- près quarante jours écoulés depuis le moment de l'inoculation, cette mala- die peut encore apparaître manifestement, la quarantaine serait une mesure illusoire, puisqu'elle ne garantirait pas contre les dangers ultérieurs; ce qui précisément, ainsi qu'on va le voir, se trouve être la vérité. « S'il est constant, en effet, que le plus souvent l'explosion de la rage chez un chien mordu se fasse avant le quarantième jour à partir de l'inocu- lation; il est vrai aussi que dans un certain nombre de cas elle a lieu pinson moins longtemps après ce délai. Déjà l'observation clinique l'avait démon- tré. Mais des objections très spécieuses pouvaient être faites contre cette appréciation de la durée de l'incubation par la seule observation clinique. Entre autres, on pouvait dire, et on disait, avec une certaine raison, qu'il était difficile d'assurer qu'une incubation avait duré 60 jours par exemple, par cela seul qu'il s'était écoulé ce laps de temps entre le moment d'une mor- sure et celui où se produisait la manifestation rabique. Car, si, comme c'est presque toujours le cas dans ces sortes d'observations, l'animal mordu était resté en liberté ou n'avait pas été constamment surveillé, on n'avait pas la cer- titude, on n'était pas autorisé à affirmer que, dans cet intervalle, l'animal n'avait pas été mordu de nouveau par un autre chien enragé sans qu'on s'en fût aperçu ou qu'on l'eût connu, comme cela peut arriver tous les jours; auquel cas, le développement de fa rage pouvant n'être que la con- séquence de la seconde morsure, on aurait commis une erreur en en fai- sant remonter l'origine à la première, et en en concluant à une durée de 60 jours pour une incubation qui n'aurait été, de fait, que de 25 ou 3o jours, objection d'autant plus considérable qu'elle peut s'appliquer à presque toutes les observations consignées dans les ouvrages sur la ma- tière, où aucuns détails, ou que de très-incomplets, ne sont donnés sur 10.. ( 7«) les précautions prises pour garantir la certitude des durées d'incubation énoncées. » C'est pour arriver, dans une matière aussi délicate et aussi grave au double point de vue de la science et de l'hygiène publique, à connaître la vérité d'une manière aussi précise et rigoureuse que possible, que j'ai en- trepris dès i836 une série d'expériences qui se sont continuées en présence des professeurs et des élèves d'Alfort jusqu'en 1860, toutes les fois que j'ai trouvé l'occasion de les répéter, et dont je vais faire connaître très-som- mairement les conditions et les résultats. » Et d'abord, je dois dire que, afin d'être aussi assuré que je pouvais l'être, que les animaux que j'inoculais ou que je faisais mordre par des chiens enragés, n'étaient pas déjà, à ce moment, sous l'influence d'une inoculation ou d'une morsure antérieure que j'aurais ignorée, je n'y soumettais que des chiens que j'avais déjà en loge, à Alfort, de- puis au moins deux mois. Le plus grand nombre y était depuis plus long- temps, et puis, à partir du moment où l'expérience était commencée, je les faisais habiter séparément, tenir à la chaîne, et surveiller journellement par un ou deux élèves et parle palefrenier du chenil, de manière qu'il fût cer- tain qu'aucun autre animal suspect ne les approchât jusqu'au moment où, soit que la rage se développât sur eux, soit qu'il se fût écoulé un temps trop long pour qu'il me parût qu'elle pût se développer encore, je croyais inutile de continuer l'expectation. » Dans cette période de vingt-quatre ans, i3i chiens ont été, dans ces conditions, les uns mordus sous mes yeux, et à plusieurs reprises par des chiens en accès de rage; les autres inoculés par moi, ou en ma présence, avec de la bave recueillie à l'instant même sur des chiens enragés. » Sur ce nombre, 63 n'ayant rien présenté après 4 mois d'observations, ont cessé d'être surveillés et ont été, plus tard, soumis à d'autres expé- riences. • •• Sur les 68 autres, la rage s'est développée après un temps variable, dans les proportions indiquées sur le tableau suivant : Sur 1 chien du 5 e au 10 e jour. 4 » du 1 o au 1 5 » 6 . du i5 au 20 » 5 » du 20 au 25 » 9 » du 25 au 3o » 10 » du 3o au 35 » 2 » du 35 au 4° * ( 77 ) Sur 8 chiens du 4° e au 5o e jour. n » du 4^ au 5° » 2 » du 5o au 55 » 2 » du 55 au 60 » 4 » du 60 au 65 » 1 » du 65 au 70 » 4 » du 70 au 75 » 2 1 du 80 au go » 1 » du 100 au 120 » Sur ce dernier la rage ne s'est développée que le 118 e jour. » Ainsi, sur 68 chiens devenus enragés après avoir été inoculés ou mor- dus, 3i le sont devenus après le 4° e j° ur - 23 » * qO » 16 ■> » 5o » i4 » » 55 » 12 » » 60 » o » » 65 » n » » no 1» 3 » » 80 » I » u I l8 » et cela, je le répète, dans des conditions d'expérimentation où les ré- sultats rigoureusement préparés et constatés sont à l'abri d'aucune chance d'erreur, et conséquemment d'aucun doute et d'aucune objection sérieuse. » Or quelle est la signification pratique de pareils faits? C'est bien évi- demment la séquestration de chiens mordus, fût-elle toujours ordonnée, toujours observée, ce qui n'est pas; durât-elle, quand elle est ordonnée et observée, le maximum de temps qu'on est convenu de lui fixer, c'est-à-dire 4o jours, ce qui est l'exception ; les animaux remis en liberté après ce laps de temps peuvent encore devenir enragés sous l'influence et par suite de la morsure violente qui avait motivé leur mise en quarantaine, et, partant, restent un grand danger possible pour la société. Quelle est, dès lors, la conséquence que doit en tirer l'Administration chargée de veiller à la sécu- rité publique? C'est évidemment que, si l'on veut s'en tenir au système de la séquestration, il faudrait que la durée de cette quarantaine fût d'au moins 1 20 jours. Mais, attendu qu'il est peu probable que cette mesure soit jamais aussi exactement et sévèrement observée qu'il serait nécessaire qu'elle le fût ; attendu que rien ne prouve que, après ce délai de 120 jours, la maladie ( 78 ) ne pourra pas encore se manifester, comme des praticiens recommandables assurent en avoir observé des cas, si rares qu'ils aient été ; il semble que la mesure la plus certaine, là seule qui puisse satisfaire la prudence et mettre les familles et le public à l'abri de tout danger, ce serait de faire sacrifier immédiatement tout chien qui aurait été mordu ou seulement attaqué par un autre chien enragé. Pour ma part, je n'ai jamais hésité à conseiller ce sa- crifice à tous les propriétaires de chiens mordus ou seulement soupçonnés de l'avoir été, qui m'ont consulté en semblable occurrence. » M. Pouchet demande l'autorisation de reprendre au Secrétariat les pièces qu'il y avait déposées pour le concours sur la question des générations spon- tanées, pièces qu'il :e propose de donner à l'impression. « M 'étant retiré du concours avant qu'il fût jugé, dit M. Pouchet, je pense que ma de mande ne peut donner lieu à aucune objection. » MEMOIRES LUS. M. Desbois lit une Note sur un système de locomotion aérienne de son invention. (Renvoi à la Commission chargée de l'examen des diverses communications relatives à l'aéronautique.) MÉMOIRES PRÉSENTES. L'auteur d'un des Mémoires admis au concours pour le grand prix de Mathématiques de 1 863, question concernant la théorie des polyèdres, adresse une Note rectificative distinguée par la reproduction de l'épigraphe que portait le travail original. Réservé pour la future Commission, qui décidera si elle peut tenir compte, dans son jugement sur les pièces de concours, de cette rectification parvenue à l'Académie quelques jours après la clôture. hydraulique. — Note sur la loi de la variation des débits des puits artésiens observés à différentes hauteurs; par M. Michal. (Extrait par l'auteur.) (Commissaires, MM. Élie de Beaumont, Dumas, Poncelet.) « Darcy, inspecteur général des Ponts et Chaussées, dans l'ouvrage si ( 79 ) complet Pt si intéressant qu'il a publié sur les fontaines publiques de Dijon, a cherché les lois générales qui régissent les puits artésiens (s). » Les formules auxquelles cet ingénieur éminent est parvenu sont éta- blies clans deux hypothèses distinctes comprenant : la première, les sources artésiennes dues à la rencontre d'un courant souterrain; la deuxième, les sources alimentées par des couches sablonneuses aquifères à travers les- quelles l'eau chemine avec une vitesse insensible. » Dans ce dernier cas, qui est le plus général, on peut déduire de la formule qui s'y applique, en négligeant des termes qui peuvent être consi- dérés comme nuls, cette loi que la différence des hauteurs de déversement des eaux au-dessus du sol est sensiblement proportionnelle à la différence des volumes obtenus à ces hauteurs. » Il suit tle là que, lorsqu'on connaît deux observations du débit d'un puits artésien, on peut former une équation du premier degré qui donnera d'une manière approchée le produit du même puits à des hauteurs au-des- sus du sol différentes de celles où avaient été faites les observations qui ont servi à former l'équation du premier degré. » Cette loi est confirmée par les expériences qui ont été faites avec le plus grand soin au puits de Grenelle, à la fin du mois de février i844, par MM. Mary, inspecteur général, et Lefort, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées. » Mais on obtient ainsi une formule d'interpolation dans laquelle on ne retrouve plus le diamètre du tube ascensionnel et sa hauteur depuis la nappe artésienne jusques aux points de déversement des eaux. » On conçoit cependant qu'il est important de se rendre compte de l'in- fluence que peuvent avoir ces éléments sur le débit d'un puits, et d'établir par conséquent une formule qui serait une fonction de la hauteur du tube ascensionnel et de ses diamètres. C'est ce que je vais essayer de faire (2). » Lorsque dans un puits artésien le mouvement est devenu uniforme et permanent, il y a équilibre entre le travail résistant et le travail moteur inconnu qui agit à la partie inférieure du tube pour produire l'ascension de l'eau de la nappe artésienne. Une observation de débit dans des conditions (1) Depuis les recherches de Darcy, M Dupuit, inspecteur général des Ponts et Chaussées, et M. Dru, ingénieur civil, ont respectivement adressé à l'Académie des Sciences des Mé- moires sur ces lois. (2) J'avais établi la formule définitive que je vais reproduire dès le mois d'octobre 1861; et dans le courant du mois de novembre de la môme année, j'en avais fait des applications aux débits du puits de Passy, en présence de la Commission de surveillance de ce puits. ( 8o ) données fera connaître le travail moteur en fonction du travail résistant correspondant au débit observé. On pourra donc généralement obtenir un autre débit quelconque en égalant le travail résistant qui en provient, au travail moteur calculé par la première observation, qui restera constant en admettant que les nouvelles combinaisons n'apportent aucune perturbation dans le régime de la nappe artésienne. » On obtiendra ainsi la formule ( A ) *"= 2(B +A„) ' dans laquelle on a négligé le travail résistant provenant du frottement de l'eau dans le tube ascensionnel et celui provenant delà perte de force vive à la par- tie inférieure et à la sortie du tube ascensionnel. On a d'ailleurs q égale le débit observé à la hauteur H au-dessus de la nappe artésienne, g le double de l'espace parcouru pendant la première seconde de sa chute, w la sec- tion de la partie inférieure du tube, q u le débit calculé à une hauteur h u au- dessus du (joint de déversement du débit q . » Si on suppose que la section du tube reste constante sur toute sa hau- teur, on déduira de la formule (A) (B) ?"- a (H. + A„) ' en représentant par O la section constante du tube, et par V la vitesse d'écoulement par seconde du débit observé. » La formule (B) fait voir qu'en recueillant dans un même forage les eaux par des diamètres différents, le produit, toutes choses égales d'ailleurs, augmente avec le diamètre du forage ; mais pour que cette condition soit remplie, il faut que la nappe puisse fournir l'eau débitée par l'orifice supé- rieur sans éprouver de perturbations. Or l'expérience prouve que la puis- sance des nappes artésiennes a des limites qu'on ne peut dépasser. On con- çoit que dans un forage quelconque qui atteint une nappe artésienne, il y a un diamètre à adopter pour le tube ascensionnel qui fournira le maximum du débit qu'on peut obtenir à une hauteur donnée au-dessus de la nappe. » Nous allons appliquer notre formule et celle de Darcy au calcul des débits à diverses hauteurs des puits de Grenelle et de Passy. Puits de Grenelle. » Nous prendrons pour déterminer les constantes de la formule (A) l'ob- servation n° i, et pour former l'équation de la ligne droite de Darcy les ( 8i ) observations n° 9 i et 10 du tableau suivant, qui reproduit les valeurs des débits observés à diverses hauteurs par MM. Mary et Lefort, et celles cal- culées dans les deux hypothèses indiquées. HAUTEUR DES POINTS DÉBITS nt'MEROS des ] observa - lions. d DÉVERSEMEK e r At'-DESSUS OBSERVÉS par MM. Mary et CALCULÉS PAU LA FORMULE de la mer. du sol. Lefort. (A). de Darcy. m m m m m 1 37,90 0,00 0,02000 O,0200O 0,02000 2 4o,95 3,o5 0,01867 0,OI925 0,OI93o 3 43,oo 6, 10 0,01822 o,oi852 , 1 86 1 k 5o,oo 12,10 0,01700 0,017 1 1 , 1 7 2.4 5 52 ,4o i4,5o o,oi638 0, oi655 0,01669 6 53,55 i5,65 o,oi588 0,01628 0,01643 7 56, 3o 18,40 0,01524 0,01567 o,oi58o 8 62,95 22, o5 0,01426 o,oi4<5 0,01428 9 66, 40 28,50 0,01342 o,oi33g 0,01349 10 71,00 33, 10 0,01244 . o,oi236 0,01 2.44 » On voit que les débits calculés par l'une et l'autre formule diffèrent peu de ceux observés; cependant ils sont un peu moins exactement repro- duits par la formule de Darcy que par la nôtre, qui est complètement déter- minée quand on connaît un seul débit. » Ainsi donc on aurait pu par la formule (A), au moyen d'une seule- observation de débit à la surface du sol, calculer d'une manière suffisam- ment approchée tous ceux observés, au-dessus du premier point de déversement, par MM. Mary et Lefort. On doit cependant faire observer que ces résultats sont obtenus dans l'hypothèse où la nappe artésienne communiquerait directement avec le tube ascensionnel par son orifice infé- rieur; mais il arrive souvent que cette communication s'opère par un ori- fice plus grand ou plus petit, soit qu'il se soit formé une excavation à l'orifice inférieur du tube ascensionnel, soit que cet orifice soit obstrué par des fragments de roche, soit par toute autre cause. Dans ces cas il fau- dra employer une seconde observation pour déterminer l'orifice de com- munication de la nappe artésienne avec le tube ascensionnel. C. R,, i863, 1" Semestre. (T. LV1, N» 8.) ' ' . ( 8M Puits de Passy, » La communication de la nappe artésienne avec le tube ascensionnel j'opère non-seulement par l'orifice inférieur dont la superficie est égale à o"' q .335o, mais encore par des orifices auxiliaires pratiqués dans la paroi de la partie inférieure du tube. En prenant, pour déterminer les constantes de la formule (A), les observations n os i et 5 du tableau ci-dessous qui con- tient celles qui ont été faites à la fin de i 86 1 et au commencement de 1862, nous trouverons w = o mq ,5ii4. En formant également l'équation de la ligne droite parles observations n os 1 et j, nous aurons le tableau suivant, analogue au précédent. r^" HAUTEUR DES POINTS DÉBITS NUMÉROS de nÉYLT.SEMEXT AU-DESSUS lies observa- 0BSEI:\ ES CALCULÉS PAfl LA FOKMI li: tions. île la mer. du sol. (A). de Darcy. m m m m m 1 53, 3o O ,00 0,1779 °>'779 >>779 5q,3a 6,Q2 0,1441 , 1 5o4 , 1 5 1 2 3 65 , 25 Il ,95 0,1197 0,1237 0,1248 k 7 3,.5 i 9 ,85 0,0846 0,088g 0,0892 5 77>' 5 23,85 0,0718 0,0718 0,0718 » On voit encore que les valeurs calculées par l'une et l'autre formule diffèrent très-peu de celles données par l'observation. » GÉOLOGIE. — Recherches sur les produits de ii vulcanicité aux différentes époques géoloqitptes. Deuxième partie; par M. Pissis. (Commissaires précédemment nommés : MM. Daubrée, Cb. Sainte-Claire Deville). L'étendue de ce Mémoire ne permettant de l'imprimer en entier, nous nous bornerons à en reproduire les deux dernières sections, indiquant seu- lement le sujet des premières par leurs titres et sous-titres : Produits vulcaniques de la période comprise entre le soulèvement de la chaîne principale ries Andes et celui des chaînes transversales du Chili. « I.e labrador et l'bvperslène forment la base des roebesde cette période. » Les filons qui accompagnent les masses d'bypersténite contiennent les mêmes matières métalliques qui sont disséminées dans cette roche. ( 83) »> La formation de ces filons est postérieure à l'injection de l'hyper- sténite. » Ces filons présentent certaines analogies avec ceux qui produisent ac- tuellement les eaux thermales. » Origine hydro-thermique de l'hyperstène, delà tourmaline et de l'a- patite. » Les dépôts de minerais de cuivre qui ont suivi l'injection des trachy tes sont le résultat d'une réaction sur ceux qui dépendent de l'hypersténile. » Action métamorphique de l'hypersténile sur les roches injectées. » Origine hydro-thermique des hyperslénites. » Les roches pyroxéniques du Brésil se rapportent à la même époque que les hypersténites. » Origine des quartzites et des schistes ferrifères. Produits vulcaniqucs de la période comprise entre le soulèvement de la chaîne orientale des Andes et l'injection des liypersté/iites » Porphyres injectés lors du soulèvement de la chaîne orientale des Andes. » Dépôts métallifères formés à la suite de ces porphyres. Différente! phases de faction vulcanique. » En comparant les phénomènes vulcaniques des deux périodes dont nous venons de nous occuper avec ceux qui se rattachent au soulève- ment de la chaîne principale des Andes, on reconnaît qu'ils se sont tou- jours succédé dans le même ordre ; c'est d'abord l'enveloppe solide qui se brise suivant une direction déterminée, puis des matières fluides prin- cipalement formées de silicates alumineux, qui sont injectées dans les fis- sures qui résultent de cette dislocation, enfin de l'eau à une température probablement très-élevée et tenant en dissolution de la silice associée à différentes combinaisons métalliques continue pendant longtemps à s'é- chapper par celles de ces fissures que les masses phitoniques n'avaient point obstruées. » Accroissement graduel de l'intensité de cette action. — Il est toutefois deux classes de phénomènes qui paraissent appartenir exclusivement a la dernière période et dont on ne retrouve plus de traces dans celles qui l'ont précédée; ce sont, d'une part, ces puissantes projections de matières solides qui dans les éruptions volcaniques actuelles précèdent toujours l'épanchement de la lave, et de l'autre, l'intermittence de ces épanchements qui se succèdent pendant une longue période. Les premières projections de matières solides paraissent avoir eu lieu en même temps que le soulève- i r .. ( 84 ) ment de la chaîne principale des Andes, et se sont répétées ensuite pour chaque épanchement des roches trachytiques ou phonolitiques, ainsi que l'attestent la régularité des alternances entre ces roches et les conglomérats d'origine vulcanique; or rien de semblable n'existe dans le voisinage des hypersténites ou des porphyres quartzifères, et comme, d'une autre part, les nombreux filons en rapport avec ces roches indiquent qu'il a dû y avoir à cette époque d'abondantes sources thermales, il huit nécessairement admettre, ou que la température des masses d'où émanaient ces sources était de beaucoup inférieure à celle des trachytes et des laves, ou que ces phénomènes avaient lieu sous une pression extérieure assez forte pour maintenir l'état liquide sous une température très-élevée; circonstance qui a pu se réaliser lorsque les terrains injectés se trouvaient sous la mer, comme cela peut avoir eu lieu pour les formations jurassiques et néoco- miennes, mais que l'on ne peut invoquer pour les terrains déjà émergés, tels que le gneiss et les schistes argileux, où l'on n'observe au voisinage des masses plutoniques aucun indice de conglomérat. Il est donc plus probable que cette différence entre les phénomènes vulcaniques de deux époques dépend d'une différence dans la température des roches injectées; hypo- thèse que vient encore appuyer la situation des trachytes qui se sont éten- dus sur la surface du sol en formant de vastes nappes à surface presque hori- zontale, circonstance qui indique un grand degré de fluidité, tandis que les hypersténites et les porphyres se sont à peine déversés sur les bords des failles qu'ils ont injectées absolument comme cela aurait eu lieu pour une matière molle soumise à une forte pression. •i Les relations des masses hypersténiques entre elles, ainsi que celles des porphyres, ne présentent rien qui puisse faire supposer que ces roches aient été injectées à différents intervalles, comme cela a eu lieu pour les trachytes dont les injections paraissent s'être répétées pendant une longue période, depuis le soulèvement de la chaîne principale des Andes jusqu'à l'époque actuelle où les éruptions volcaniques semblent n'être que la continuité de cette action. Tout au contraire paraît indiquer que les hypersténites et les porphyres sont venus au jour d'un seul jet, en même temps qu'avaient lieu les soulèvements de la chaîne orientale des Andes et des chaînes transver- sales du Chili, et que l'injection de chaque roche a été suivie d'un long intervalle de repos pendant lequel la formation des filons manifestait seul< j la continuité de l'action vulcanique. » La composition des depuis métallifères est d'autant plus simple (pi' ils sont plus anciens. — L'étude comparée des filons de ces différentes époques (85 ) laisse entrevoir déjà un certain ordre dans la succession des corps que les eaux thermales amenaient à la surface, tandis que les filons les plus mo- dernes sont remarquables par le nombre considérable des corps qui entrent dans leur composition; puisque l'on y rencontre la plus grande partie des métaux et des corps simples non métalliques, ceux qui se rapportent aux masses hypersténiques ne présentent guère d'autres métaux que le fer et le cuivre, et parmi les autres corps le soufre y joue un rôle important; l'arsenic, le phosphore et le fluor ne s'y présentant que d'une manière acci- dentelle. Pour les filons encore plus anciens qui se rattachent aux masses porphyriques, les métaux sont le fer et l'étain; les combinaisons d'arsenic et de phosphore, •déjà très-rares dans les filons précédents, ne paraissent plus dans ceux-ci. Enfin, d importe encore de remarquer qu'en même temps que la composition des dépôts métallifères devient plus simple, la silice semble jouer un rôle de plus en plus important ; en effet, tandis que le quartz n'oc- cupe qu'un rang tout à fait secondaire dans la composition des filons for- més après le soulèvement de la chaîne principale des Andes, il constitue presque à lui seul tous ceux qui se rapportent aux masses porphyriques et la majeure partie de ceux qui accompagnent l'hypersténite. » CHIMIE APPLIQUÉE. — Remarque à l'occasion d'une communication récente de M. Alvaro Reynoso, sur l'emploi du bisulfite de chaux dans la fabrication du sucre de canne ; Lettre de MM. Perier et Possoz. « M. Alvaro Reynoso, dans sa Note présentée à l'Académie le 5 courant, rappelle la date de sa publication sur l'emploi du bisulfite de chaux dans la fabrication du sucre de canne, et fait allusion à la date d'un brevet que nous avons pris postérieurement. » Nous croyons devoir faire observer que ce brevet ne porte pas sur l'emploi du bisulfite de chaux, et que jamais nous n'avons conseillé d'in- troduire du bisulfite de chaux dans du jus de canne contenant de la chaux, ce qui donne lieu, comme on le sait, à de fâcheux et abondants dépôts de sulfite et sulfate de chaux incrustant les chaudières d'évaporation et altérant la pureté du sucre. » Cette Lettre est, ainsi que la Note à laquelle elle se rapporte, renvoyée à la Commission qui a fait le Rapport sur le procédé de MM. Perier et Possoz pour l'épuration des jus sucrés, Commission qui se compose de MM. Dumas, Pelouze et Payen. • ( 86) M. Salle adresse différents spécimens d'une substance textile, qu'il regarde comme pouvant remplacer avantageusement le coton. Ces produits, fournis par la plante vulgairement connue sous le nom d'ortie de Chine, se présentent, dans cet. envoi, sous divers états, depuis l'état brut jusqu'à celui de tissu. M. Salle pense que ses procédés de pré- paration, qu'il ne décrit pas dans la Note jointe à ces produits, mais qu'il ferait connaître avec tous les détails nécessaires aux Commissaires que l'Académie voudrait bien lui désigner, sont de beaucoup préférables à ceux qu'ont employés jusqu'ici les industriels qui ont cherché à tirer parti de cette substance. La Note et les produits auxquels elle se rapporte sont envovés à l'examen d'uneCommission composée de MM. Chevreul, Brongniart et Payen. M. Gixoi'L adresse de Tarare (Rhône) une Note sur la composition et le mode d'emploi d'un oint gras dont l'application méthodique a pour effet de rendre les cuirs imperméables à l'eau, de telle sorte que, même après une immersion prolongée, ils n'ont pas été trouvés augmentés de poids. (Commissaires, MM. Payen, Seguier.) CORRESPONDANCE . M. le Secrétaire perpétuel présente au nom de l'auteur M. Alph. de Candolle un opuscule ayant pour titre : « Étude sur l'espèce à l'occasion d'une révision de la famille des Cupnlifères ». Et au nom de M. Nie. de Kol>seltaron> une nouvelle livraison, texte et Atlas, de l'ouvrage intitulé : « Matériaux pour la minéralogie de la Russie ». L'ouvrage, qui s'imprime à Saint-Pétersbourg, est écrit en allemand. M. Delafosse est invité à prendre connaissance de ce beau travail et à en faire l'objet d'un Rapport verbal. M. le Secrétaire perpétuel signale encore parmi les pièces imprimées de la Correspondance des « Observations géologiques dans les Alpes du lac de Thoune », par M. B. Studer, dans lesquelles sont constatésdes faits curieux sur les gisements que présentent en Suisse le calcaire nummulitique et le grès de Taviglianaz. ( 8 7 ) M. Mantellier, donl le travail sur le prix des denrées à Orléans depuis le xiv e siècle jusqu'au xvm e siècle a obtenu au concours de 18G2 le prix de Statistique, adresse ses remercîments à l'Académie. M. Cap remercie également l'Académie qui lui a décerné le prix Barbier de 1862 pour l'ensemble de ses travaux sur la glycérine. physique mathématique. — Théorème sur la relation entre les positions des plans de polarisation des rajons incident, réfléchi et réfracté dans les milieux isotropes; par M. A. Corxk. « Un rayon de lumière polarisée en tombant sur une surface polie taillée dans une substance isotrope donne naissance à un rayon réfléchi et un rayon réfracté tous deux aussi polarisés. » M. Bfewstera, le premier, déterminé expérimentalement la relation qui lie la position du plan de polarisation de ces trois rayons. Il a trouvé qu'en désignant les azimuts de ces plans par a pour le rayon incident, a' pour le rayon réfléchi, a" pour le rayon réfracté, à partir du plan d'incidence, les formules cos (;' 4- r) cos ( (' — r) ' tang oc' = = îang a - —,, tang a = tanga. rendent assez bien compte des expériences. » Fresnel, par son admirable analyse, les déduisit comme conséquences de sa théorie, et Newmann les retrouva aussi tout en partant d'hypothèses inverses: la question semble donc entièrement résolue. » Cependant voici un théorème qui me paraît compléter tous ces beaux travaux, en ce sens qu'il dégage des formules le résultat définitif et qu'il montre d'une manière synthétique la position des plans de polarisation des trois rayons. • » En appelant avec Fresnel plan de vibration le plan passant par le rayon et normal au pian de polarisation correspondant, nous l'énoncerons ainsi : » Les plans de vibration des rajons incident, réfléchi et réfracté, se coupent suivant une même droite normale au rayon réfracté. » Cette proposition a l'avantage de résumer en deux lignes la théorie de la réflexion et de la réfraction dans les milieux isotropes, et de faire suivre des yeux, pour ainsi dire, la rotation du plan de polarisation. >> On la déduirait aisément des formules précédentes à l'aide de quelques triangles sphériques, mais je préfère la démontrer directement en recou- ( 88 ) rant aux idées de Newmann ; « il y a continuité complète dans les vibra- » tions, c'est-à-dire que le polygone des vibrations est fermé; les vibrations » sont dans le plan de polarisation. » » Alors on voit que le polygone des vibrations se réduit à un triangle ; les trois vibrations sont en général parallèles à un même plan; en particu- lier, au point d'incidence,,, elles sont dans ce plan: par suite, les plans dont ces vibrations sont les normales, se coupent suivant une même droite. Or ces plans, perpendiculaires à la vibration, passent par le rayon correspon- dant (caries vibrations sont transversales), et sont normaux aux plans de polarisation : ils correspondent donc bien aux plans de vibration de Fresnel. » La position de la droite n'est pas déterminée par ce raisonnement tiré de la seule condition de continuité; mais au moins la partie la plus impor- tante du théorème devient évidente : le calcul donne le reste. » ASTRONOMIE. — Sur le passage d'une quantité considérable de (/lobules lumineux observés à la Havane dînant l'éclipsé solaire du 1 5 mai 1 836/ Lettic de M. A. Poey à M. Elie de Beaumont. « Les profondes recherches de M. Lé Verrier sur la théorie de Mercure, son ingénieuse hypothèse sur l'existence d'un anneau de corpuscules cir- culant entre Mercure et le Soleil, fait qui expliquerait l'accélération de 38 secondes que ce savant a trouvée dans le mouvement séculaire du péri- hélie de cette planète, m'engagent à vous communiquer, Monsieur, une observation faite en i83G sous cette latitude par le professeur Alejandro Auber, personne très-versée dans les sciences physico-mathématiques et naturelles et auteur de plusieurs écrits durant sa longue carrière scienti- fique. MM. José Toribio de Arazoza, rédacteur aujourd'hui de la gazette officielle, et son gendre.M. Juan Eleizegui, m'ont assuré de l'exactitude du fait dont ils furent tous témoins. » Lors de l'éclipsé solaire du i5 mai i 836, à 7 heures du matin, M. Auber dirigea une lunette sur le bord oriental du Soleil; puis l'observa à travers l'ouverture d'une piqûre d'épingle faite sur une feuille de papier. Mais bientôt il eut l'heureuse idée de cacher le disque solaire, comme l'avait fait le sous-préfet d'Embrun, par l'interception du toit d'une .maison, et visant alors à quelque distance de l'astre, il fut également témoin du pas- sage d'un nombre considérable de globules lumineux qui paraissaient partir du Soleil et se mouvoir dans diverses directions, parfois s'entre-croisant et (*9) s'éteigtiant ensuite dans l'espace. D'autres globules, après s'être éloignés du Soleil jusqu'à la distance de trois à quatre fois le diamètre de l'astre, retour- naient sur leurs pas presque par la même route, comme s'ils eussent été for- tement attirés vers le foyer d'où ils émanaient. Enfin d'autres paraissaient tracer une courbe elliptique, de sorte qu'on pouvait les suivre dans leur éloignement et leur rapprochement au Soleil, bien que l'intensité de leur lumière s'affaiblît à mesure qu'ils se rapprochaient. Leurs mouvements étaient très-rapides, et aucun n'était visible au delà d'une demi-seconde de temps. Leurs directions différaient complètement, car les uns, bien que peu nombreux, filaient du haut en bas, et C'étaient précisément ceux que l'on pouvait suivre dans tout le parcours de leur orbile; tandis que ceux qui filaient horizontalement disparaissaient presque tous avant de retourner sur leurs pas. Les uns étaient de la grosseur d'une étoile de septième grandeur et quelques autres presque inappréciables. Lorsque le Soleil commença à se découvrir, on put toujours les observer, quoique plus difficilement, se propageant aussi rapidement que les étoiles filantes, s'éloignanl du Soleil dans diverses directions, et se précipitant de nouveau sur la surface. Enfin quand ce luminaire fut à plus de la moitié découvert, M. Eleizegui put encore apercevoir deux de ces globules d'une lumière excessivement pâle (i). » Bien avant le passage de la planète Vulcain, découverte par M. Lescar- bault, un grand nombre d'observateurs anciens et modernes avaient aussi vu traverser le disque solaire, soit par un ou plusieurs corps nu lâches noires, soit encore par une quantité progidieuse de globules opaques ou lumineux. M. Wolf nous a fourni en 1839 plus de vingt constatations de cette nature, reproduites ensuite par M. Radau avec quelques cas nou- veaux (2). Mais de toutes ces observations voici la plus importante, par la raison qu'elle a été faite, comme la nôtre, durant, un éclipse de Soleil; et cependant elle parait être tombée dans l'oubli, car M. Radau n'en fait pas même mention. « Le -j septembre 1820, environ i''45 m à\\ soir, lorsque l'éclipsé se trouvait sur son déclin, le sous-préfet et des groupes nombreux d'individus admiraient dans les rues d'Embrun et à l'œil nu une quantité prodigieuse de globules de feu du diamètre des plus grosses étoiles, qui se projetaient en (1) Extrait d'une publication cubaine, La Siempreviva, Ilabana, i83g, t.H, 2 e Iivi\, p. 100. (3) Annuaire du Cosmos pour 1 86 1 , p. 338. C R., iSG3, 1" Semestre. (T. LVI, N° 2.) Ia ( 9" ) divers sens de l'hémisphère supérieur du Soleil avec une vitesse incalcu- lable. Ces globes apparaissaient à des intervalles inégaux et assez rappro- chés; souvent plusieurs à la fois, mais toujours divergents entre eux. Les uns parcouraient une ligne droite, les autres une ligne parabolique et s'étei- gnaient tous dans l'éloignement, d'autres enfin, après s'être éloignés à une certaine distance en ligne droite, rétrogradaient sur la même ligne, et sem- blaient rentrer encore lumineux dans le disque du Soleil (i). » Ce n'a donc pas été sans surprise que j'ai lu un passage d'une des der- nières Notes de M. Faye, dans lequel ce savant, pour combattre l'existence d'un torrent de matière cosmique enflammée et circulant autour du Soleil, comme le veulent MM. Mayer, Waterston et Thomson, avance que durant les éclipses totales on n'avait pu entrevoir de semblables corpuscules (a). Je n'ai pas l'intention de relever aucune erreur de la part de cet astro- nome distingué, qui pouvait du reste parfaitement ignorer l'observation d'Embrun, et à plus forte raison la seconde apparition du phénomène sous cette latitude en i836. Je désire uniquement fixer de nouveau l'attention des observateurs lors d'une prochaine éclipse, ainsi que M. Faye l'avait déjà fait en 1860. C'est encore au triple point de vue de la belle théorie de M. Le Verrier des perturbations de Mercure, celle de l'origine de la chaleur solaire et du milieu cosmique résistant que je prends la liberté, Monsieur, de vous communiquer ces deux observations, dont la première paraît être oubliée et la seconde entièrement ignorée dans la science. » ■»■ PHYSIQUE APPLIQUÉE. — Cinquième Mémoire sur l'héliocliromie; par M. Niepcf. de Saint- Victor. (Extrait.) « Chapitre I er . De la reproduction des couleurs en héliochromie. — Je donne aujourd'hui le résultat des observations que j'ai faites cette année, cl quoique l'été dernier n'ait pas été favorable à mes expériences dans la chambre obscure, j'ai cependant pu obtenir quelques épreuves. » L'obtention des couleurs dans la chambre noire est celle qui démontre le mieux ce que peut donner l'héliochromie; car il ne faut pas se faire illu- sion, l'héliochromie ne peut tout reproduire : mais elle peut cependant donner des à présent beaucoup de choses; c'est pour cela que j'ai l'honneur d'en pré- ( 1 ) annales de Chimie et de Physique, 1 8a5, t. XXX, p. 4 ' 7- (2) Compte rendu, séance du 6 octobre, n° <4> P- 567. Avec variante Cosmos, i5 e livr., octobre, p. 4^9- (9' ) senter des épreuves à l'Académie et de donner en même temps la manière dont je prépare mes plaques. » La couleur jaune a toujours été pour moi la plus difficile à obtenir en même temps cpie les autres teintes; mais je viens fie découvrir le moyen de développer le jaune avec certitude et d'obtenir en même temps les autres cou- leurs : auparavant j'obtenais bien avec facilité le rouge, le vert et le bleu, mais lorsque le jaune se produisait, c'était accidentellement. Je suis parvenu à obtenir le jaune dans toutes mes reproductions en employant, pour chio- rurer mes plaques d'argent, ira bain composé d'hypochlorite de soude de préférence à celui de potasse. Ce bain doit être dans les conditions sui- vantes : » On prend un bypochlorite de sonde nouvellement obtenu et marquant 6° à l'aréomètre, on l'étend de moitié d'eau et on y ajoute | pour ioo de soude à l'alcool, on porte le bain à la température de 70 à 8o°; alors on le verse dans une capsule plate (dite pour demi-plaque) et on plonge la plaque d'argent d'un seul coup, en agitant le liquide pendant quelques secondes, temps suffisant pour que la plaque prenne une teinte presque noire. On la rince à grande eau, puis on la sèche sur une lampe à alcool, et on lui donne le recuit nécessaire. » Dans 200 grammes de ce bain on peut chlorurer 5 à 6 plaques dites de -j, parmi lesquelles il en est qui donneront de meilleurs résultats que les autres, selon l'épaisseur de la couche et le degré de recuit. » Dans ces conditions de chloruration, les couleurs se produisent (sur- tout par contact) avec des teintes très-vives et les noirs souvent avec toute leur intensité. » Pour opérer dans la chambre obscure, on choisit de préférence les plaques qui donnent par l'action du recuit une belle teinte rouge-cerise, ainsi que celles qui sont les plus tendres à recuire, parce qu'elles sont les plus sensibles à la lumière; il faut pour cela que la couche de chlorure d'ar- gent ne soit pas trop épaisse. » Mais pour obtenir les effets que je viens de signaler, la plaque chlo- rurée doit être recouverte du vernis à base de chlorure de plomb que j'ai indiqué dans mon dernier Mémoire; seulement il faut prendre une solution aqueuse de dextrine avec du chlorure de plomb non fondu, afin de neu- traliser l'action du bain alcalin sur le chlorure d'argent et faire blanchir le fond de l'image, qui sans cela resterait sombre ou rosé. » Quant au problème de la fixation des couleurs, je n'ai lait que dou- bler le temps de durée que j'ai annoncé clans mon dernier Mémoire. Plu- 12.. ( 9 2 ) sieurs substances ajoutées après l'action de la chaleur sur le chlorure tic plomb donnent une fixité plus grande que si le chlorure de plomb était seul : telles sont, entre autres, la teinture de benjoin, le chlorure d'étain et l'aldéhyde. Mais ce cpii m'a donné le meilleur résultat, c'est encore la tein- ture de benjoin de Siam, appliquée sur la plaque lorsqu'elle est tiède, et après la dessiccation on chauffe la plaque jusqu'à ce qu'il se volatilise un peu d'acide benzoïque. » C'est au moyen de ce vernis sur le chlorure de plomb que je suis par- venu à conserver des couleurs trois et quatre jours dans un appartement fortement éclairé par une lumière du mois de juillet. » Une observation que j'ai faite et que je vais signaler, c'est que si-on incline une image héliochromique sous un certain degré d'incidence, les couleurs apparaissent beaucoup plus vives et les noirs prennent toute leur intensité. J'ai remarqué également que, selon que le modèle 'une poupée) est éclairé par les rayons solaires», l'obtention des couleurs dans la chambre obscure se trouve singulièrement modifiée et produit des effets très-avanta- geux comme intensité de couleur et comme éclat; par exemple, la reproduc- tion des galons d'or et d'argent et celle des pierres fines se font beaucoup mieux. » Chapitre II. De la reproduction pur l'héliochromie des couleurs binaires des artistes. — Maintenant j'ai à parler d'une série d'expériences que je crois tort intéressantes au point de vue scientifique. » J'ai constaté que foutes les couleurs binaires étaient décomposées par l'héliochromie (i). » Ainsi, pour démontrer cet effet de la lumière sur une couleur mélan- gée, je commencerai par citer l'expérience la plus frappante, en prenant d'abord la couleur verte qui, comme on le sait, peut être naturelle ou com- posée de jaune et de bleu. » Si le vert est naturel comme ceux de l'émeraude, de l'arsénite de cuivre, de l'oxyde de chrome, du sulfate de nickel, du carbonate de cuivre vert ( malachite), l'héliochromie les repronduira en vert; mais si c'est un vert composé, par exemple celui qui est formé avec du jaune de chrome et du (i) S'il est vrai, comme M. Edmond Becquerel l'a avancé, qu'il a reproduit un spectre solaire complet, ti'a-t il pas constate par la même que les couleurs du spectre ne sont pas décomposées par l'héliochromie, et n'est-on pas en droit d'en conclureque ces cou- leurs sont simples et que le spectre solaire n'est pas formé seulement, comme le veut sir David Brewster, de la superposition de trois spectres monochromatiques, rouge, jaune et bien? ( 9? ) bleu de Prusse, ou ceitii des étoffes teintes en vert ;tu moyen d'une matière colorante bleue et d'une matière colorante jaune, ou celui de certains verres verts colorés par une matière jaune et une matière bleue, ces verts, dis-je, ne donneront que du bleu en héliochromie, soit par contact, soit • 'ans la chambre obscure. » Je vais citer encore une expérience bien concluante : un verre bleu clairet un verre jaune clair superposés, donnent par transparence un très- beau vert; mais étant appliqués sur une plaque béliocbromique, ils ne produisent que du bleu, quel que soit le temps d'exposition à la lumière : que le verre bleu soit dessus ou dessous, ou emprisonné entre deux verres jaunes, les résultats seront toujours les mêmes. » Voici d'autres exemples. Un verre rouge et un verre jaune superposés, donnant de l'orangé par transparence, ne produiront que du rouge sur la plaque sensible. Un verre rouge et un verre bleu superposés, donnant du violet par transparence, produiront d'abord du violet (parce que la plaque est rouge naturellement), puis arrive le bleu; un verre orangé remplaçant le rouge, produit encore plus vite le bleu. Un papier blanc coloré en vert par des feuilles vertes ou par du vert de vessie (extrait de nerprun), ne se produit que très-lentement par contact; la plaque sensible reste rouge fort longtemps, comme s'il n'y avait aucune action de lumière, et si on pro- longe l'exposition à la lumière, il se produit une teinte bleue-grisâtre; il en est de même si l'on cherche à reproduire dans la chambre obscure un feuillage de la nature, en supposant la reproduction d'un feuillage d'un vert pré. Mais si c'est un feuillage d'un vert bleu, comme par exemple les feuilles d'un dahlia, la teinte bleue sera plus vive. Si le feuillage est jaune ou rouge, comme celui de certaines feuilles mortes, la couleur se produira d'un jaune ou d'un rouge plus ou moins pur, suivant l'absence plus ou moins grande de la matière bleue, qui constitue avec le jaune la couleur verte des feuilles, comme M. Fremy l'a démontré (i). » L'œil de la plume de paon se reproduit très-bien dans la chambre obscure, c'est-à-dire tel que la couleur apparaît sous un certain degré d'in- cidence, tantôt verte, tantôt bleue. » Enfin il serait bien intéressant de reproduire par l'héliochromie le vert de Chine; on verrait si c'est un vert pur ou composé. » (i) Dans toutes les reproductions par la chambre noire il y a toujours une plus ou moins grande quantité de lumière blanche réfléchie, surtout dans la reproduction d'un feuillage. ( 94 ) TECHNOLOGIE. — Sur un nouveau système d'appareils d' évapora lion tl de distillation à simple ou à multiple effet; par M. L. Kessler. (Présenté par M. Balard.) « Le système d'évaporation et de distillation que je vais décrire est carac- térisé par l'usage exclusif que l'on y fait du couvercle même du vase conte- nant le liquide à évaporer pour opérer la condensation des vapeurs et en même temps l'élimination des liquides distillés. » Supposons que l'on ait un premier vase cylindrique renfermant de l'eau, placé sur le feu, et ayant à son bord supérieur une rigole déversant par un tube à l'extérieur. Si sur ce premier vase on met un couvercle co- nique dont le bord inférieur plonge dans la rigole et dont le pourtour soit muni de rebords verticaux permettant d'y placer un nouveau liquide, on aura dans sa plus grande simplicité un appareil de ce système. » L'eau contenue dans la chaudière en s'échauffant émettra des vapeurs qui au contact du fond plus froid se condenseront en gouttelettes liquides; celles-ci glisseront par adhérence jusqu'à la partie inférieure du couvercle conique, tomberont dans la rigole et viendront couler à l'extérieur par le petit tube. » L'eau contenue sur le couvercle s'échauffera bientôt par la chaleur latente qu'elle recevra et elle émettra elle-même des vapeurs; mais aussi elle se refroidira par cette émission et elle pourra continuer par conséquent à déterminer la condensation des vapeurs du premier vase. » Si maintenant on garnit les bords du couvercle d'une antre rigole sem- blable à celle qui couronne le vase inférieur et si on lui superpose un second couvercle semblable, on aura un appareil à multiple effet. » La vapeur émise par le liquide contenu clans le premier couvercle auquel je donnerai le nom de bain-marie, se condensera à .son tour en frap- pant le couvercle supérieur que j'appellerai le réfrigérant et produira une nouvelle quantité d'eau distillée que l'on recueillera à l'extérieur; elle échauffera aussi l'eau contenue dans le réfrigérant, et celui-ci à son tour pourra se transformer en un nouveau bain-marie produisant un nouvel effet de plus avec la même chaleur, et ainsi de suite. Pour compléter l'appareil, un tube de trop-plein placé dans chaque case permettra de les alimenter constamment chacun en cascades, par le plateau supérieur. » Il est clair qu'un appareil ainsi construit, et à quelques modifications pies, peut servir de même à distiller dans le vide et sous pression. J'ai dû (95 ) rechercher d'abord quelle était dans ce système la puissance condensante cl 1 1 couvercle et j'ai trouvé que dans l'appareil à simple effet à air libre, en échangeant l'eau à 35° ou 4°°> i décimètre carré de cuivre de i millimètre d'épaisseur condensait i kilogramme de vapeur par heure et qu'en échan- geant l'eau de 5o° à 55°, il fallait i décimètres carrés pour en condenser dans le même temps 3 kilogrammes. » Pour vérifier ensuite dans quelle proportion on approchait avec l'appa- reil à multiple effet des données théoriques, j'ai fait marcher pendant plu- sieurs heures mi appareil à l\ cases. La surface évaporante de chacune était de i3oo centimètres carrés, j'ai obtenu les chiffres renfermés dans le tableau suivant : PERTE DES PERTE EN EAU PERTE EN EAU d'DEL'RE EN 111 1 UV LIQUIDE AJOITC lampes d'heure en li. I l de l'appareil d'heure en h. à Î5° d'heure en heure. Du 1" plaleau Du 2' plateau. Du 3 e plaleau. Du 4" plateau 3oo kil 2,6oo gr 835 gr 680 6lO gr 4,5 kil 1 2.40 2,38o 720 680 48o 5oo 2 210 ?.,i4o 74° 55o 4'o 44o 1 ,5oo 750 2,295 1,910 1 , 58o i,4i5 4,5oo En ajoutant 0,455 représentant la quantité d'eau vaporisée par ls chaleur employée à élever :t g o°, température moyenne de l'appareil, l'eau ajoutée à i5°. Le total "] ,5^5 représente la quantité d'eau vaporisée. » La chaleur était fournie par des lampes à alcool térébenthine placées sur une balance. La perte par évaporation des plateaux était donnée par le poids des liquides recueillis aux rigoles correspondantes. L'appareil complet était suspendu à un fléau de balance et donnait par différence la perte du plateau supérieur. Les quantités d'eau ajoutées étaient à 1 5° et pesées préa- lablement. » On voit par là que si l'on suppose que le travail de la case inférieure reste le même, qu'il s'effectue à l'air libre ou non, l'évaporation de la pre- mière case est à l'évaporation totale de l'appareil : : 2,29,5 ; 7,573, c'est- à-dire;: 1 '. 3,29. Le calcul indiquerait 3,35; il est probable que la diffé- rence esl due aux pertes éprouvées par les parois. » Il est facile de justifier l'hypothèse ci-dessus; car, en faisant marche! (# ) la case inférieure toute seule, on a obtenu les chiffres suivants : Perle de la lampe. Perte de l'appareil sans alimenter 180 660 » Le 1 apport de ces deux nombres est 3,66 et peu différent de celui 3, 5^ que l'on obtient en comparant la perte du combustible et la perte du pre- mier plateau de l'appareil. Celte différence est due a la surélévation de température de la case inférieure, à mesure que l'on superpose des cases, élévation qui diminue d'autant les quantités de chaleur transmises. » On voit tout de suite qu'en supprimant dans ce système l'intervention de double fond ou de conduits séparés pour le retrait des eaux de condensa- tion, on profite pour la multiplicité de l'effet, non-seulement de la chaleur latente contenue dans la vapeur émise par ébullition, mais encore dans celle qui est engendrée par émanation ; et en outre i" de celle qui s'échappe par voie de rayonnement ; 1" de la plus grande partie de celle qui est enlevée par le contact de l'air extérieur contre les parois. » Piïincipales applications. — Pour les laboratoires. — Employé à sim- ple effet, avec une bassine à feu nu et un couvercle réfrigérant, un alambic de ce système est plus simple que ceux usités; 'ses organes réfrigérants sont surtout plus faciles a neitoyer. Avec un ou plusieurs bains-marie interposés entre ces deux pièces, il permet de faire économiquement une grande quan- tité d'eau distillée par émanation, exemple par conséquent'des gouttelettes projetées par l'ébullition. L'avantage est le même pour tous les liquides. » Cet alambic, comme tous ceux du même genre, fonctionne encore au-dessous du degré de l'ébullition, el pendant son refroidissement il pourra servir à évaporer à basse température les solutions altérables par la cha- leur, comme celles d'atropine, etc., etc. » Exécuté en porcelaine, il permettra d'évaporer et de distiller à l'abri des poussières atmosphériques avec ou sans ébullition, toutes les dissolu- lions salines, acides ou alcalines, sans action sur les silicates, de faire au- dessus d'un bec de gaz des cristallisations continues à des températures fixes, de créer ainsi de nouvelles formes cristallines et parfois de nouvelles combinaisons. Nous citerons pour exemple de ce nouvel emploi la cristalli- sation du sel marin qui dans l'atmosphère en partie saturée de vapeur d'eau tle l'appareil a lieu, non plus à la surface et en trémies, mais au fond et en cristaux cubiques transparents. » L'évaporatiou du carbonate de soude donne lieu à une combinai- son nouvelle en beaux crisiaux dont la composition s'accorde le mieux (97 ) avec la forme CO 2 NaO -+- H 2 O. La calcination au rouge les rend opa- ques, n'altère pas leur forme cristalline, mais leur fait perdre 19, 5 pour 100 d'eau. Le calcul donne 17 pour 100, les 2 \ pour 100 de plus sont dus sans doute à de l'eau mère interposée. Il n'y a nul doute qu'une foule de sels ne puissent s'obtenir ainsi à l'état cristallisé avec un degré d'hydratation moindre que celle qu'ils ont quand ils ont été cristallisés à la température ordinaire. » Pour l'industrie. — Je dois attirer l'attention des fabricants sur l'éco- nomie de moitié dans la surface de platine que permet de réaliser l'adoption de ce système ; la bassine seule étant en platine, le couvercle serait en plomb constamment refroidi par de l'eau. » Je ferai remarquer également que permettant l'évaporation à multiple effet à la pression atmosphérique, l'ouverture même de l'appareil et sa visite à tous moments pour le retrait des produits évaporés, les appareils de ce genre et de formes appropriées réussissent très-bien pour la fabrication du sel. L'emploi du combustible peut avec trois cases être réduit à moins de moitié. Avec quatre cases on a du sel cubique dans la case inférieure. » Enfin j'insisterai sur les avantages que les fabricants de soude trouve- raient à préparer le sel ci-dessus décrit à 1 équivalent d'eau. Celui-ci, qui à poids égal offre deux fois plus de soude que les cristaux ordinaires, pré- sente desgaranties de pureté plus grandes. Outre sa forme cristalline, il ne supporte ni le séjour dans un air humide, ni le contact avec les sels qu'on serait tenté d'y mêler par fraude (le sulfate de soude et le carbonate de soude cristallisé ordinaire) sans devenir opaque. Il offrirait pour les con- sommateurs l'avantage d'être sec et de pouvoir s'emballer au sortir de son eau mère, outre celui d'être obtenu par l'évaporation à multiple effet, c'est-à-dire avec économie de combustible. » En somme, on pourra remarquer que nettement défini par une fonction spéciale, celle des couvercles réfrigérants éliminateurs des condensations, ce genre d'appareils vient remplir une lacune qui existait dans la série des appareils connus, dont aucun ne permettait, à simple effet, de se passer de réfrigérant, à multiple effet, de fonctionner à air libre, sans le cortège d'appa- reils de sûreté, de fermetures hermétiques et de dispositions compliquées, d'obtenir des distillations abondantes par émanation de surface et des cris- tallisations continues avec retrait facile des cristaux. » C. R., iS63, i« Semestre. (T. LVI, N° 2.) ( 98) GÉOLOGIE. — Mémoire sur les mines de Vialas (i); par M. Rivot. (Commissaires, MM. Éiie deBeaumont, Ch. Sainte-Claire Deville, Daubrée.) L'extrait suivant de la Lettre d'envoi donnera une idée de ce travail. « Appelé en 1 856 aux mines de Vialas (Lozère) comme ingénieur con- seil, je me suis occupé activement de i'étude des filons, des croiseurs, des failles, à Vialas d'abord, et ensuite dans toute la région schisteuse, qui entoure le plateau granitique de la Lozère. Je suis parvenu à reconnaître avec certitude les âges relatifs des principaux systèmes de fractures, ainsi que les époques successives d'arrivée dans les filons des minerais et des matières stériles. » Partout dans la contrée ces filons présentent des caractères presque identiques : la description des mines de Vialas, dans lesquelles ont été faits depuis 1781 des travaux très-développés, présente donc un intérêt général ; elle fournit des indications très-utiles pour la mise en exploitation des nom- breux filons métallifères, dont les affleurements sont connus dans la Lozère et dans le Gard. » Je décris brièvement, dans mon Mémoire, l'ensemble des travaux exé- cutés dans la mine : j'insiste principalement sur les caractères des filons, sur la direction des fractures, sur les matières de remplissage, et sur les croisements : j'expose en peu de mots le mode de préparation mécanique et le traitement métallurgique. » Les filons divers, les failles, les fentes non remplies, considérés seule- ment comme des fractures, se sont produits dans l'ordre suivant : i° Filons diriges hora G à ~. Direction vraie E. 1 i°N. 2 Filons dirigés hora 5. Direction vraie E. 33°3o' N. 3° Filons dirigés hora 4- Direction vraie N. 4i"3o'E. 4" F"ilons dirigés hora .S à g. Direction vraie O. 19 à 20 N. 5° Filons diriges hora 1. Direction vraie S. 3°3o'E. 6" Filons dirigés hora 3. Direction vraie N. 26" 3o' E. 7" Filons diriges hora 6. Direction vraie E. i8"3o' N. 8° Fentes dirigées N..-S. Direction vraie. N. i8°3o'0. (1) Ace Mémoire sont joints deux pians qui résument les principales observations de M. Rivot : l'un est la réduction du grand plan de surface sur lequel sont indiqués tous les affleurements et la position de quelques-uns des travaux souterrains; l'autre présente quelques exemples de croisements des filons. ( 99 ) » On connaît de plus : des failles dirigées hora 11, plongeant vers l'ouest; des filons presque verticaux, dont la direction est comprise entre hora 10 et hora 1 1 ; des glissements de terrain, orientés de l'est à l'ouest, et présentant une inclinaison très-faible vers le nord. Ces trois systèmes de cassures n'ont été reconnus que sur un très-petit nombre de points, et je ne peux, encore leur assigner des places certaines dans le tableau qui pré- cède. Les failles hora i i sont postérieures aux filons hora 8 à 9 : les filons hora 10 à ii, postérieurs à ceux dirigés hora 3, se placent probablement après les fractures hora 6 : les glissements de terrain paraissent être con- temporains des fentes nord-sud. » Le remplissage par les minerais et par les matières stériles s'est fait à des époques successives dont l'ordre est le suivant : » i° Quartz et pyrites des filons hora 4- au moment de la formation de ces fentes ou à une époque très-peu postérieure. » i° Galène pauvre, quartz, carbonate de chaux dans quelques veinules hora 5, à une époque antérieure aux fractures hora 8 à 9. " 3° Quartz blanc huileux des filons hora 8 à 9 avec pyrites, blende, ga- lène pauvre en argent, au moment ou peu de temps après la for- mation des fractures hora 8 à 9. » 4° Quartz ferrugineux des filons hora 1 et hora 3, quelque temps après la formation des fractures hora 3. » 5° Sulfate de baryte, blanc, laiteux, cristallin, au moment de la for- mation des fractures hora 6 ou peu de temps après. » 6° Galène à i5o grammes d'argent ( aux 100 kilogrammes de plomb), avec carbonate de chaux ; Galène à a5o grammes d'argent (aux 100 kilogrammes de plomb), avec quartz et carbonate de chaux; Galène à 35o grammes d'argent (aux 100 kilogrammes de plomb), avec quartz à grains fins, carbonates de chaux et de fer; Galène à 5oo grammes d'argent (aux 100 kilogrammes de plomb), avec quartz et carbonate de chaux cristallin: Galène à 700 grammes d'argent (aux 100 kilogrammes de plomb ), avec carbonate de chaux cristallin et sulfate de baryte rose. » Ces minerais se sont répandus principalement dans les veines hora 5; ils ont pénétré dans les filons hora 6 à 7, dans les croiseurs hora 1 et hora 3 . L'arrivée des deux derniers minerais est certainement postérieure a la for- mation des fentes hora 6, antérieure aux fentes nord-sud. i3.. ( ioo ) » Les divers systèmes de fractures existent dans toute la contrée ; on les retrouve comme failles dans les bassins houillers de la Grand-Combe et de Bességes; ils se rattachent évidemment aux grands phénomènes géologiques qui ont marqué leur action sur l'écorce du globe. Pour vérifier cette rela- tion, j'ai calculé pour "Vialas les directions des principaux systèmes de montagnes; en comparant ces directions à celles des huit systèmes de frac- tures dont les âges relatifs sont parfaitement constatés par les croisements observés à Vialas, j'ai été conduit à rapporter : o I II i° Lesfractureshoraôà 'jau systèmedu FinistèredontladirectionàVialasest. E. 14.29. 7 N. 2° Les fractures liora 5 au système de Westmoreland E. 33. i3. 1 1 N. 3° Les fractures hora 4 au système de la Côte-d'Or 4° Les fractures hora 8 à 9 au système des Pyrénées 5° Les fractures hora 1 au système de Corse et Sardaigne. . . . 6° Les fractures hora 3 au système des Alpes occidentales. . . 7 Les fractures hora 6 au système des Alpes principales. . . . 8" Les fractures N.-S. au système de Tenare E. 43.20.5oN. 0. 17.42.30N. N. 4.49 28O. N. 25.46. 18E. E. 17.51 .39N. N. 18. 18. 380. » Les différences que présentent les directions des systèmes de frac- tures et celles des systèmes de montagnes sont très-petites; elles peuvent s'expliquer aisément par l'incertitude qui existe toujours sur la direction véritable des filons, étudiés seulement sur une longueur très-limitée. » Parmi les conclusions intéressantes qui peuvent être déduites de la comparaison qui précède, je citerai seulement celle qui est relative à l'arri- vée des minerais argentifères. Les galènes les plus riches en argent ont rem- pli des réouvertures, produites dans des plans différents à une époque cer- tainement postérieure au dépôt des dernières assises tertiaires. » GÉOMÉTRIE. — Sur diverses approximations numériques et sur diverses sections des solides dérivés du cube; par M. Charles M. Willich. M. Babinet présente, de la part de M. Willich, plusieurs Notes écrites en anglais et dont voici un extrait. 355 « Le rapport de la circonférence au diamètre — ~ donné par Metius est en décimales 3,i4i 0929, au lieu de 3,i/|i 5927 ( IQI ) qui est la vraie valeur avec sept décimales; l'erreur est donc 0,000 0002. M. Willich trouve pour le rapport entre le côté du carré égal en surface au 148 167 cercle et le diamètre du cercle le nombre -ï- ■ Or -^ = 0,8862275, tandis que le côté du carré équivalent au cercle d'un diamètre égal à l'unité serait 0,886 22 69; en conservant le même nombre de décimales, l'erreur serait donc 0,000 0006; c'est, numériquement, une très-heureuse quadrature approximative du cercle. » Quant aux sections du cube, M. Willich trouve que si du centre on mène six plans passant par les angles solides pris de deux en deux, on obtient la division du cube en quatre parties égales ayant un angle solide trièdre, précisément égal à celui de la cellule des abeilles, comme le dodé- caèdre rhomboïdal de la cristallographie dont les trois angles plans sont de 109 28' 16". Comme preuve, si l'on réunit ces quatre solides parles faces qui appartenaient primitivement au cube, on obtient la moitié du dodé- caèdre rhomboïdal. Les sections ainsi obtenues de deux cubes composent le dodécaèdre entier. Chaque quart du cube est composé de deux pyramides triangulaires unies ensemble par la base et ayant l'une un angle de 109 28' 16" et l'autre un angle droit. Alors nous trouvons que les quatre pyramides ayant l'angle de io9°28'i6" composent le tétraèdre régulier, dont la solidité est ainsi le tiers de celle du cube dont il est dérivé. Les quatre autres pyramides, jointes convenablement, formeront une seule pyramide quadrangulaire qui sera la moitié de l'octaèdre régulier, et con- séquemment les deux tiers du cube primitif. Ainsi nous retrouvons l'ana- logie qui existe entre le cylindre, la sphère et le cône, car le cube, la pyra- mide quadrangulaire qui en dérive et le tétraèdre régulier sont précisément dans le même rapport numérique, savoir : 3, 2 et 1 . ( 102 ) » En coupant le cube suivant les diagonales des laces, on en détache quatre solides qui laissent au centre un tétraèdre régulier. Ces quatre solides sont semblables à quatre des solides obtenus précédemment, et de la même manière forment unt' pyramide quadrangulaire qui par suite est la moitié de l'octaèdre régulier. » M. Willich poursuit les divisions ultérieures du cube et en tire des consé- quences curieuses pour la solidité de divers polyèdres, et pour leur forma- tion au moyen de pyramides triangulaires égales entre elles et obtenues par subdivision. Il pense que par ses procédés de section du cube il embrasse non-seulement une grande variété de solides géométriques, mais à peu près toutes les formes des corps régulièrement cristallisés. Une Note sur les divers modèles en relief qui se rattachent à la commu- nication de M. Willich et sur les solides obtenus par les diverses sections du cube, est jointe au Mémoire de M. Willich. M. Willich fait hommage à l'Académie des modèles en bois qui se rap- portent à cette communication et que les Membres pourront examiner à loisir. M. Charvix invite les Membres de l'Académie qui s'intéressent plus par- ticulièrement à la question des chemins de fer, à voir fonctionner un frein de son invention qu'il désigne sous le nom de frein isolant. La séance est levée à 5 heures un quart. É. D. B. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. L'Académie a reçu dans la séance du 12 janvier 1 863 les. ouvrages dont voici les titres : Le Jardin fruitier du Muséum; par M. J. Decaisne; 5cf livraison. Paris, 1862; in 4° avec planches. Etude sur l'espèce à l'occasion d'une révision de ta famille des Cupulifères ; par M. Alph. de Candolle. (Extrait de la Bibliothèque universelle, livrai- son de novembre 1862.) . Observations géologiques dans les Alpes du lac de Thoune ; par M. B. Stu- dek. (Extrait du même Recueil.) — Ces deux opuscules sont présentés au nom des auteurs par M. Élie de Beauraont. ( >o3 ) Causeries scientifiques, découvertes el inventions; progrès de la science et de l'industrie; par Henri deParville; 2 e année, 1862. Paris, i863;vol. in-12. ! Présenté par M. Fremy.) Revue des Sciences et de l'Industrie pour la France el l'étranger; par MM. L. Grandeau etAug. Laugel ; année 1862. Paris, 1 863 ; vol. in-12. ( Présenté par M. Balard.) Annuaire du Cosmos; 5 e année. Paris, i863; in- 18. (Présenté par M. Faye.) Société chimique de Paris; séances du 7 et dis \f\ mars 1862. — Sut lei principes sucrés; par M. Marcellin Berthixot. Paris; in-8°. Académie des Sciences et Lettres de Montpellier : Mémoires de la Section de* Sciences; t. V, 2 e fascic; année 1862. Montpellier, 1862; in-4°. Discours de M. Robinet, prononcé dans la séance du 3j décembre 1861. ( Extrait du Rulletin de ï Académie impériale de Médecine.) Paris ; trois quarts de feuille in-8°. Etude physique et chimique des eaux minérales et thermales de la Bourhoule (Puy-de-Dôme); par M. Jules Lefort. Paris, 1862; br. in-8°. Essais de pisciculture entrepris dans le département de l'Hérault pendant l'année 1862; Rapport de M. Paul Gervais. Montpellier; demi-feuille in-8°. Contributions... Contributions pour l'Histoire naturelle des Etats-Unis d'Amérique; par Louis AGASSIZ ; 2 e monographie, en 5 parties: <° Aca- lèphes en général; 2 Cténophores; 3° Discophores; 4° Hydroides; 5° Homo- logies des Radiées, avec 36 planches; vol. IV. Boston, 1862; vol. in-4°- (Présenté par M. Coste.) PIÈCES APPARTENANT AU COMPTE RENDU DE LA SÉANCE DU 5 JANVIER. Ueber... Sur le district minier de Konqsberq ; par Ch. Kjerule et Tel. DahL; traduit en allemand par W. Christophersen. Christiania, 1860; m-4°. Ueber... Sur la géologie du Tellemarken, par Tellef D.\W, , traduit en allemand par W. Christophersen. Christiania, 1860; in 4°- Geologiske... Observations géologiques sur les environs de Bergen; pai MM. Hiortdahl et IRGENS. Christiania, 1862 ; in-4°. Kart over. . . Cartes géologiques du Ringriqet et du Hadeland en Nortvége; put Th. Kjerulf, 2 pi. in-4°. Beskrivelse... Description du Lophogaster typicus, type d'un genre nou- veau et remarquable de Crustacés; par M. Miel. Sars. Christiania, 1862; in-4°. ( lofA ) Remisk... Recherches chimiques sur la thorine et sur ses sels; par M. J.-J. Chydenices. Helsingfors, 1 86 1 ; in-8°. Synoj>sis Pezizarum et Ascobolorum Fenniœ; auct. Pet. Ad. Karsteis. Helsingfors, 1 86 1 ; in-8°. Om... Sur la rétinile pig menteuse ; par M. J.-W. Roschier. Helsingfors, 1861; in-8°. Nagra... Remarques sur certaines inflammations des parties voisines de la fosse iliaque supérieure [le pérityphlitis); par M. Karl-Oskar Gadd. Hel- singfors, 1861 ; in-8°. Om... Sur le rachitisme, par M. A.-L. LlNSEN. Helsingfors, 1 861 ; in-8°. Om... Sur l inversion de l'utérus ; par M. And.-Gust. Bam.MERT. Helsing- fors, 1862; in-8°. Anatomisk... Description anatomique de quelques anomalies observées dans l'espèce humaine; par M. G.-R. Bjorksten. Helsingfors, 1862; in-8°. Om... Sur les fistules uréthro-périnéales et scrotales; par M. K..-R. Trapp. Helsingfors, 1862. Om... Sur le céphalœmatome des enfants nouveau-nés; par M. G.-\\alf. V. Willebrand. Helsingfors, 1862; in-8°. Ces sept opuscules sont des dissertations inaugurales pour obtenir le degré de docteur en médecine. ERRATUM. Page i3, ligne 4, ou lieu de 5 décembre 1862, lisez 5 janvier i863. COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES SÉANCE DU LUNDI 19 JANVIER 1863 PRÉSIDENCE DE M. VELPEAU. MEMOIRES ET COMMUNICATIONS DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. ASTRONOMIE GÉODÉSIQUE. — Réfutation de quelques critiques et allégations por- tées contre les travaux de l'Observatoire impérial de Paris, et dénuées de toute espèce de fondement ; par M. Le Verrier. « Lorsque le savant Directeur de l'Observatoire de Vienne vint dernière- ment à Paris, il m'annonça que j'allais recevoir communication du procès- verbal d'une Conférence tenue à Berlin entre les géodésistes et les aslro- nomes allemands, et ayant pour objet l'avancement des travaux relatifs à la figure de la Terre. Nous nous entretînmes longuement de ces questions, et M. de Littrow voulut bien m'assurer que quelques-unes des données qu'il recueillait à l'Observatoire de Paris lui seraient d'une grande utilité. » Le 1 2 décembre, le Ministre de l'Instruction publique m'adressait effectivement le Rapport de M. le général Baeyer. Préparé à cette commu- nication par les relations que j'avais eues avec M. de Littrow, je m'em- pressai de répondre, des le 21 du même mois, par la lettre suivante : « Monsieur le Ministre,. » J'ai, conformément à votre désir, examiné attentivement la Note » transmise par M. le général Baeyer et intitulée : Protocole de la consulta- C. P,., i863, i er Semestre. (T. LVI, N° 3.) J 4 ( io6) v tion préalable, faite à Berlin les i(\, 25 et 26 avril 1862, sur le projet d'une n mesure des decjrés de l' Europe centrale. » Cette pièce est signée non-seulement par M. le général Eaeyer, mais » encore par les Directeurs des Observatoires de Vienne, de Leipsick, etc.: » presque tous les États de l'Allemagne centrale y sont représentés. » Les opérations géodésiques et astronomiques que ces États se propo- » sent d'entreprendre intéressent assurément la France, puisque leur paral- » lèle moyen passe par notre pays, et qu'il en résultera une détermination » plus exacte des dimensions et de la forme de la Terre, déduites de la » théorie dans laquelle entre la considération de ce parallèle. » Dans l'état présent de ces entreprises, il me parait que le concours » immédiat de la France consisterait en une détermination très-exacte des » différences de longitude entre les divers points des parallèles. » Or, conformément aux intentions de Votre Excellence, nons sommes « précisément engagés dans ce travail... La Conférence de Berlin recom- » mande avant tout de bien étudier les méthodes. C'est ce qui a été fait » avec un très-grand soin, par moi dans la détermination de la longitude » du Havre, et par M. l'astronome Y. Villarceau dans la détermination » de la longitude et de la latitude de Dunkerque, aujourd'hui menées à » bonne fin. » L'Observatoire de Paris est donc en possession de méthodes dont il » est sûr; et, en ce moment même, il prend toutes les dispositions néces- » saires pour en continuer les applications. » Votre Excellence peut, si elle le juge utile, assurer M. le général Baeyer » que la Commission qu'il préside trouvera à l'Observatoire de Paris tout » le concours qui pourrait lui devenir nécessaire pour le succès de son » entreprise. » » Cette lettre, qui n'était pas destinée à devenir publique, est, comme on le voit, fort simple, et les questions y sont posées dans les mêmes termes où je l'ai fait plus tard devant l'Académie. « Il me paraît, disais-je, >> que le concours immédiat de la France doit consister dans une détermi- » nation très-précise des longitudes des diverses stations des parallèles. » » Deux sortes d'opérations, bien distinctes les unes des autres, doivent concourir aux travaux relatifs à la détermination de la figure du globe : les travaux de géodésie proprement dite, et les travaux d'astronomie pour la détermination directe des coordonnées géographiques. L'Observatoire était donc bien dans son rôle. Car, d'une part, il n'empiétait en quoi que ce ( I0 7 ) •soit sur les attributions du Corps d'Élat-Major, et de l'autre il remplissait ses devoirs d'observateur. Il faudrait entendre le langage qu'on eût tenu si la communication du général Baeyer nous eût trouvés insensibles! Comme on eût demandé à qui donc revenait le soin des observations astrono- miques, et quel souci nous avions de l'honneur scientifique de notre pays! » Car, nous eût-on dit avec raison, vous savez bien qu'on compte les lon- gitudes de l'Observatoire central de Paris. Vous savez bien que la lunette méridienne de cet établissement est en votre possession; ainsi votre con- cours est indispensable. » En effet, la détermination de la longitude d'un lieu n'est pas une opé- ration absolue. Les longitudes se rapportent toujours à un point de départ. En France elles sont comptées de l'Observatoire de Paris, et de là vient que, lorsqu'on veut déterminer la longitude d'un point de la France, de Dunkerque par exemple, il faut que des observations soient faites non-seu- lement dans cette station de province, mais encore à l'Observatoire de Paris, aux mêmes jours, aux mêmes heures, en aussi grand n ombre et avec la même précision. » Lorsqu'un mois après ma réponse au Ministre, un Rapport fut lu de- vant l'Académie touchant la même Conférence, je crus donc faire la chose la plus simple en informant l'Académie de ce qui était à ma connaissance. Conformément à ses usages, M. Faye annonçait de grands projets person- nels; conformément à mes habitudes, je me bornais à exposer ce qui était déjà fait. » J'ose dire qu'il est très-regrettable qu'une démarche si essentiellement simple et vraie ait servi de point de départ contre l'Observatoire impérial à de nouvelles critiques aussi injustes et aussi mal fondées que dans toutes les autres occasions. » Personne ne regrette plus que moi, au point de vue académique, la nécessité où je suis de répondre à ces critiques, encore bien que les passages les plus vifs ne figurent point au Compte rendu. Mais, chargé d'un établis- sement, j'ai le devoir de n'en pas laisser blâmer injustement les travaux. Je demande donc à l'Académie la permission de continuer mon historique. Si cette forme est un peu plus longue que ne le serait une réponse directe, elle aura l'avantage de concilier les droits de la vérité tout en adoucissant la con- troverse. » La détermination delà longitude deGreenwirh, détermination qui in- téresse fort la géodésie, quoi qu'en dise M. Fave, viendrait la première en 14. ( io8 ) suivant l'ordre des dates; je reporterai néanmoins à la fin les explications qui la concernent, et cela en raison d'une circonstance particulière. » Lorsqu'en 1 856 nous entreprîmes la détermination de la longitude de Bourges, en commun avec le Dépôt de la Guerre, nous y étions autorisés par une décision ministérielle qui, conformément à la vérité des choses, et des termes du décret de 1 854, avait imposé cette obligation à l'Observatoire impérial. •> On commença, dit M. Faye, sans avoir publié de plan. Sans avoir pu- blié de plan! Ce singulier reproche suffirait à lui seul pour caractériser notre différente manière d'entendre la science. Je reconnais sans difficulté que ce n'est pas M. Faye qui aurait commencé sans avoir jjublié un ou plu- sieurs plans. Il eût bien plutôt fait l'inverse. » Mais qu'il se rassure. C'est une habitude pour moi de ne jamais appor- ter de projets à l'Académie et de ne venir devant elle que quand la besogne est faite II ne s'ensuit pas toutefois que je m'engage sans savoir ou je vais; loin de là, et il me serait facile de trouver dans cette enceinte tel illustre Con- frère que j'ai souvent fatigué de l'exposé de mes plans. » Bourges était choisi par la même raison que Dunkerque l'a été cette année; parce qu'ils sont l'un et l'autre sur la grande méridienne de France, et en second heu parce que nous avons pensé qu'il était préférable de com- mencer à de faibles distances. » M. le commandant Rozet voulut bien, avant tout, installer ses instru- ments à l'Observatoire de Paris, et répéter longuement avec nous et sans autre jonction que l'électricité, les mêmes opérations que nous devions re- prendre ensuite, l'unàParis, et l'autre sur un plateau à environ 8 kilomètres de Bourges. Les opérations comprirent trois séries : dans la première, M. Rozet observait à Bourges et moi à Paris; dans la deuxième, M. Rozet était à Pans pendant que j'observais à Bourges; dans la troisième enfin, j'étais revenu à Paris et M. Rozet retourné à Bourges. Ces interversions avaient pour objet, on le sait, d'éliminer les erreurs particulières aux obser- vateurs. » M. Faye avait désiré qu'on fît usage de la méthode de coïncidence qu'il avait proposée pour comparer les pendules de deux stations. Mais, a cette époque déjà, cette méthode de coïncidence ne me souriait pas, et il nie paraissait bien préférable de se débarrasser d'une comparaison difficul- tueuse, en n'ayant qu'une pendule pour les deux stations. C'est ce qui lut fait par un procédé d'enregistrement électro-chimique, emprunté à un in- ( i»9 ) telligeut fonctionnaire des lignes télégraphiques, M. Pouget-Maisonneuve. Cette marche réussit très-bien, et si nous ne l'avons pas employée depuis lors, c'est quelle était un peu complexe et que nous sommes parvenus à en conserver les avantages tout en la simplifiant. » M. Rozet, comme le dit M. Faye, était aimé de tous, et j'ai eu le bon- heur de rester son ami jusqu'à son dernier jour. Aussi éprouvai-je un vif regret lorsque, toutes mes sollicitations étant restées inutiles, M. Rozet fut misa la retraite et enlevé aux opérations qui, sans cela, eussent été conti- nuées avec lui. » Je n'irai pas plus loin sur un sujet si délicat ; mais je regrette qu'on ne comprenne pas qu'on devrait s'interdire de porter devant l'Académie des insinuations malveillantes et dont il serait facile défaire justice, si j'étais libre de publier les pièces administratives, que je mets sous les yeux du Bureau. » Mais, dit M. Faye, depuis lors l'Observatoire n'a plus pris aucun souci de la géodésie, et le terrain était devenu libre. Répétons encore une fois qu'il ne s'agit pas de la géodésie proprement dite, laquelle appartient au Corps d'État-Major, mais d'opérations astronomiques, lesquelles sont nettement attribuées à l'Observatoire par le décret fondamental de 1 854 ot par toutes les décisions ministérielles intervenues depuis lors; et cela dit, voyons si j'ai cessé de m'en préoccuper pendant six ans, comme le dit M. Faye. » Or voici ce que lui-même lisait devant l'Académie le 2 novembre 1857 à l'occasion des propositions de M. Struve : « Aujourd'hui les choses ont complètement changé de face : il ne s agit » plus d'un Membre isolé, comme en i85o et 1 852 ; ce sont les plus grandes » autorités scientifiques qui s'accordent à demander devant vous la néces- » site de reprendre les travaux géodésiques, ou du moins de les vérifier, de » les étendre et de les mettre au niveau des exigences actuelles de la science » pure. C'est le Directeur de l'Observatoire central de Russie qui vient » demander à la France la jonction complète des réseaux européens; c'est » le doyen de l'Académie qui réclame la prolongation de son arc espagnol » jusqu'aux sommets de l'Atlas; c'est le Directeur de l'Observatoire de » Paris qui vous parle de compléter astronomiquement la géodésie fran- » caise; enfin, c'est M. le Maréchal Ministre de la Guerre qui se fait ici l'in- » terprète des besoins de la science et semble vous promettre son puis- •> sant concours. » » Je ne mérite ni l'excès d'honneur que me faisait alors M. Faye en me ( MO } plaçant au rang des plus grandes autorités scientifiques de l'Europe, ni les critiques injustes qui ont succédé à ses éloges. Je retiens seulement fie ce discours qu'il parait qu'à la fin de 1 8 5 7 , postérieurement à l'époque indi- quée par M. Faye, je n'avais pas oublié tout ce qui intéressait la figure de la Terre. En i858et 1 85g j'avais toujours l'espoir que les travaux pour- raient être repris, lorsqu'enfin en 1 85g, conformément aux pièces que j'ai sous les yeux, le Ministre de la Guerre me déclara que les longitudes et les latitudes étaient dans les attributions de l'Observatoire, et que c'était à lui de les continuer. » Aussi nous occupions-nous dès 18G0 de réorganiser la mesure des longitudes que l'Observatoire devait désormais poursuivre seul. » C'est en 1860 que le Dépôt de la Guerre a bien voulu, avec une libé- ralité dont nous lui sommes reconnaissants, nous confier pour cet objet une lunette méridienne. Voici une pièce qui le prouve. » Voici en outre un dossier qui établit que nous nous sommes dès lors occupés des méthodes à employer pour la détermination des longitudes à grande distance, en étudiant les communications télégraphiques avec Madrid. » Voici encore un dossier qui montre que nous avons construit à Biarritz un Observatoire dans le même but. a Madrid me parut, il est vrai, trop éloigné, non pas pour être déterminé d'un seul jet, mais pour constituer l'une des premières opérations. Il valait mieux ne l'aborder que lorsqu'on serait sur de la perfection des méthodes, comme nous le sommes aujourd'hui. C'est par ce motif et aussi pour une autre raison, que nous avons établi une station intermédiaire à Biarritz, laquelle est, je le répète, construite. Mais Biarritz même me semblait un peu distant. Il faudra sans doute l'emploi d'un relais dans l'intervalle, et nous avons préféré obtenir le Havre d'abord, puis Dunkerqne un peu plus loin pour procéder pas à pas. Bien n'empêche de terminer désormais la station intermédiaire de Biarritz, et elle le sera. L'Observatoire étant con- struit, les instruments étant prêts, les méthodes étudiées, quelques jours suffiront. >- Je me propose, il est vrai, de demander à mes collègues de Madrid de vouloir bien exécuter en même temps la comparaison de Paris et Madrid déjà préparée en 1860. Il sera instructif de voir si la détermination directe de Paris avec Madrid est bien égale à la somme algébrique Paris-Biarritz ( "1 ) d'une part, Biarritz-Madrid de l'autre, et c'est ainsi qu'on avancera avec sécurité, chaque résultat obtenu étant définitivement acquis. » Lorsque cela sera fait, je suis convenu avec M. de Littrow que nous essayerons la détermination directe de la différence en longitude de Vienne et Paris. J'apprendrai encore à M. Faye qu'à cette époque où, parce que nous n'avions pas publié de projet, il évaluait que nous ne faisions rien, nous étudiions au contraire les communications avec l'Autriche par la Suisse. » Enfin, toujours en 1860, M. Yvon-Villarccau déterminait avec M. l'as- tronome espagnol Novella, et avec MM. Ismaïl et Tissot, la différence de longitude de Madrid et de la station où l'éclipsé totale avait été observée. Ce fut une opération laborieuse, dont une partie fut pratiquée par le moyen du transport des chronomètres, et l'autre par l'emploi des signaux de feu. Comme à toutes les époques, cette dernière partie des opérations éprouva, de la part des populations des campagnes, qu'elle inquiétait, une vive résis- tance. Le résultat de ces travaux sera prochainement communiqué à l'Académie. » J'ai déjà mis sous ses yeux la conclusion des opérations faites au Havre ; et elle a pu voir à quelle précision elles ont été portées par la simplification des méthodes et l'étude des moyens d'expérimentation. Aucune des déter- minations obtenues dans les diverses soirées, ne s'écarte de la vraie valeur de plus de -^ de seconde, résultat qui, j'ose le dire sans crainte d'être démenti, n'avait été encore obtenu nulle part. » J'insiste sur cette circonstance; car, en permettant de limiter le nombre des soirées d'observations, elle donnera un moyen de marcher plus rapidement, tout en conservant la même précision. De son côté, mon savant collaborateur M. Yvon-Villarceau a, par une étude approfondie des in- struments portatifs, trouvé le moyen de les faire servir avec la même exac- titude que les instruments fixes, et d'abréger beaucoup les délais des instal- lations. Et ce sont ces raisons qui, en nous permettant d'imprimer à notre marche une grande activité, nous rendent certains de pouvoir tenir nos promesses. » Contre toutes nos habitudes, me voilà publiant des projets! Au moins ont-ils été plus qu'étudiés à Paris, à Bourges, au Havre, à Dunkerque, etc. » J'ajoute en outre que tandis que la station centrale, Paris, ne pouvait jusqu'ici, avec une seule lunette, tenir tète à la fois qu'à un seul instrument en province, j'ai trouvé le moyen de répondre simultanément à deux sta- ( «12) tions de province, et ainsi de pins que doubler' encore la rapidité des opé- rations. » Or, qu'en pensera tout homme de science? C'est lorsque nous sommes ainsi engagés scientifiquement dans ces questions, lorsque nous en avons, moi en particulier, fait notre travail personnel, lorsque nous avons étudié les méthodes, les instruments, et que, profitant de notre expérience, nous sommes en mesure de conduire ces travaux avec plus de précision cpie qui que ce soit, quant à présent, qu'un de nos confrères n'a pas craint de s'écrier, vous l'avez tous entendu, que ce dont il s'agissait dans le débat, c'était d'enlever ces travaux à l'Observatoire!! » Que si l'on venait proposer au sein de l'Académie qu'il fût interdit à M. Dumas de s'occuper de la constitution intime des corps, à M. Becquerel des températures de l'atmosphère, à M. Chevreul des couleurs, à M. Fremv des aciers, à M. le général Morin de la ventilation, à M. Jobert de Lamballe des tendons et des nerfs, à M. Hermitte des fonctions elliptiques, a M. Piobert du mouvement des boulets, à M. Fizeau de la vitesse de la lumière (je ne poursuis pas cette énumération), que répondraient tous nos confrères? Ils passeraient outre et auraient bien raison. Je prendrai la liberté d'en faire autant. » M. Faye toutefois ne conteste pas l'exactitude de nos opérations. Mais il voudrait persuader que nous n'avons rien fait avant le mois d'octobre 1862, entreprise difficile, pour laquelle il change quelque part les dates, les faits et la science d'une si incroyable façon qu'il est absolument néces- saire de remettre chaque chose en sa place. 1. Il commence par assurer que nous ne sommes allés au Havre que pour y obtenir une longitude approchée, dans l'intérêt de la marine. Le Havre, dit-il, n'est pas une station géodésique. » En principe, ces assertions sont absolument inexactes. Lorsque j'ai demandé k M. le Ministre de l'Instruction publique l'autorisation de déter- miner la longitude du Havre, je me suis appuyé non-seulement sur les besoins de la marine, mais encore sur ce que ce serait un moyen de conti- nuer nos études des instruments à petite distance et de reprendre avec uti- lité la détermination astronomique des positions déjà obtenues par la géodésie. » On sait très-bien que la marine n'a nul besoin du dixième de se- conde et que les longitudes déterminées par le Dépôt de la Guerre sont plus que suffisantes pour la marine. A qui des lors espere-t-on persuader ( "3 ) qu'après avoir obtenu très-exactement la longitude du Havre, en 1861. je serais allé recommencer en 1862, au point de vue de la marine, une campagne parfaitement inutile, sur le coteau d'Ingouville? » Dans la description géométrique de la France par Puissant, description où sont résumés les travaux de Delambre et Méchain d'une part, du Corps des ingénieurs-hydrographes de l'autre, et enfin du Corps d'Etat Major, je trouve que le phare méridional du cap la Hève est le sommet d'un des triangles du premier ordre à l'extrémité ouest de l'espace compris entre Paris, Amiens, la Manche et la Seine. Voilà le secret de mon insistance sur ce point. C'est bien un lieu géodésique. » Mais M. Faye ne comprend pas que je me sois placé à 4 kilomètres de là. Il me faudrait, pour en expliquer les motifs, entrer dans des détails qui montreraient toute la distance qui sépare la spéculation de la pratique. Je me bornerai à faire remarquer, sauf à y revenir s'il est nécessaire, qu'à Bourges le lieu de la station astronomique, très-judicieusement choisi par le Dépôt de la Guerre lui-même, était à 8 kilomètres de la station géodésique du pre- mier ordre à Bourges. J'ajoute encore, connaissant assez bien le terrain de plus d'une des stations, qu'on doit s'attendre qu'il en sera de même dans la suite, et que nous considérons, après une mûre étude théorique et pratique de la question, que lorsqu'il sera possible de se placer à une dizaine de kilo- mètres d'une station géodésique dans de certaines conditions bien connues, il sera souvent utile de le faire , sauf à étudier ensuite le terrain inter- médiaire. » Chacun du reste comprend parfaitement que les erreurs géodésiques, s'il y en avait, ne s'accumuleraient pas en général sur un petit intervalle et que les opérations faites à une courte distance d'une station géodésique y sont ensuite rapportées sans difficulté par une simple triangulation. Dans le cas actuel, il suffisait évidemment de puiser dans la description géométrique de la France par Puissant la différence de 2' 22", o entre le clocher du Havre et le phare la Hève. Et si j'ai cru utile de déterminer à nouveau cette différence par une triangulation dont je dépose les éléments et les calculs, c'est parce que, par un penchant naturel, j'aime dans les observations, comme dans la théorie, à faire ce qu'en arithmétique on appelle la preuve. » Mais enfin, insiste M. Faye, M. le Directeur de 1 Observatoire envoie » en octobre 1862, sur quelque point appartenant cette fois au réseau » géodésique, un des astronomes placés sous sa direction, comme pour » prendre date. » C. R., i863, i" Semestre. (T. LVI, N» 5.) I 5 ( i«4 ) » Autant d'erreurs que de mots! » Ce quelque point ainsi dédaigneusement désigné est Dunkerque,etl'on veut bien, cette fois, reconnaître que c'est un point du réseau géodésique. Mais quoi! Bourges n'appartient donc pas au réseau géodésique? Que veut-on dire? Bourges est comme Dunkerque sur le méridien. Serait-ce parce que la station était à 8 kilomètres de Bourges? Ce ne serait pas sé- rieux. Bourges, la Hève, Dunkerque sont des points géodésiques. » Quand on s'érige en censeur sans y être obligé, et qu'on discute des questions de priorité, il ne faudrait du moins pas changer les dates dans l'intérêt particulier que l'on voudrait faire prévaloir. Or, d'abord ce n'est pas en octobre 1862, comme l'affirme M. Faye, c'est le 17 septembre que le savant astronome dont il parle est parti pour Dunkerque. Voici une pièce qui l'établit. » Ce n'est pas tout. Voici un registre que je mets sous les yeux de mes confrères, registre intitulé : Études avec Y. ViUarceau pour la longitude de Dunkerque. C'est une étude sérieuse, approfondie des instruments, qui re- commence pour la dixième fois, et à quelle date? Le 27 juin. Nous voici bien loin en avant du mois d'octobre. Ces études sont aussi complètes, plus complètes que les opérations faites à Dunkerque; elles font partie de la détermination de la longitude de cette station et seront publiées au même titre. Deux registres les contiennent. Mais encore, avant d'observer, il avait fallu construire dans le jardin de l'Observatoire une station figurant celle de Dunkerque. C'est le 10 mai que ces travaux ont été commencés. » Ainsi voilà deux astronomes, M. Yvon ViUarceau et M. Le Verrier, qui consacrent quatre grands mois, les jours et les nuits, à une nouvelle étude de leurs instruments afin de ne rien laisser à désirer dans la perfection des opérations! Quelle récompense trouvent-ils? Ce sont des opérations pour prendre date, assure-t-on ! L'Académie se dira que dans ce cas probable- ment nous nous serions un peu plus hâtés. » Mais passons et revenons à la longitude deGreenwich faite la première de toutes, en i85/j. » Les travaux relatifs à la longitude de Bourges sont rédigés en leur entier. Les travaux relatifs à la longitude du Havre sont dans le même état, et j'ai l'honneur de présenter à l'Académie une rédaction des travaux rela- tifs à la longitude de Greenwich. Pourquoi, dès lors, ces Mémoires n'ont-ils pas été publiés, en commençant, comme on le devait, par Greenwich? Je me trouve obligé de dire aujourd'hui que tandis que j'ose répondre de la précision des travaux relatifs à Bourges, au Havre et à Dunkerque, je n'ai ( M5 ) que des garanties moindres pour ce qui concerne les observations faites à Paris en réponse à celles de Greenwich. » Ainsi qu'on le sait, la différence en longitude entre Paris et Green- wich est l'angle compris entre leurs méridiens. Cet angle est mesuré par celui que font entre eux les plans des lunettes méridiennes des deux stations, mais à la condition que ces instruments soient exactement placés et que leurs axes soient perpendiculaires aux méridiens respectifs. » Pour s'assurer de cette condition , on se sert du niveau ; et la nécessité de nivellements exacts est tellement indispensable qu'on peut dire que c'est le point essentiel, et que la détermination des longitudes consiste dans le bon nivellement des axes; car ce bon nivellement une fois obtenu, on pourrait se passer de l'azimut en observant près du zénith, et de la collimation en observant dans les deux positions directe et inverse de l'instrument. « Cela dit, on comprendra parfaitement le sens de cet article très-précis du règlement écrit par M. Airy pour la détermination de la longitude et accepté par nous : Toute nuit d 'observation cl 'étoiles ne sera pas considérée comme bonne, à moins que le niveau n'ait été appliqué. (Art. 29. ) » C'est donc avec regret qu'en rédigeant ce travail de la longitude de Greenwich, avec un soin et une étendue qui montreraient au besoin com- bien j'aurais été heureux d'y trouver une solution définitive, je me suis aperçu que l'astronome français chargé de la deuxième partie des obser- vations n'avait pris aucune espèce de souci du niveau, c'est-à-dire de la chose la plus importante; et qu'on était réduit, sous ce rapport, aux déter- minations faites par d'autres observateurs, dans le milieu de la journée. Et ainsi nous nous trouvons pris dans ce dilemme, ou bien de supprimer l'article 29 du règlement accepté, ou bien de convenir que la deuxième partie des opérations ne se trouve pas dans les conditions requises. » L'astronome qui pratique ainsi la détermination des longitudes est M. Faye. Voici le registre sur lequel on peut vérifier la vérité de ce que j'a- vance. » Cette détermination de la différence de longitude entre Paris et Green- wich a eu bien du malheur. » Une mesure géodésique de cette différence par les astronomes fran- çais et anglais, fut entreprise vers 1820. Elle a été exécutée en 1821, 182a et 1823, par les capitaines Rater et Kolby, pour l'Angleterre et jusqu'à Calais, et de Calais à Paris par les astronomes français. Les Anglais ont fait connaître le résultat de leurs opérations, tandis que les Français n'ont jamais [5.. ( 1*6) donné le résultat des leurs, qui se sont trouvées ainsi comme nulles et non avenues. » Après avoir attendu en vain cinq années le résultat de calculs qui ne devaient jamais voir le jour, on ne sait par quels motifs, le capitaine Rater se décida, en 1828, à publier la partie anglaise donnant la différence de longi- tude entre Greenwich et Calais. Pour tirer un parti quelconque de tant de travaux, il empruntait, à la Connaissance des temps, en l'absence d'une auto- rité plus haute, disait-il, la longitude de Calais rapportée à Paris. » Il est malheureux qu'on ait méconnu la nécessité de publier au moins, sinon de calculer immédiatement, la partie de la triangulation qui a été con- fiée aux astronomes français. Mais on ne sait même pas ce que leurs triangles sont devenus. » Le colonel Bonne proposa de déterminer directement par des signaux de feu cette différence de longitude que la mesure précédente aurait dû donner. » Les opérations furent exécutées en 1825. Tout a été publié par sir J. Herschel, dans les Transactions philosophiques, sauf les données qu'aurait dû fournir Paris. On est bien forcé, dit M. Henderson, en l'absence des data indispensables, d'admettre qu'aucune erreur n'a été commise à cette extrémité de la ligne. On sait aujourd'hui que la longitude ainsi détermi- née semble avoir été en erreur de j5 secondes d'arc. » Mais je m'arrête, exprimant de nouveau mon regret qu'on m'ait forcé d'entrer dans de telles explications, et mon vif désir de n'avoir pas a y revenir. » Réponse de M. Faye. « Après avoir entendu la lecture de la Note de M. Le Verrier, je me bor- nerai à répondre à ce qui m'est personnel, afin de n'avoir à revenir qu'à la partie scientifique. » J'entends M. Le Verrier me reprocher l'omission de tout nivellement de la lunette méridienne, le 22 juin i854, à l'époque où je m'occupais de la jonction télégraphique entre Londres et Paris. Il semble imputer à cette omission l'insuccès de toute l'opération elle-même. Je déclare à l'Académie que c'est la première fois que j'entends parler de cette omission et de cet insuccès. C'est donc pour les besoins de la cause actuelle que M. Le Verrier exhume une omission dont je n'ai d'ailleurs nul souvenir, car j'ai laissé à I Observatoire tous mes cahiers d'observations. » A l'Observatoire de Greenwich, où j'ai été accueilli avec la plus grand»' ( "7 ) bienveillance dans la famille de l'Astronome royal, M. G.-B. Airy, je n'ai jamais en à m'occnper de déterminer les erreurs d'azimut, de niveau et de collimation de l'instrument méridien. Quanta l'Observatoire de Paris, ou je ne logeais pas et où je n'étais rentré un moment que sur les plus vives prières de M. Le "Verrier, je n'y remplissais aucune fonction régulière, on permanente. Je ne me souviens pas, à neuf ans d'intervalle, des conventions qui avaient pu être arrêtées relativement à ces déterminations, lesquelles étaient du ressort de tous les astronomes de l'Observatoire indistinctement, tandis que les observations du passage des étoiles et des signaux ne pou- vaient être faites que par moi. Si je m'en suis cbargé, l'omission acciden- telle du nivellement, à la date indiquée par M. Le Verrier, ne devait avoir d'autre résultat que de prolonger un jour de plus la durée des observations, car il avait été convenu (Comptes rendus, t. XXXIX, p. 555, ligne 5 en re- montant) que les observations seraient continuées toutes tes nuits jusqu'à ce que l'un et l'autre Observatoire eussent fait connaître qu'ils regardaient l'opération comme terminée. Si, au contraire, je ne m'en suis pas cbargé, l'omission signalée par M. Le Verrier ne peut mètre imputée. M. Le Verrier a d'ail- leurs fait à l'Académie la déclaration suivante : « Cette variation diurne (celle du niveau), qui a été insensible pendant » la première série des observations faites à Greenwich, s'est au contraire » manifestée pendant la seconde série. Hàlons-nous d'ajouter que le résultat » de la longitude n'en a été nullement ajfecté, attendu le soin qu'on a eu de » déterminer très-fréquemment la situation de l'axe , comme la valeur des autres » erreurs instrumentales. » (P. 56o, ligne io en remontant.) » En 1 854? M. Le Verrier ne donnait que des louanges à cette opération : o Après avoir dit avec quel soin la nouvelle détermination a été traitée à » l'Observatoire de Paris, et il en a été de même à Greenwicb, j'arrive à la » comparaison du résultat avec les données antérieures. » (P. 56 r.) » Dans tous les cas, je ne me reconnais responsable que de l'observation des étoiles et des signaux télégraphiques, M. Le Verrier ayant voulu garder pour lui la direction de l'entreprise dans tous ses détails, en se confor- mant d'ailleurs très-ponctuellement aux instructions qu'il avait reçues de M. Airy. » Mais je tiens surtout à montrer à l'Académie que je n'ai jamais varié, malgré les citations de M. Le Verrier, sur le point fondamental du débat, à savoir la compétence du Dépôt de la Guerre. Il me suffira de citer aussi les Comptes rendus de i853, 1 857 et 1 863, pour prouver qu'à aucune époque, aussi bien avant l'entrée de M. Le Verrier à l'Observatoire qu'au lende- ( "8 ) main de sa rupture avec le Dépôt de la Guerre, je n'ai jamais tenu d'autre langage. » En 1 853, Comptes rendus, t. XXXVI, p. 3o : « Du moment où MM. les » Officiers d'État-Major annoncent qu'ils ont conçu des projets analogues à » ceux que m'avait suggérés la communication émanée de M. le Ministre de » l'Intérieur, je m'empresse de renoncer à toute idée d'initiative person- » nelle, et de mettre mes propres efforts à la disposition de ce Corps illustre, » dans le cas où ils lui paraîtraient acceptables. » » En 185^, Comptes rendus, t. XLV, p. 670: « Pour moi, je dus m'in- » cliner devant cette revendication (au nom du Dépôt de la Guerre), trop » heureux d'offrir mon zèle et mon concours à l'Administration spéciale » (celle du Dépôt de la Guerre ) dont les titres à réclamer le privilège de ces » entreprises étaient si bien fondés. » » En 1 863, Comptes rendus, t. LVI, p. 28 : « Une autre circonstance » ajoute encore à l'intérêt de la communication de M. le Ministre d'État, » et je ne sais vraiment s'il serait convenable de passer ici sous silence un » fait qui prouve que la France n'a pas abandonné à ses émules le soin de » ces nobles entreprises : c'est la coïncidence remarquable de la réunion » de Berlin avec les études que le Bureau des Longitudes faisait faire, pré- » cisément à la même époque (avril 1862) en invoquant [indispensable con- » cours du Dépôt de la Guerre pour le couronnement du réseau français. » » Quant au reproche d'apporter plus souvent à l'Académie des projets ou des plans que des travaux exécutés, je dois dire que je n'ai jamais eu à ma disposition d'autres ressources que mes ressources personnelles, et celles que plusieurs artistes éminents, MM. Porro, Digney et Baudoin, Henri Robert, Ruhmkorff, ont bien voulu mettre généreusement à ma dis- position. J'ai cru pouvoir quelquefois servir encore la science par des idées alors que je ne pouvais ie faire par des expériences ou par des observations auxquelles ma modeste fortune ne m'aurait pas permis de me livrer. » Cela dit, je serai plus libre d'aborder, s'il y a lieu, les questions de science. » » M. Le Verrier réplique à M. Faye, qui assure que c'est la première fois qu'il entend parler de cette capitale omission des déterminations du niveau. » Tout le monde sait à l'Observatoire que c'est ce qui a arrêté 1 im- pression du travail. M. Faye, prévenu directement, n'eût pas pu fournir après coup des nivellements qu'il n'a pas effectués. » ( "9) THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. — Compte rendu du traitement des calculeux pendant l'année 1862; par M. le D r Civiale. « Dans le courant de l'année qui vient de finir, j'ai traité soixante-neuf personnes attaquées de la pierre : soixante-six hommes, deux femmes et un enfant ; » Quarante-cinq dans ma pratique particulière et vingt-quatre à l'hô- pital. » Soixante et une avaient la pierre pour la première fois ; huit avaient déjà subi des traitements pour cette affection. » Cinquante-huit de ces malades ont été opérés : » Quarante-cinq parla lithotritie, qui a réussi dans quarante-quatre cas; SI y a huit guérisons incomplètes ; » Dix par la taille ordinaire, qui en a guéri trois, soulagé deux, et cinq sont morts. » Trois ont été opérés par la combinaison de la taille et de la lithotritie ; deux sont guéris, il reste au troisième une incontinence d'urine. » Onze n'ont pas subi d'opération. m i° Malades opérés par la lithotritie. — I. Les divisions précédemment établies au sujet des calculeux opérés sont applicables aux cas dont je viens de présenter le tableau. » Dans ceux de la première série, au nombre de vingt, qui sont les plus heureusement placés, le diagnostic et la thérapeutique présentent toute la précision et la sûreté désirables ; pour les besoins de l'un et de l'autre, l'art est en possession de moyens éprouvés, les règles de la manœuvre sont net- tement tracées, et le succès de l'opération est d'autant plus facile d'ailleurs que la pierre est plus petite. » On obtient des succès analogues chez les calculeux d'une autre classe, dont la pierre est également facile à détruire, mais chez lesquels on observe des troubles fonctionnels avec inertie et catarrhe de la vessie et dépérisse- ment de la santé générale. » Ces calculeux qu'on redoutait de traiter par la lithotritie, il y a quel- ques années, guérissent presque tous aujourd'hui, au moyen de précau- tions dont l'expérience a prouvé l'utilité. « II. Toute pierre qui séjourne dans le corps de l'homme grossit et produit des désordres toujours nuisibles au traitement; ce sont les cas graves et les cas compliqués, dans plusieurs desquels l'art de broyer la ( 120 ) pierre est encore possible; mais ses applications offrent des difficultés qui proviennent, les unes du volume et du nombre des pierres, et les autres des lésions organiques de la vessie et de ses annexes. » Trois de ces malades avaient de grosses pierres ; le traitement a réussi, mais le calcul remplissant la vessie et l'espace manquant pour la manœu- vre, celle-ci a été difficile et douloureuse. •> Sept autres avaient des pierres multiples dont la destruction a exigé un long traitement; cependant les opérés ont obtenu une gnérison complète. « Il n'en a pas été ainsi des malades chez lesquels se trouvaient réunies de grosses pierres et des lésions organiques; les difficultés sont doubles alors et d'autant plus embarrassantes pour l'opérateur que le volume et le nombre des calculs, la nature et le développement des productions mor- bides, le mode et l'étendue de la déformation qu'a subie la cavité) dans laquelle il doit agir lui sont presque entièrement inconnus avant de com- mencer l'opération. >' En de telles circonstances il serait préférable de recourir à la taille; mais elle n'est pas toujours acceptée par les malades; elle a d'ailleurs ses difficultés propres et ses dangers; la lithotritie offrant plus de chance de «uérison, le chirurgien se fait un devoir 1 de l'appliquer sans se dissimuler que presque toujours il est réduit à procéder sans règles et sans autre guide que ses sensations tactiles, à la recherche des calculs entiers ou frag- mentés, au milieu des tumeurs et des touffes fongueuses qui remplissent la vessie. D'après cela on se rend facilement compte des difficultés de la manœuvre et de l'incertitude du résultat. » Dans ces cas exceptionnels, la lithotritie est une ressource plutôt qu'une méthode rationnelle. Alors même qu'on réussit à détruire la pierre, il n'est pas rare d'observer, après le traitement, des troubles fonctionnels, des incommodités, de véritables douleurs, que je désigne sous le nom de gué- nsons incomplètes, et qui ne doivent être confondues ni avec les accidents produits par les éclats de pierre restés dans la vessie, ni avec certains désordres que les manœuvres opératoires, celles de la taille spécialement, peuvent occasionner. » Ces effets d'ailleurs ne sauraient surprendre, puisque la gnérison des calculeux traités par les procédés chirurgicaux, ne peut être complète en général que dans la série des cas simples où la pierre forme toute la maladie et produit à elle seule tous les désordres. » Dans les cas graves et compliqués la pierre ne forme au contraire qu'une partie de l'état morbide, et ce n'est pas la plus importante. Or. ( »*I ) comme l'opération ne détruit que la pierre, les opérés conservent forcé- ment la part de désordres dont je viens d'indiquer la source. » Deux de mes opérés, l'un par la taille, l'autre par la lithotritie, ont conservé des besoins trop fréquents d'uriner, parce que la vessie n'a pas récupéré sa capacité normale que la pierre lui avait fait perdre. » Trois autres, traités par la lithotritie pour des calculs moyens et fria- bles, n'ont plus de pierre, mais l'inertie et le catarrhe de la vessie, qui avaient précédé la formation du corps étranger, n'ont pas entièrement cessé. » Trois malades opérés, un par la taille et deux par la lithotritie, qui avaient en même temps la pierre et des tumeurs dans la vessie, sont délivrés de la première, mais les tumeurs subsistent et produisent, suivant leur situation, leur nature et leur volume, de l'agacement, des difficultés d'uri- ner et même des douleurs presque continues. » Ces désordres à la suite des traitements par lune ou par l'autre méthode sont regrettables assurément; mais ce n'est ni à l'art ni au chirurgien qu'on peut s'en prendre, ainsi que font fait quelques malades, de n'avoir pas obtenu le bienfait complet de l'opération. La faute en est au médecin et surtout au malade lui-même qui n'a pas eu la prudence de se faire opérer en temps opportun et avant que la pierre ait grossi et produit dans les organes ces mêmes désordres qui rendent la guérison incomplète. » On a dit que les calculeux peuvent ignorer la cause de leurs premières souffrances: cela est vrai, mais c'est rare; d'ailleurs, si la méprise est pos- sible à celui qui souffre, le médecin peut facilement l'éviter : c'est même pour lui un devoir de recourir aux moyens d'exploration dont l'art dispose aujourd'hui, afin d'être à l'abri de tout reproche. » Aussi longtemps que la taille fut la seule ressource des personnes atta- quées de la pierre, les praticiens les plus éclairés ne conseillaient cette opé- ration aux adultes, et surtout aux vieillards, que lorsque la vie était menacée et que les douleurs rendaient l'existence insupportable; c'était pour eux le moment d'affronter les dangers de la cystotomie. » Cette règle n'est pas celle qu'on doit suivre à l'égard de la lithotritie ; il est même formellement prescrit de recourir à cette méthode au début de la maladie, avant qu'il existe des lésions organiques, pendant que le calculeux se trouve encore dans la catégorie des cas simples que je viens d'indiquer, et dans laquelle l'opération est toujours facile, sans violence sur les organes, et, lorsque la pierre est détruite, toute souffrance cesse, la santé renaît et se soutient. C. R. ; iS63, i« Semestre. (T. LV1, N° 3.) '6 ( 122 ) » D'après l'ancienne règle, en procédant à 1 égard de la lithotritie comme on le fait pour la taille, le médecin manque de prudence; sans doute il épargne au malade l'effroi d'un mal qu'il redoute, il ne porte pas l'alarme dans sa famille, mais il laisse prendre à la maladie un développement tel, qu'un moment arrive où l'art peut soulager, mais il ne guérit pas. » Je citerai un exemple remarquable observé depuis peu de temps. Un homme éprouve en voyage des douleurs qui se rattachent à la pierre et qui l'obligent de s'arrêter; bientôt elles cessent, comme à l'ordinaire, par le repos et quelques moyens sédatifs. » De nouveaux accidents se produisent ensuite à des intervalles plus ou moins éloignés, ils sont combattus de la même manière avec le même succès. » Enfin l'état du malade s'aggrave, sa vie paraît menacée, on réunit en consultation les praticiens les plus célèbres d'une grande cité; ils consta- tent la nature du mal, et ils conseillent l'opération de la lithotritie. » Mais le moment opportun est passé : attaquer une masse pierreuse dans une vessie saignante, catarrhale, ratatinée et déformée par des lésions orga- niques, est toujours une entreprise pleine de difficultés et de périls : on a réussi cependant à morceler la pierre et à extraire ses débris, mais les lésions organiques de la vessie subsistent, et avec elles les désordres fonctionnels qui s'y rattachent. •' Ce traitement long et douloureux, qui laisse l'opéré dans un état de malaise et d'inquiétude, eût été, au début de la maladie, facile et de peu de durée; le malade aurait récupéré immédiatement le libre exercice de ses fonctions, et il se serait épargné deux ans de souffrances. » III. Une question importante, qu'on néglige cependant, est celle de la récidive de l'affection calculeuse. » Huit des malades du tableau qui précède avaient été traités pour la pierre à des époques plus ou moins éloignées de celle du dernier traitement. Celui-ci a réussi dans tous les cas ; après l'extraction des derniers débris du corps étranger, la guérison a été complète , et elle se soutient ; mais il est probable qu'il se formera de nouveaux calculs, dans un espace de temps qu'on peut déterminer approximativement. » Au point de vue de la récidive, les calculeux forment deux grandes classes. » i° Dans la première se trouvent les pierres d'acide urique et ses com- posés, d'oxalate calcaire et de cystine. » Si la pierre s'est développée lentement et sans produire de fortes dou- leurs, si d'autre part le malade a obtenu par l'opération une guérison (.i*3 ) prompte et complète, on est à peu près assuré que la guérison se soutiendra. » Lorsqu'au contraire les dépôts urinaires sont abondants et persistent sous forme de matière amorphe, de cristaux ou de graviers rendus avec l'urine, on ne peut guère espérer que l'extraction de la pierre, par l'une ou l'autre méthode, les fera cesser immédiatement, et qu'un organe qui aura produit, pendant des années, des masses de dépôts uriques en excès dans l'urine ne continuera pas à fonctionner de la même manière après l'opéra- tion. Aussi n'est-il pas rare que des malades soient opérés plusieurs fois, même à de courts intervalles, et le nombre en serait plus grand encore si les opérés ne finissaient pas par succomber. » La reproduction des pierres d'oxalate calcaire est rare, et je n'en ai pas observé pour ceux de cystine. » 2 Ce sont les concrétions de phosphate calcaire et ammoniaco-ma- gnésien qui se reproduisent le plus fréquemment et avec d'autant plus de promptitude qu'il existe des productions morbides dans l'appareil urinaire. » Après une opération de taille ou de lithrotritie et sons l'influence d'un catarrhe vésical qui subsiste, on voit apparaître des masses de dépôts terreux dans l'urine, mais le plus souvent cette matière amorphe s'agglomère dans la vessie et forme en peu de jours des pierres poreuses, grises, sans consis- tance, qu'on détruit avec facilité, mais qui se reproduisent avec la même promptitude. Ces cas sont très-nombreux et présentent un grand intérêt au double point de vue de la pratique de l'art et de la formation des calculs vésicaux. » Du reste, ces reproductions ne sauraient surprendre, puisque le traite- ment chirurgical employé dans ces cas n'a d'action directe que sur la pierre, et que les organesqui la retiennent sont, après l'opération, ce qu'ils étaient avant. » 2 Malades opérés par la cystotomie. — L'un de ces malades, âgé de trois ans et demi, avait une pierre d'acide urique à structure lamellée, très-com- pacte, de 3 centimètres de long, de i | centimètres de large et de i centi- mètres d'épaisseur. La vessie se contractait avec tant de force, que chaque émission d'urine était accompagnée de la chute du rectum et de douleurs tellement vives, que l'existence de l'enfant devenait insupportable. » Cette pierre ne devait pas être attaquée par les procédés de la lithotri- tie : je dirai à l'Académie les motifs qui m'ont déterminé à ne pas céder au vœu des parents qui désiraient que leur fils fût opéré par la nouvelle méthode. » L'art de broyer la pierre n'est pas appliqué aux enfants d'une manière ]6.. ( "4 ) aussi générale qu'aux autres époques de la vie. J'ai fait connaître ailleurs les causes de cette différence ( Traité de la Lithrotritie). Je noterai les trois principales : » i° Avec le petit instrument dont il faut se servir chez les enfants, on ne peut morceler qu'une très-petite quantité de pierre à chaque séance, ce qui prolonge la durée du traitement. » 2 Lorsque la vessie est inerte, les fragments calculeux ne sont pas expulsés, il faut les extraire par les procédés de l'art; le petit diamètre du canal rend cette manœuvre longue et difficile. » 3° L'urètre de l'homme n'est pas également large et dilatable dans toute sa longueur. Chez les enfants en particulier, le col de la vessie et la partie profonde de l'urètre peuvent se dilater considérablement et admet- tre des calculs entiers ou fragmentés qui seront arrêtés dans le canal, ce qui constitue un accident grave par ses effets immédiats et surtout parce qu'il devient la source des plus grands désordres. » Il est prescrit de n'appliquer la lithotritie aux enfants très-jeunes, c'est- à-dire de deux à sept ans, que lorsque la pierre peut être détruite en une ou deux séances; à ces conditions la méthode réussit parfaitement, tandis que cherchera détruire une grosse pierre dans ces circonstances, c'est s'ex- poser aux plus graves mécomptes; la question capitale est de savoir où il faut s'arrêter dans l'application de la nouvelle méthode. Cette question a paru embarrasser quelques chirurgiens; cependant elle peut être résolue avec autant de facilité que de certitude, il suffit de suivre les préceptes de l'art. » Lorsqu'un enfant soupçonné calculeux se présente, le chirurgien reconnaît la pierre. Afin d'en déterminer le volume et la configuration, il remplace la sonde par un lithoclaste avec lequel il s'assure en même temps que la vessie n'en contient pas d'autres. » Si le calcul est petit, il l'écrase sans désemparer, puis il saisit les éclats et les brise jusqu'à ce qu'ils soient réduits en poudre. Le lendemain, avec le même instrument il s'assure que la vessie est entièrement débarrassée, et ce qui ne devait être qu'un complément d'exploration préalable devient une opération définitive. Le malade est guéri. Je rappellerai un cas remar- quable. » Chez un petit malade, la cystotomie m'avait paru indiquée; les mé- decins consultants et la famille paraissaient la désirer. Tout était prépare pour l'opération ; en introduisant le cathéter, je trouvai la pierre au col de la vessie. Je quittai le cathéter pour prendre un petit lithoclaste; la pierre, I 125 ) repoussée dans la cavité vésicale, fut saisie et brisée instantanément; la gué- rison fut immédiate. On connaît divers cas semblables. » La pierre saisie par le lithoclaste est-elle assez volumineuse pour exiger un long traitement et un grand nombre d'opérations? au lieu de l'attaquer et de cherchera la morceler, on la lâche, on retire l'instrument et l'on pro- cède à la taille immédiatement, ce qui est préférable, ou le jour suivant, mais sans différer davantage. » Six des malades taillés avaient de grosses pierres dont l'extraction aurait présenté de grandes difficultés sans un appareil particulier dont j'in- diquais l'emploi à l'Académie dans mon dernier compte rendu, et qui m'a été très-utile dans ces circonstances. » 3° Combinaison de la taille et de la lithotritie. — Trois malades ont été opérés par un procédé qui consiste à ouvrir la partie membraneuse de l'urètre par une incision périnéale, et à porter par cette voie et le col vésical non divisé les instruments propres à pulvériser les pierres vésicales et en faite l'extraction en une séance. » Le principal élément de succès de cette méthode est dans la dilatabi- lité du col de la vessie et de la partie profonde de l'urètre, très-commune chez les jeunes malades. Cette disposition, nuisible à la lithotritie en ce qu'elle favorise l'arrêt des fragments dans le canal, facilite l'extraction delà pierre dans la cystotomie. Elle fait la base de la combinaison que je viens d'indiquer et qui n'est pas nouvelle. En i8u8, j'en débattais les avantages contre Dupuytren, qui la repoussait. (Voir ma IV Lettre et mon Traité de Lithotritie, p. 456 et suiv.) » Depuis cette époque, je l'ai souvent employée chez les enfants calcu- leux et dans les cas de contractivité exagérée de la vessie, et j'ai eu de beaux résultats (i). » 4° Malades citez lesquels le traitement a été ajourné ou jugé impossible. — Ces cas, au nombre de onze, forment plusieurs catégories : » Deux hommes, épuisés par l'âge et les souffrances, étaient arrivés au plus haut degré de dépérissement. L'art ne pouvait intervenir que par l'emploi de quelques moyens propres à rendre plus supportables les der- niers moments de la vie. (i) En réunissant ces faits cliniques, les chirurgiens reconnaîtront peut-être l'utilité de porter leurs regards en arrière et de s'assurer si le procédé de taille des anciens, connu sous le nom de petit appareil, avec les nouvelles ressources de l'art pour morceler les grosses pierres, ne réussirait pas plus sûrement que la méthode actuellement en usage. ( '*6 ) » Un autre, déjà indiqué dans les précédents comptes rendus, continue de vivre avec une grosse pierre et des lésions organiques dans la vessie. La lithotritie est impossible. Je détourne ce malade, dont l'existence est très-supportable, de recourir à la taille; la réussite diminuerait peu ses souffrances, et elle pourrait causer la mort. 1 >> Un quatrième porte depuis longues années une grosse pierre qui cause aussi peu de douleur. Les fonctions en général sont à peine troublées, grâce aux précautions qui sont prescrites et rigoureusement observées. n II n'est pas absolument rare de voir des calculeux dont les organes s'habituent, pour ainsi dire, au contact de la pierre, surtout lorsqu'elle se développe très-lentement. Souvent alors il n'y a ni catarrhe vésical, ni trouble dans la miction. Il ne faut pas perdre ces malades de vue; une opération peut devenir nécessaire au moment où on s'y attend le moins, mais il serait au moins imprudent de troubler par anticipation le calme dont ils jouissent. » J'ai ajourné le traitement pour la pierre chez deux malades attaqués en même temps, l'un d'une lésion grave des téguments, l'autre de désordres dans les fonctions rénales. » Dans cinq cas ce sont les malades eux-mêmes qui ont voulu différer l'opération en disant qu'ils ne souffrent pas assez pour s'y soumettre. » Deux d'entre eux cherchent même à se persuader qu'ils n'ont pas la pierre, et ils attribuent à des causes sans portée les dérangements qu'ils éprouvent. Jamais la peur ne fut une conseillère plus perfide. » A l'égard de la lithotritie, on ne saurait trop se hâter de recourir à l'opération. * Tout retard aggrave la position du malade, augmente les difficultés et les douleurs de la manœuvre, diminue les chances de succès et prolonge la vie de souffrances à laquelle les hommes se condamnent en gardant leur pierre. » NOMINATIONS L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination d'une Com- mission de cinq Membres pour l'examen des pièces admises au concours pour le prix de Statistique de 1 863. MM. Bienaymé, Dupin, Mathieu, Passy, Boussingault, réunissent la ma- jorité des suffrages. L'Académie procède ensuite, également par la voie du scrutin, à la nomi- ( I2 7 ) nation d'un Membre de la Commission centrale administrative, en rempla- cement de M. Poncelet, démissionnaire. M. Chasles obtient la majorité des suffrages. L'Académie procède enfin, encore par la voie du scrutin, au choix du Membre qui devra la représenter dans la Commission mixte chargée de décerner le prix de la fondation L. Fould (Histoire des arts du dessin avant le siècle de Periclès). M. Cloquet obtient la majorité des suffrages. MÉMOIRES PRÉSENTES. M. Pouillet présente, au nom de M. Dulos, une Note sur de nouveaux procédés de gravure en creux et en relief, de l'invention de cet artiste, et met sous les yeux de l'Académie divers spécimens des planches obtenues par ces procédés, et des épreuves qu'on en a tirées. Cette Note, trop étendue pour pouvoir être reproduite intégralement au Compte rendu, et qui doit être d'ailleurs l'objet d'un prochain Rapport, est renvoyée à l'examen d'une Commission composée de MM. Pouillet, Fremy et Fizeau. M. Floukens présente, au nom de M. Husson, pharmacien à Toul, une Note sur la quantité d'air indispensable à ta respiration durant le sommeil. L'auteur, déjà connu de l'Académie par un travail sur les lois de la population dans la ville et l'arrondissement de Toul, travail qui avait été l'objet d'une mention honorable au concours pour le prix de Statistique de 1860, a été conduit, eu poursuivant ses recherches sur ce sujet, à s'oc- cuper de la question qui fait l'objet d'une Note de M. Delbruck, imprimée au Compte rendu delà séance du i5 décembre 1862. Après avoir examiné au point de vue théorique la proposition avancée par l'auteur, que l'homme et les animaux auraient besoin pour la respiration d'une moindre quantité d'air pendant le sommeil que pendant la veille, M. Husson passe aux faits qui ont été allégués à l'appui de cette assertion, et qui lui semblent mal interprétés. « Si la plupart des animaux, dit-il, si le lion même, au moment du som- meil, cherchent des endroits retirés, est-ce réellement pour se priver d'air le plus qu'ils peuvent, ou n'imitent-iis pas en cela la prudence de l'homme ( i*8 ) qui, avant de se coucher, ferme sa porte à la clef? Et si le militaire en cam- pagne, couché à la belle étoile, se couvre la tête, n'est-ce pas, avant tout, pour se garantir du froid? Cela est si vrai, que le moissonneur et le faneur, pour le moment de la sieste, recherchent seulement l'ombre et ne songent pas à se cacher le visage, si ce n'est parfois pour se préserver des insectes. D'autre part, il faut bien le reconnaître, même à l'état de veille, l'homme éprouve, en diverses circonstances, le besoin de se garantir la figure. Le cache-nez n'en est-il pas une preuve? » On a cité encore l'exemple de l'écolier qui se met la télé sous le drap pour s'endormir. Mais cette habitude est si peu dans les besoins de la nature, qu'on la rencontre seulement chez un petit nombre d'enfants et que, presque toujours, celui-là même qui la contracte se découvre instinctive- ment pendant son sommeil et ne tarde pas à la perdre dès que l'âge de la crainte se passe. C'est dans tous les cas une habitude malsaine cpie les surveillants doivent s'attacher à faire perdre aux écoliers. » Il est bien vrai qu'on peut rester momentanément dans un milieu quelque peu vicié; mais on n'y séjournerait pas constamment sans préju- dice pour la santé. » Quant à l'oiseau, qui dort la tète cachée sous le fin duvet de ses ailes, n'a-t-il pas le bec placé de telle sorte que l'air puisse facilement péné- trer?... » (Commissaires, MM. Payen, Longet.) PHYSIQUE. — Sur le rapport de l'intensité du courant inducteur au courant induit; par M. A. Lallemand. (Extrait par l'auteur.) (Commissaires, MM. Becquerel, Pouillet.) « En mesurant le courant induit par l'impulsion initiale qu'il commu- nique au barreau d'un galvanomètre de Weber, j'établis par des expé- riences directes la constance du rapport de l'intensité de l'inducteur à la quantité d'électricité induite, quelle que soit la force électromotrice de la pile et la longueur totale du circuit inducteur. Je vérifie de la même manière que la quantité d'électricité induite est proportionnelle à la conductibilité du fil induit et indépendante de l'induction exercée simulta- nément par l'inducteur sur un circuit ou une masse métallique voisins. En comparant ces résultats à ceux obtenus avec la balance électro-dyna- mique en faisant agir les courants induits par répulsion sur eux-mêmes, j'arrive à cette conclusion : que la durée de l'état variable du courant ( I2 9 ) inducteur dépend du rapport de la longueur de la partie du fil induc- teur qui agit directement sur le fil induit, à la longueur totale du circuit inducteur, et varie dans le même sens ; que celte durée, toutes choses égales d'ailleurs , est d'autant plus courte que le fil induit est plus mauvais conducteur; enfin, que l'influence mutuelle des deux circuits voisins sou- mis à la même action inductrice n'a d'autre effet que d'augmenter la durée et de diminuer l'intensité des courants induits simultanément, sans altérer en aucune manière la quantité d'électricité induite dans chacun d'eux. » chimie. — Action de la potasse alcoolique sur le toluène bichloré et sur le toluène trichloré; par M. A. Naquet. (Présenté par M. Balard.) « M. Cannizzaro a ohservé que sous l'influence d'une solution alcoo- lique de potasse le toluène monochloré se convertit en éther éthyl-benzéthy- iique H5 t)(i). Il m'a paru intéressant d'étudier l'action du même réactif sur le toluène bichloré, et sur le toluène trichloré que j'ai fait connaître il y a quelques mois. » Action de la potasse alcoolique sur le toluène bichloré. — M. Wicke a obtenu une combinaison d'oxyde d'éthyle et d'aldéhyde benzoique, G 7 H C Ô£*H 1O 0, analogue à l'acétal, en traitant le chlorobenzol par l'éthy- late de soude. Il a annoncé en même temps qu'en substituant à l'éthylate de soude une solution de potasse dans l'alcool, il se produit de l'aldéhyde ben- zoique. Plus tard M. Beilstein démontra que le toluène bichloré est iden- tique au chlorobenzol; néanmoins, en le chauffant avec une solution alcoo- lique de potasse, il n'obtint aucune trace d'hydrure de benzoïle; du reste il n'étudia pas les produits formés. » Ayant repris cette étude, j'ai chauffé à 1 5o°, pendant plusieurs jours, du toluène bichloré avec une solution alcoolique de potasse, dans des tubes scellés à la lampe. A l'ouverture des tubes il ne s'est pas dégagé de gaz; le liquide a été évaporé au bain-marie, afin de chasser l'alcool, et le résidu a été repris par l'eau. Il s'est formé à la surface une couche d'un liquide hui- leux que l'on a séparée à l'aide d'un entonnoir. •> Comme au moyeu de la distillation fractionnée on ne prive jamais en- (i) G=i 2 , Ô=i6, H=i. C. R., i863, I er Semestre. (T. LVI, N° 3.) l 7 ( >3o ) fièrement le toluène bichloré de toluène monochloré, ce liquide huileux contenait une faible quantité de l'étber éthyl-benzéthylique de M. Can- nizzaro, et par cette raison il a été nécessaire de le soumettre à la distillation fractionnée. » La portion de liquide passant entre 21 5° et 225° a donné à l'analyse les nombres G — 62,76, H — 6,25, qui sont fort rapprochés de ceux qu'exige la formule € 8 H"C1Q. Cependant, comme ils ne sont point encore suffisamment près de ceux qu'exige la théorie, le liquide a été fractionné de nouveau. L'analyse de ce qui a passé entre 218 et 222 a donné G — 62, 53, H — 6,06, qui, relative- ment au carbone, sont plus éloignés encore que les précédents, des nombres théoriques. » Le liquide, ayant été fractionné une troisième fois, a fini, après quel- ques distillations, par passer presque en totalité de 21 5° à 220 ; il a donné alors à l'analyse des nombres qui correspondent exactement à ceux qu'exige la formule G 9 H"C10, G 9 H"C1© G 63,38 63,34 H 5,86 6,04 Cl 20,77 20,82 La formation de ce corps peut être exprimée par l'équation suivante: Alcool. Hydrate de Chlorure de Eau. potasse potassium. Ce composé est limpide, il a une odeur suave, il bout sans décomposition entre qi5° et 220 , avec un point d'arrêt vers 21 8°. Sa densité à i4° a été trouvée égale à 1,121. Il parait, d'après la formule, analogue à la chloro- éthyline de l'aldéhyde ordinaire, que MM. Wurtz et Frapoli ont obtenue en faisant passer un courant d'acide chlorhydrique dans un mélange d'aldé- hyde et d'alcool absolu. Néanmoins je nemeprononce pas surce pointavant d'avoir étudié à fond les propriétés du chlorure que je décris en ce moment. » Action de la potasse alcoolique sur le toluène trichloré. — On a enfermé dans des tubes scellés à la lampe un mélange d'une solution alcoolique de potasse et de toluène trichloré. Ce mélange a été chauffé pendant quelques ( i3i ) heures à la température de ioo°; puis les tubes ayant été ouverls, on a dis- tillé au bain-marie pour chasser l'alcool, et l'on a repris par l'eau. Il s'est séparé une petite couche huileuse formée du corps précédent ; elle provenait de la petite quantité de toluène bichloré, dont par la distillation fractionnée on n'avait pu priver entièrement le toluène trichloré. On a recueilli la solu- tion aqueuse, et, après l'avoir filtrée, on l'a traitée par l'acide chlorhydrique; il s'est formé un précipité blanc, soluble dansl'éther. " Ce composé, séparé de sa solution éthérée, présente des propriétés acides, son odeur est celle de l'acide benzoïque, son sel de chaux cristallise en aiguilles qui, vues au microscope, paraissent identiques à celles que donne le benzoate de chaux. Ces cristaux s'éloignent d'ailleurs beaucoup de ceux que fournit le salylate de chaux de MM. Kolbe et Lautemann, comme M. Lautemann lui-même a bien voulu s'en assurer. » Cet acide a été dissous dans l'alcool, et la solution a été soumise à l'ac- tion d'un courant d'acide chlorhydrique; eu précipitant ensuite par l'eau, on a pu séparer un liquide, qui a passé à la distillation entre 210 et i\i°. Ce liquide a donné à l'analyse les nombres suivants : I. il. Théorie. C • 7i,58. . . : . . 71,74 72,00 H 6,74 7,1 1 6,66 qui conduisent à la formule C 9 H 10 O ! du benzoate d ethyle. La transfor- mation du toluène trichloré en benzoate de potasse peut être exprimée par l'équation suivante : € 7 H 5 C1 3 Cette réaction est analogue à celle par laquelle on convertit le chloroforme en formiate de potasse; elle rend probable l'identité du toluène trichloré avec le corps obtenu par MM. Schiscbkof et Rosing, par l'action du per- chlorure de phosphore sur le chlorure de benzoïle. » Les recherches exposées ci-dessus, ainsi que celles qui ont fait l'objet de ma précédente communication, ont été faites dans le laboratoire de M. Wurtz, dont les conseils éclairés ne m'ont jamais fait défaut. » Cette Note et celle que l'auteur avait précédemment présentée sont ren- voyées à l'examen d'une Commission composée de MM. Pelouze et Balard. 17.. ( i3a ) CHIMIE APPLIQUÉE. -- Mémoire sur un procédé d'extraction du sucre de betteraves; par M. L. Kessler. (Présenté par M. balard., (Commissaires, MM. Chevreul, Payen, Balarcl.) « Les modifications que je propose dans le traitement de la betterave, en vue de l'extraction du sucre, s'adressent à trois parties de la fabri- cation : » i° A l'extraction du jus, pour laquelle j'emploie de préférence ie de- placement par l'eau; » 2° A la défécation, que j'effectue avec la magnésie, en la faisant suivre ou non d'une deuxième défécation avec un excès de chaux; » 3° A la séparation de l'excès de chaux par un filtre gras. o I. Extraction du jus. — Les presses dont on faitusage maintenant donnent environ 82 parties de jus et 1 8 de pulpes ou d'absorption par lessacs pour 1 00 de betteraves. Par une pratique généralement suivie, ce rendement de jus est porté à 85 parties lorsqu'on arrose la râpe avec de l'eau, de manière, à en ajouter environ \. On a alors pour 100 kilogrammes de betteraves 106 kilogrammes de jus, contenant 21 kilogrammes d'eau par consé- quent. » Je crois avantageux de substituer à l'emploi des presses celui des tables de déplacement, telles que je les établis depuis dans les distilleries de mou système. On râpe fin la betterave lavée; on en débat la pulpe pour la rendre homogène, et on l'étend à l'épaisseur de o m ,io à o m ,i5 sur une sorte de grand filtre à fleur de terre. » Lorsqu'on arrose cette couche de pulpe avec de l'eau pure, on en re- tire d'abord pour 100 kilogrammes : 110 kilogrammes de jus forts, conte- nant ^ d'eau, soit 22 kilogrammes, et 88 kilogrammes de jus pur ; ensuite viennent des jus faibles i°oui° ! , dudensimètre, qui contiennent à ^-pour 100 près tout le jus restant. Ces jus faibles peuvent être distillés; mais lorsqu'on les utilise pour le commencement de l'arrosage d'une table voisine, on pousse le rendement des jus forts à ii5ou 1 16 kilogrammes d'un mélange de 4 d'eau et de | de jus pur, représentant par conséquent ?>■?. à 34 kilo- grammes de ce dernier. Or, la betterave ne renfermant que 35 pour 100 de jus, on peut négliger le peu de jus faibles qui viennent en travail courant et s'en servir simplement pour laver les filtres et les appareils de l'usine. Les tables coûtent d'installation environ le dixième des presses, n'exigent ni iorce motrice, ni transmission de mouvement; leur manutention emploie ( «33 ) six ou sept fois moins de bras. On peut, en distillant les jus faibles, consa- crer à l'extraction du sucre plus des trois quarts du jus à peu près sans eau. J'ajouterai que ce procédé a fait aujourd'hui ses preuves entre les mains des agriculteurs. » II. Défécation à la magnésie. — On connaît les inconvénients de la dé- fécation à la chaux. Elle est souvent impraticable, sans qu'on en sache la raison, sur des betteraves venues dans des conditions en apparence excel- lentes. Toujours elle est délicate, car la dose de chaux convenable est com- prise dans une limite très-étroite en deçà et au delà de laquelle se trouve éga- lement l'insuccès. Cette dose varie avec chaque sorte de betterave et avec chaque saison. Elle varie même avec le degré d'acidité du jus qui change, ainsi que je l'ai souvent constaté, avec la durée et l'étendue du contact de l'air. D'ailleurs la même dose de chaux qui convient produit deseilets tout différents, suivant qu'on l'ajoute en une seule ou en plusieurs portions, et qu'on l'introduit à des températures plus ou moins élevées. A l'ébullition, presque toutes les défécations, même réussies avant qu'on y arrive, se dété- riorent, et l'écume devient grasse. Enfin la chaux redissout par son excès, d'ailleurs nécessaire, certains principes colorables ultérieurement qui ont toujours obligé à compléter son action détergente par l'intervention du noir animal. » Ea magnésie, an contraire, présente toutes les qualités qui manquent à la chaux pour l'acte de la défécation. Assez alcaline pour transformer la pectine en pectates, elle laisse cependant le jus presque neutre, en raison de son insolubilité et de son inaptitude à se combiner au sucre. Elle entraine sans les redissoudre les matières colorantes, et son excès ne nuit jamais. Aussi le jus déféqué avec son secours est-il beaucoup plus dépouillé qu'avec la chaux, et dès lors, ne se colorant plus pendant le traitement ultérieur, il n'oblige plus à l'emploi du noir animal. •> Nous n'avons eu encore le temps d'examiner, ni si cette base entraîne à l'état de phosphate ainmoniaco-niagnésique tout le phosphore ou toute l'ammoniaque, ni si, suivant les idées émises par M. Paul Thenard, l'inalté- rabilité de la liqueur est due à l'absence des phosphates alcalins. » On prend i \ pour ioo du poids de la betterave, ce qui représente entre 5 et 10 pour ioo de ce même poids à l'état pâteux. On la délaye dans une partie du jus, et on ajoute à froid au reste environ un quart de ce mélange, afin de le neutraliser. On chauffe et l'on procède à la défécation comme d'ordinaire, seulement on a soin de ne mettre toute la magnésie que par ( '34 ) portions espacées à quelques minutes d'intervalles, à la température de 8o° à o,5°, c'est-à-dire avant l'ébullition. On soutire le jus après un repos de dix à quinze minutes. Les écumes sont sèches et serrées, on les fait égoutter et on les exprime facilement. Au sortir de la chaudière, le jus doit être peu coloré, limpide et jaune-verdâtre clair, sinon on doit ajouter plus de ma- gnésie. On évapore la liqueur à feu nu, à la vapeur ou dans le vide, jusque vers a5° du densimètre; on passe au débourbeur, ou bien on laisse déposer et l'on procède à la cuite, à la cristallisation, à la purge, etc., comme d'ha- bitude. Le sirop contient très-peu de magnésie, et son goût n'en est pas affecté. » Cependant, je conseille de faire suivre cette première défécation à la magnésie d'une seconde à la chaux. La dose convenable est d'environ i cen- tième en poids d'un lait de chaux à i5°du densimètre. Je dois faire observer ici que l'alcalinité du jus n'est nullement une preuve que la chaux a épuisé son action précipitante, et cette alcalinité cependant est due à celte base et non à l'ammoniaque, attendu qu'elle persiste jusqu'à la fin de l'évaporation, et que la liqueur continue à précipiter par CO 2 . » Le dépôt provenant de cette seconde défécation est peu volumineux ; on l'emploie à saturer à froid le jus destiné à la première défécation. » III. Saturation de la chaux. — Si l'on a opéré par la double défécation que je viens de décrire, on évapore également le jus jusque vers 20 ou 2 5° ; puis, avant de procédera la cuite, on enlève l'excès de chaux qui, très-utile pendant l'évaporation pour prévenir la transformation du sucre en mélasse, nuirait à l'ébullition et à la cristallisation du sirop concentré. >> Les acides gras ont été proposés avant moi pour enlever la chaux; mais la difficulté de leur emploi les a toujours tenus écartés de la pratique. On réussit admirablement cependant avec eux par le moyen suivant : » A de la poudre grossière d'un corps résistant aux acides, comme le coke ou le grès naturel, on ajoute à sec et à froid :5 pour 100 en poids environ d'acide oléique. On charge de ce mélange un filtre et l'on passe dessus le jus calcaire. Il se forme un oléate de chaux insoluble qui ne quitte pas la poudre, et l'on observe que le sirop, qui, en entrant, rougissait le papier de curcuma, le laisse jaune à la sortie. » Lorsque le même réactif indique la présence de la chaux dans le jus filtré, on révivifie facilement le filtre avec un peu d'acide chlorhydrique. Il se forme du chlorure de calcium soluble, et l'acide gras n'ahandonne pas la poudre. Si le filtre s'obstrue par des dépôts étrangers, on le remplit ( '35) d'eau, et, en mettant la partie supérieure de son contenu (c'est la seule qui s'embourbe) en suspension, puis décantant la boue, on le dégorge avec rapidité. » L'usage de cet appareil, plus utile encore pour les sucreries qui con- tinueront à employer la chaux seule, remplace avantageusement la satura- tion par l'acide carbonique. Il permet de pousser très-loin l'évaporation des sirops en les maintenant très-alcalins, condition très-favorable à la con- servation du sucre, parce qu'elle permet ensuite, du même coup, de clarifier la liqueur et de séparer la chaux. On ne jouissait de cette facilité, ni avec l'emploi du noir animal, dont l'affinité pour la chaux déjà peu active est paralysée par la concentration des sirops, ni avec celui de l'acide carbonique, dont le précipité les eût empâtés. » Après le passage au filtre gras, le sirop reprend une saveur franche- ment sucrée. Le faible goût huileux qu'il emporte disparaît à la première ébullition. Il peut entrer dans la consommation directe. La cuite et les autres opérations se pratiquent comme d'ordinaire. Le grain se forme par- faitement, le sirop massé est peu coloré en jaune. » La magnésie employée à la défécation devra se retirer des eaux «salées et de l'eau de mer par une simple addition de chaux et un lavage. Les eaux mères des marais salants, après le retrait des sels doubles alcalins par les procédés de M. Balard, ne consistent presque plus qu'en chlorure de ma- gnésium concentré. » Évaporées à sec ou à 45°, elles se transporteront facilement aux sucre- ries. Cette source de magnésie illimitée, la mer, permettra donc ainsi de livrer la magnésie à si bas prix, qu'il ne sera nullement nécessaire de la reprendre aux écumes. » Enfin celles-ci devront sans doute, et sans perte pour les mélasses en raison du phosphate ammoniaco-magnésien qu'elles pourront contenir, rendre à la terre immédiatement les deux agents les plus fertilisants con- tenus dans la plante : le phosphore et l'azote. » M. Ballev, médecin militaire du corps d'occupation à Rome, adresse une Note concernant quelques observations qu'il a eu occasion de faire sur les inconvénients des alliances consanguines, alliances déterminées , dit-il, trop souvent « par la seule crainte de voir passer à des étrangers le bien d'une famille » . De ces observations, au nombre de quatre, l'une tendrait à faire admettre, comme quelques autres faits déjà communiqués à l'Académie, que lesrésul- ( i30 ) tats fâcheux de ces sortes d'alliances peuvent ne se faire sentir qu'à I.i deuxième génération. Du mariage d'un Français et d'une Allemande, tous deux sains de corps et d'esprit, le mari même connu pour un homme fres- intelligenî, naissent quatre enfants : trois garçons, dont le plus jeune est seul dans les conditions normales, le fils aîné étant contrefait, le second sourd- muet; la fille est à demi idiote. Le père était né d'un mariage entre cousins germains. D'un autre mariage entre cousins germains proviennent deux enfants: un garçon frappé en naissant d'alhinisme, et une fille dont l'intelligence ne s'est que très-imparfaitement développée. Dans un troisième mariage entre cousins germains, les premières couches de la mère sont d'enfants mort-nés, les suivantes d'enfants contrefaits ; un seul survit: il est petit, rachitique, et a été sujet presque dès sa naissance a une sorte de chorée. Le quatrième mariage, aussi entre cousins germains, n'a donné que deux enfants chétifs et peu intelligents. Cet^e Note est renvoyée à l'examen de la Commission chargée de s'occu- per des diverses communications concernant les alliances consanguines, Commission qui se compose de MM. Andral, Rayer, Bernard et Bien- aymé. M. Mathieu soumet au jugement de l'Académie un Mémoire sur les fonc- tions elliptiques. (Commissaires, MM. Lamé, Bertrand, Bonnet.) M. Baudin adresse une « Note sur l'échelle densimétrique accolée a l'aréomètre de Beaumé ». (Commissaires, MM. Pouillet, Bienaymé, Bertrand.) CORRESPONDANCE . M. le Ministre d'Etat approuve l'emploi proposé par l'Académie pour une partie des fonds restés disponibles. M. i.e Ministre de l'Instruction annonce qu'il vient de mettre à la disposition de chacun des Membres de l'Académie des Sciences et de ses Cor- respondants un exemplaire des OEiwres de Lavoisier publiées sous les auspices et aux frais de son département. ( i3 7 ) MM. les Membres et Correspondants de l'Académie peuvent dès à présent faire retirer du Dépôt des livres, par une personne munie de leur autori- sation, le 2 e volume qui vient de paraître. Le Dépôt est ouvert les lundis, mercredis et vendredis. M. le Secrétaire perpétuel présente, an nom de M. Chevallier, Membre du Conseil de salubrité, un travail manuscrit portant pour titre: «Statistique des communes composant le canton de Pantin », et deux ouvrages impri- més, concernant : l'un, les désinfectants et leur application à l'hygiène; l'au- tre, les recherches à faire et les réactifs à employer dans les officines de pharmacie, les magasins d'herboristerie, de droguerie, etc. M. Naudix, dont le Mémoire sur les hybrides végétaux a été honoré au concours de 1862 du grand prix des Sciences physiques, adresse ses remer- cîments à l'Académie. M. Barrallier remercie également l'Académie, qui, dans la séance pu- blique du 29 décembre dernier, lui a décerné une récompense pour ses recherches sur le typhus épidémique. L'auteur d'un Mémoire présenté le 10 avril 186a au concours pour le prix Alhumbert, « Question des générations spontanées, » demande que ce Mémoire, qui a été inscrit sous le n° 3, soit admis à concourir pour le prix Cuvier. Réservé pour la future Commission, qui jugera s'il y a lieu à l'admission de cette demande. M. Mayer, de Bonn, l'un des concurrents pour le grand prix des Sciences physiques de 1862 (Anatomie comparée du système nerveux des poissons), prie l'Académie de vouloir bien l'autoriser à reprendre son manuscrit. Quoique, d'après le programme, les concurrents aient seulement le droit de faire prendre copie des pièces présentées par eux, l'Académie ne voit point, pour cette fois, d'inconvénient à permettre à M. Mayer de reprendre l'original de son travail. M. Pastecr, en sa qualité d'Administrateur et Directeur des études scientifiques à l'École Normale, prie l'Académie de vouloir bien coni- C. R., i863, t"Semestie. (T. LVI, N" 5.) '^ ( ;38 ) prendre cette Ecole an nombre des institutions auxquelles elle fait don de ses publications. Il a été constaté par l'inscription portée au livre des distributions qu'une semblable demande a été faite depuis longtemps et accordée, du moins quant aux Mémoires de l'Académie et au Recueil des Savants étrangers. I/École a négligé de faire; retirer les volumes auxquels elle avait droit pai suite delà décision favorable de la Commission administrative. optique — Détermination de la longueur d'onde île la xiie A; /un M. Mascart. (Présenté par M. H. Sainte-Claire Deville.) « J'ai l'honneur de présentera l'Académie le résultat de quelques expé- riences que j'ai faites sur l'application des flammes colorées à la recherche des longueurs d'ondulation. Si l'on compare les longueurs d'ondulation des rayons qui correspondent aux différentes raies du spectre solaire avec les déviations qu'éprouvent les mêmes rayons dans un prisme réfringent, on remarque que ces deux quantités varient en sens contraires, et que le rapport de l'accroissement de longueur d'onde à la diminution de déviation correspondante augmente d'une manière rapide dans la partie la moins rétrangible du spectre. Or, la raie A de l'extrême rouge est difficile à sou- mettre à l'expérience à cause du peu d'éclat de la lumière solaire dans cette région du spectre; on n'en connaît pas la longueur d'onde, et elle ne se trouve pas mentionnée dans la plupart des tables de réfraction pu- bliées jusqu'ici. » Il m'a paru intéressant de déterminer cette longueur d'onde à l'aide d'un réseau, et j'ai employé pour cela non pas la lumière solaire, mais la raie brillante la moins déviée des sels dépotasse, qui coïncide exactement avec la raie A d'après les expériences récentes de M. Kirchhoff. >' Je me suis servi d'un goniomètre de M. Babinet, donnant les 10 se- condes, et d'un réseau de /j centimètres carrés de surface environ, divisé en quarantièmes de millimètre; je comparais la déviation de la raie A à celle de la raie brillante de la soude. Pour obtenir le plus d'éclat possible dans la source lumineuse, j'employai plusieurs procédés, notamment la combus- tion de l'hydrogène chargé de vapeurs de potassium, comme l'ont fait MM. Wolf et Diacon, sur les indications de M. Foucault, et la volatilisation du chlorure de potassium dans le dard du chalumeau à gaz d'éclairage et oxygène. C'est ce dernier moven, imaginé par M. Debray,qui m'a toujours le mieux réussi. Malgré ces précautions, je ne pus encore observer que le ( '3 Ô ) premier spectre, ce qui donnait une assez faible précision aux expériences isolées; mais la moyenne d'un grand nombre de mesures assez concordantes a été d'environ 768 millionièmes de millimètre. » On admettait généralement pour longueur d'onde de la raie A le nombre 7.^0 millionièmes de millimètre que l'on avait déduit de la loi théorique de la dispersion trouvée par M. Cauchy, ou d'une formule d'in- terpolation. Quand la saison sera plus favorable à ces sortes d'expériences, je me propose de déterminer les indices de réfraction de la raie A dans diverses substances, et de voir si la loi de M. Catichy s'accorde suffisam- ment avec l'expérience. » Celte étude m'a conduit encore à une autre observation. Comme j'avais besoin d'une source lumineuse très-intense, j'ai dû songer à la vola- tilisation du potassium entre les deux pôles d'une pile énergique; mais le résultat n'a pas répondu à mon attente. J'ai obtenu un spectre magnifique, plus complexe que ceux qu'on a indiqués jusqu'ici pour le potassium; la raie rouge correspondant à la raie solaire B était très-intense et parfaitement double; mais je cherchai vainement la raie A, et en examinant avec soin. je vis une faible illumination rouge, de part et d'autre d'un espace obscur situé à l'endroit de la raie brillante ; je pus même distinguer un trait brillani entre deux lignes noires, c'est-à-dire que la raie double extrême du potas- sium était renversée. Ce renversement partiel des raies de la potasse ne me parait pas en désaccord avec la théorie de M. Kirchhoff, car il est à remar- quer que la raie qui se renverse est celle qui se produit a la température la plus basse. Le même phénomène a lieu avec le sodium, comme dans l'expérience de M. Fizeau; 'a double raie D est la seule qui se renverse, mais ce renversement présente encore une particularité que tout le monde a pu observer déjà, c'est que la ligne noire renversée peut, dans certaines circonstances, s'élargir d'une manière considérable en conservant toujours des bords très-nets. La méthode qui précède est avantageuse pour déter- miner la longueur d'onde de certaines raies très-brillantes, comme celles de la chaux, de la stronliane, du thallium. Elle m'a fourni l'occasion de re- marquer qu'à haute température le thallium n'est pas monochromatique, comme on l'avait cru. Ce fait n'a d'ailleurs rien d'étonnant quand on songe au grand nombre de raies que donne la soude à haute température. » Ces résultats font partie d'un travail que je poursuis depuis plus d'un an dans les laboratoires de l'École Normale. J'ai déjà publié, dans la Revue des Sociétés savantes, une Note sur les spectres chimiques des métaux alca- lins, afin de me réserver la facilité de continuer ces recherches à loisir. » 18.. ( '4o ) CHIMIE MÉTALLURGIQUE. — Action de [acide sulforicfue sur le plomb; par MM. F. C. Cai/vert ef II. Johxsox. (Présenté par M. Fremy.) « On considère généralement les métaux comme des corps d'autant moins attaqués par les acides qu'ils sont plus purs ; les fabricants font donc tous leurs efforts pour livrer au commerce des métaux de plus en plus épurés. Cette tendance devait surtout se faire sentir dans les fonderies de plomb, puisque, tout en purifiant le plomb et en lui donnant par suite une plus grande valeur commerciale, le fabricant en retire l'argent, qu'il a tout intérêt à enlever le plus complètement possible. » C'est ainsi que les fabricants de produits chimiques ont maintenant à leur disposition et emploient pour la construction de leurs chambres de plomb destinées à la préparation de l'acide sulfurique, des plombs d'une pureté beaucoup plus grande que ceux qui existaient exclusivement dans le commerce il y a une dizaine d'années. » Seulement on aurait dû examiner d'abord si ce fait généralement admis, « que les métaux sont d'autant moins attaquables qu'ils sont plus purs, » est vrai en pratique, quand on prend le cas particulier du plomb, et jus- qu'à ce moment nous ne connaissons aucune expérience faite sur ce sujet. » Nous avons donc pensé qu'il serait intéressant au point de vue scien- tifique, et très-utile au point de vue pratique, d'étudier l'action des agents acides, et plus spécialement celle de l'acide sulfurique, sur quelques-unes des espèces de plomb que l'on trouve dans le commerce, et qui, comme chacun le sait, sont employées en si grande quantité pour construire ou plutôt revêtir les immenses appareils, appelés chambres de plomb, dans lesquels on fabrique l'acide sulfurique. » Nous avons dans ce but institué une série d'expériences dans lesquelles nous avons fait agir de l'acide sulfurique à divers degrés de concentration, à un état de pureté plus ou moins grand, en volumes différents, pendant des temps variables et sous des températures différentes, sur deux espèces de plomb du commerce, en prenant pour types à peu près les deux extrêmes au point de vue de la pureté; l'un, portant le nom de plomb commun (common lead, sheel lead), nous représente le plomb ordinaire; l'autre, appelé plomb vierge ( vircjin lead), est à peu près ce que l'on peut trouver de plus pur dans le commerce, comme le montrent du reste les chiffres sui- vants, qui représentent la composition en centièmes d'un échantillon de ( <4« ) chacun des plombs précédents sur lesquels nous avons opéré : Plomb commun. Plomb vierge. Plomb 98 . 8 1 75 99 . 2060 Étain o . 3955 0.0120 Fer o . 36o4 o . 3246 Cuivre 0.4026 0.4374 Zinc Traces. Traces. 99-97 6 ° 99-9 8o ° » En même temps ayant préparé une assez grande quantité de plomb chi- miquement pur, nous avons répété sur lui et simultanément toutes les expé- riences faites avec les deux expèces commerciales, et, disons-le immédiate- ment, après avoir répété chacune des séries d'expériences trois et quatre fois, nous avons toujours eu des résultats concordants et qui tous nous mènent à cette conclusion opposée à l'opinion préconçue, à savoir : « Que » le plomb, en présence de l'acide sulfurique, dans quelque condition que » l'on se place, est toujours d'autant plus attaqué qu'il est plus pur, >• et cela dans des proportions quelquefois très-grandes du simple au double et même au triple. « C'est ainsi qu'en faisant agir sur une surface de 1 mètre carré de cha- cun des différents plombs, à la température ambiante variant de 18 à 20 , un même volume de 16 litres d'acide sulfurique parfaitement pur et à des densités différentes, on trouve qu'au bout de dix jours les quantités de plomb dissoutes ou plutôt enlevées à l'état de sulfate de plomb sont les sui- vantes : DENSITÉ DE LUCIDE sulfurique employé. PLOMB COMMUN. PLOMB VIERGE. PLOMB PUR. 1,842 66 e Beaumé. r,7o5 60 e Beaumé. I ,600 56 e Beaumé. 1 ,526 5o e Beaumé. 67,70 8,35 5,55 2,17 gr- 134,20 i6,5o •o,34 4,34 g r - 20I ,70 K,,70 [6,20 6,84 » Nos recherches, comme nous l'avons déjà dit, n'ont pas seulement ( '4- ) porté sur l'action de l'acide sulfurique pur et à froid: nous avons voulu varier le plus possible les conditions de nos expériences; c'est pourquoi, après avoir essayé l'acide sulfurique encore pur, mais cette fois sous l'action d'une température de 5o° environ, nous avons employé des acides impurs, ou très-étendus et contenant encore des vapeurs nitreuses, c'est-à-dire de l'acide sulfurique tel qu'il sort des chambres de plomb mêmes, ou bien plus concentrés, ayant déjà subi une première évaporation dans les vases de plomb ouveris, dans lesquels, dans l'industrie, on commence la concentra- tion de cet acide. » Le tableau qui suit indique les résultats que nous avons obtenus dans deux séries d'expériences avec un acide de cette dernière sorte, agissant pendant quinze jours, à une température variant de 4° à 5o°, sous un volume de 16 litres, sur une surface de plomb de i mètre carré. ACIDE PROVENANT DES VASES de plomb dans lesquels on commence sa concen- tration dans l'industrie. PLOMB COMMUN. PLOMB VIERGE. PLOMB PL'K. Quantités de plomb transformées en sulfate. Densité i ,7^ j;r. 1 49,67 II. 5i,gi I. 5o,84 II. 54,75 I. 55,00 II. 57,4. >• Outre la nature de l'acide employé, nous avons fait varier toutes les autres conditions de l'expérience, c'est-à-dire le volume de l'acide, la sur- face de métal soumise à l'action de l'acide. !;. durée de l'action, la tempe- rature, etc., etc., et dans tous les cas nous avons eu des résultats numé- riques indiquant une attaque du plomb d'autant plus grande que celui-ci était plus pur. » l'ATHOLOGir. — Calcul ayant perforé les conduits biliaires et cheminé ù travers les tissu? pour sortir par la réijion ombilicale, sans troubles notables de la santé; extrait d'une Note de M. E. Lecleiu:, de Caen. « Aimée Ch , âgée de soixante-sept ans, ancienne cuisinière, d'un tem- pérament bilieux, au teint ictérique, d'une inaigreur assez prononcée, fru- gale, buvant peu à ses repas, n ayant jamais fait de maladie grave, naturel- lement constipée, et prenant, en conséquence de cette disposition qui lui ( «43 ) cause un malaise incessant, une purgation saline trois ou quatre fois chaque année, éprouve tout à coup, dans le courant de décembre 1 85-^, à l'épi- gastre, une douleur qui s'irradie jusqu'à la région sus-pubienne, à droit» et au-dessous de l'ombilic surtout, et où se développe une tumeur qui, en février 1 858, à pris d'énormes proportions. L'urine est rare, sédimenfeuse et rendue avec difficulté; tout le bas-ventre est tendu, douloureux à la pression. La malade n'éprouve ni fièvre, ni soif extraordinaire. « Au commencement d'avril, la tumeur fait une saillie à son centre; la peau ver» ce point, c'est-à-dire près de l'ombilic, rougit, s'amincit, et le 8 une ponction donne issue à une grande quantité de pus sanieux, d'une féti- dité ayant de l'analogie avec celle de la gangrène. Les urines ne tardent pas à couler normalement avec leur densité ordinaire. Des injections sont faites avec de l'eau chlorurée, puis mélangée de teinture de quinquina, et après un mois environ de pansement tout était rentré dans l'ordre, et la fille Ch.... reprenait ses travaux extérieurs. Elle avait, chez elle, continué à vaquer à ses affaires, quoique de temps en temps elle ressentît quelques élancements au point où s'était ouvert l'abcès, d'où i! s'écoulait par inter- valles une petite quantité de sérosité purulente; mais elle ne s'en préoc- cupait autrement qu'en appliquant un morceau de sparadrap et en faisant des lotions de propreté, sa santé continuant à être ce qu'elle avait été par le passé. » Quatre ans s'étaient ainsi écoulés sans autres circonstances que celles ci-dessus mentionnées, lorsqu'au commencement de janvier 1861 les dou- leurs deviennent plus aiguës; il s'écoule un liquide noirâtre d'une odeur repoussante et plus abondant que les jours précédents. La malade voit elle-même un point noir qui bouche l'ouverture de la fistule; il est dur au toucher; elle s'en préoccupe peu, les douleurs disparaissant aussi instan- tanément qu'elles se font sentir. Cependant une crise violente survient; on me fait mander en toute bâte le a3du même mois; mais, comme j'étais absent, ce n'est que le soirque je me rends chez ma cliente que je trouve calme, reve- nue de la vive commotion physique et surtout morale qu'elle vient d'éprou- ver. On me présente Un corps brunâtre, dur, pesant, ovale, ayant la forme et à peu près la grosseur d'un œuf de pigeon, lequel, deux ou trois heures avant mon arrivée, avait fait saillie «à la région ombilicale, apparaissant, rentrant avec accompagnement de douleurs déchirantes comme dans un enfantement. Une sonde de femme, introduite dans l'ouverture béante, pénètre à droite et en ligne directe à une profondeur de 5 centimètres, ne donnant la sensation d'aucun corps solide. Des injections et un pansement ( '44 ) faits comme la première fois amènent une guérison qui a été complète jus- qu'à ce jour (décembre 1 862 ), et aucune douleur nouvelle ne s'est fait sentir. » Ce calcul, formé sans doute dans la vésicule biliaire, s'était frayé un chemin à travers les parois abdominales jusqu'à l'ombilic; il est vert foncé, chagriné, blanchâtre à son extrémité la plus ovale, laquelle a séjourné plus longtemps dans le pus que la partie la plus allongée et qui s'est pré- sentée la première. Le gros bout offre une dépression qui donnerait à pen- ser qu'il s'est trouvé en contact avec un autre calcul. Rien cependant jus- qu'à ce jour n'est venu justifier cette supposition dans les deux années qui se sont écoulées depuis le moment de l'expulsion. Une pression exercée sur les conduits hépatiques ne décèle la présence d'aucun corps étranger. Pesé, il a donné 18 grammes; mesuré, 9 centimètres de circonférence, et l\ cen- timètres et demi d'une extrémité à l'autre. Facilement coupé, il offre toute l'apparence et la consistance de la cholestérine ; une tranche, mise en con- tact avec une lumière, s'enflamme et brûle comme de la bougie. » M. d'OEfels adresse de Wildberg, près d'Uffenheim (Bavière), une Note écrite en français et relative à Yincabation artificielle des poulets; il y indique en particulier un moyen qu'il a imaginé pour conserver les œufs destinés à l'incubation. M. de Quatrefages est invité à prendre connaissance de cette Note et à faire savoir à l'Académie si elle est de nature à devenir l'objet d'un Rapport. La séance est levée à 5 heures un quart. F. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. L'Académie a reçu dans la séance du 19 janvier i8ô3 les ouvrages dont voici les titres : Clinique chirurgicale; par J.-G. MAISONNEUVE ; t. I er . Paris, i863; vol. 111-8 . Des eaux publiques et de leurs applications aux besoins des grandes vides, des communes et des habitations rurales, etc.; par G. GRIMAUD DE Caux. Paris, 186 3; vol. in-8°. Traité des désinfectants sous le rapport de l'hygiène publique, par M. A. CHE- VALLIER. Paris, 186a ; vol. in-8°. ( >45) L' Année scientifique et industrielle; par Louis Figuier ; 7 e année. Paris, 1 863 ; vol. in- 12. Les petites Chroniques de la science; par S Henry BEKTHOUD. i e année. Paris, j 863 ; vol. in-12. Ces divers ouvrages sont présentés, au nom des auteurs, par M. Flourc'ns. Etude sur la prophylaxie administrative de la rage; par M. le D r Max Ver- nois. Paris, i863 ; in-8°. Note sur des pièces de monnaie en argent trouvées à Authon [Loir-et-Cher); par M. Jules Chautard. ( Extrait du Bulletin de la Société Archéologique du Vendômois.) Vendôme, demi-feuille in-8°, avec 2 planches. Mémoire historique et scientifique sur le parement de l'isthme de Corinthe, présenté au gouvernement grec par MM. Alex Bouvaret, A.-N. Costy et L.-F. Lyghounes. Athènes, 1862; hr. in-8°. Dictionnaire français illustré et Encyclopédie universelle; livraisons 1/49 à i5ï. ; in-4°. Alcune... Note sur quelques formules qui s'obtiennent d'une intégrale définie relative à l'électrostatique; par le prof. Paolo VOLPiCELLl. Rome, 1862; 2 feuilles in-4°. Cenno... Essai biographique sur l'illustre J.-B. Biot ; par le même. (Extrait des Actes de l'Académie pontificale des Nuovi Lincei ; 1 5 e année, 2 mars 18G2.) Demi-feuille in-4°- PUBLICATIONS PERIODIQUES REÇUES PAR l'aCADEMIE PENDANT LE MOIS DE DÉCEMBRE 1862. Comptes rendus hebdomadaires des séances de l' Académie des Sciences; 2 e se- mestre 1862, n os 22 à 26 ; in-4°. Annales de Chimie et de Physique; par MM. Chevreul, Dumas, Pelouze, BOUSSINGAULT, Regnault, DE SenarmONT ; avec une Bévue des travaux de Chimie et de Physique publiés à l'étranger, par MM. Wurtz et Verdet ; 3 e série, t. LXVI, décembre 1862; in-8°. Annales de P Agriculture française ; t. XX, n° ro; in-8°. Annales de la Soiété des Sciences industrielles de Lyon, 1862; n os 5 et 6; in-8°. Annales de la Société d'hydrologie médicale de Paris; comptes rendus des séances; t. IX, i re et a" livraison; in-8°. C. R., i8C3, 1" Semestre. (T. LVI, N° ô ) '9 [46.1 Annales télégraphiques ; t. V ; septembre et octobre 1862; in-8°. Annuaire de la Société météorologique de France; t. X, feuilles 5 à 12; in-8°. Atti délia Società italiana di Scienze naturali; vo!. IV, fasc. 3 (f. 10 à 17 ; Milan, 1862; in-8°. Bulletin de l'Académie impériale de Médecine; t. XXVI II, n os 3, 4, 5 et 6; in-8°. Bullettino... Bulletin météorologique de /' Observatoire du Collège romain . n° 2 1 ; in-4°. Bulletin de la Société géologique de France; 2 e série, t. XIX f. 46-58), in-8°. Bulletin de l'Académie royale de Médecine de Belgique ; t. V, n° 8; in-8°. Bulletin de la Société d' Encouragement pour [industrie nationale, rédigé par MM. Combes et Peligot; t. IX, octobre 1862; in-4°. Bulletin de la Société de Géographie ; 5 e série, t. III; novembre 1862; in-8". Bibliothèque universelle et Revue suisse; t. XV, n° 5o,; in-8°. Bulletin de la Société française de. Photographie; 8 e année, novembre 1862 ; in-8°. Bulletin de l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux- Arts de Belgique; t. XIV, n° 11; in-8°. Bulletin de la Société académique d'Agriculture, Belles-Lettres, Sciences 56 ) relisez les Comptes rendus de la séance du 2j septembre i854, et vous verrez comme il s'exprime à ce sujet sans hésitation, sans réticence et avec quelle profusion de détails. Aujourd'hui il lui convient de dire que je n'ai pris nul souci du niveau, et que cette omission réellement incroyable a arrêté l'im- pression du travail. En i85/J, au contraire, M. Le Verrier disait à l'Académie : » Cette variation diurne (celle du niveau), qui a été insensible pendant » la première série des observations faites à Greenwich, s'est au contraire » manifestée pendant la seconde série. Hâtons-nous d'ajouter que le résultat » de la longitude n'en a été nullement affecté, attendu le soin qu'on a eu de déter- » miner très-fréquemment la situation de taxe, comme la valeur des autres er- » feurs instrumentales. » » Et cette phrase n'est pas la seule : tout indique dans la publication de 1 854 une confiance absolue dans les résultats. Si, lundi dernier, M. Le Verrier a dit à ma grande stupéfaction : ■> L'astronome qui entend ainsi la détermina- » lion des longitudes est M. Faye, » M. Le Verrier au contraire s'exprimait ainsi neuf ans auparavant, dans cette même enceinte : « dprès avoir dit avec » quel soin la nouvelle détermination a été traitée à l'Observatoire de Paris, et il >• en a étéde même à Greenwich, j'arrive à la comparaison du résultat avec » les données antérieures. » » Mais qu'ai-je besoin de tant de citations? Ne suffit-il pas de rappeler la déclaration du début : « Le soin avec lequel ont été éliminées toutes les erreurs » constantes est sans doute ce qui distingue la détei minai ion actuelle de celles qui » l'ont précédée. » » Que faut-il croire, des assertions d'aujourd'hui ou de celles de 1 854 ■ » Maintenant, quoique j'aie livré en i854 tous mes papiers à M. Le Ver- rier, je vais donner une explication personnelle sur la part que j'ai eu le malheur de prendre à cette entreprise scientifique qui forme désormais un digne pendant à l'histoire de toutes les autres expéditions dirigées par M. Le Verrier. La méthode qui avait été prescrite par l'astronome anglais était excellente : on y retrouvait toutes les précautions, toutes les garanties que la science pouvait suggérer à un astronome qui est en même temps un grand physicien. Le seul reproche qu'on puisse lui faire, c'est d'imposer à l'observateur chargé de l'observation des étoiles et des signaux une con- tention d'esprit considérable, et c'est aussi là le seul motif qui m'avait fait imaginer, en j 854, 'a simplification dont j'ai parlé l'an dernier à l'Acadé- mie. Il fallait saisir les mouvements de l'aiguille à leur début même; or cette aiguille était souvent agitée par des courants accidentels, d'origine atmo- ( "5 7 ) sphérique, presque aussi forts, plus forts même parfois, s'il m'en souvient bien, que les courants envoyés de Greenwich ou de Paris. J'avais la satis- faction de sentir que j'y réussissais. C'est par Londres que j'ai commencé. Là je faisais chaque soir toutes les observations de signaux et d'étoiles : quant aux erreurs instrumentales, je n'ai jamais eu à m'en occuper. Ces erreurs d'azimut, de collimation et d'inclinaison étaient déterminées par des personnes étrangères à l'opération. La seule chose qui fût de l'essence même de la méthode, c'était que les signaux et les étoiles fussent ob- servés par le même observateur. Cette division du travail se retrouvait d'ailleurs dans toutes les parties de l'opération. Ainsi les observateurs ne devaient faire aucun calcul : je livrais immédiatement mes manuscrits sans y regarder. Jamais je ne me suis informé des résultats que d'autres déduisaient de mes observations, car on voulait éviter jusqu'au soupçon de cette influence singulière que la connaissance d'un premier résultat peut produire sur les hommes les plus loyaux, à leur insu. » Après avoir terminé à Greenwich, je revins à Paris pour y répéter des séries d'observations exactement les mêmes, tandis que M. Dunkin, d'abord à Paris, retournait à Greenwich opérer à l'autre bout de la ligne télégra- phique. Si je ne me suis pas occupé à Paris de la détermination des erreurs instrumentales, c'est que j'ai fait à Paris ce que j'avais fait à Greenwich, ni plus ni moins. C'était à M. Le Verrier, sous les yeux de qui j'ai opéré, de m'avertir à la première soirée, à la deuxième, à la quinzième si l'on veut, que les choses ne devaient pas se passer de la même manière à Paris qu'à Londres, et que je ne devais pas compter, comme à Londres, que d'autres fussent chargés des nivellements. Certes je ne me serais pas refusé à ce sur- croît de travail, bien qu'en vertu de nos conventions personnelles je n'eusse à remplir à l'intérieur de l'Observatoire aucun de ces devoirs réguliers qui s'attachent au service des instruments méridiens. Chacun comprend que je n'aurais pas exposé le travail dont je m'étais chargé avec tant de plaisir à une chute honteuse, par l'absurde refus d'effectuer moi-même, à défaut d'autres observateurs, les nivellements de l'axe de la lunette méridienne. Mais M. Le Verrier, qui s'était réservé la direction de l'entreprise à Paris et qui en a publié tous les résultats en son nom, ne m'a pas averti. Les opérations ont duré quinze jours sans que je pusse me douter que les erreurs instrumentales n'étaient pas étudiées à Paris comme elles l'avaient été à Greenwich, d'après un plan (pie M. Le Verrier s'était chargé de faire exécuter, et la meilleure preuve que je puisse actuellement donner de mon entière bonne foi, de ma confiance absolue à cet égard, c'est, outre la marche suivie à Greenwich, C. R., i863, i" Semestre. (T. LVI, N° -î ) 2 ' ( i58 ) précisément ce registre d'observations qui constate, dil M. Le Verrier, que pendant toute la série des observations je n'ai pris aucune espèce de souci du niveau. Je ne pouvais évidemment m'abstenir ainsi, en face de la convention dont je connaissais parfaitement le sens et la portée, que par la persuasion où j'étais qu'à Paris comme à Greenwich le directeur prendrait soin de faire, en dehors de moi, étudier les instruments, réduire les observations, calculer les résultats. » Sans doute M. Le Verrier, bien qu'il ait suivi tous ces travaux dont il s'était, je le répète, réservé la direction, ne se sera pas aperçu de cette omission fatale, autrement il n'aurait pas envoyé en Angleterre le signal de la clôture des observations; il était libre de les prolonger, h après examen il ne se trouvait pas satisfait. Mais il n'a pu manquer de s'en apercevoir quand il s'est agi des résultats : impossible en effet de les obtenir, impossible de faire le moindre calcul sans que l'omission sautât aux yeux. Dès lors comment expliquer que M. Le Verrier ait présenté trois mois plus tard, en son nom, à l'Académie ces mêmes résultats avec tant d'éloges, avec tous les détails, toutes les affirmations qui pouvaient inspirer la confiance, et avec une assurance où je devais naturellement puiser moi-même la con viction d'un entier succès pour ma part de travail? Comment comprendre encore qu'il ait tenu caché pendant neuf ans un fait dont il devait compte à l'Etat, à l'Académie, au public, et que personne ne saurait équitablement me reprocher, jusqu'au moment où, dans une discussion publique, il a cru pouvoir s'en servir enfin pour placer son adversaire sous le poids d'une accusation? » GÉODÉSIE. — Réponse à la partie scientificpie des deux derniers articles de M. Le Verrier; par M. Fave. « Je ne puis trouver, dans les articles de M. Le Verrier, que deux argu- ments et un exposé des vues de l'auteur, relativement aux opérations géo- désiques. » Premier argument. — Les longitudes se comptent en France à partir du méridien de l'Observatoire. Donc c'est à l'Observatoire cpie revient le soin et le droit de déterminer toutes les longitudes sur le territoire français. » tl est bien vrai que les longitudes se comptent à partir du méridien de Paris, mais c'est assurément la première fois qu'on tire de ce fait la conclu- sion précédente. Ainsi, dans le passé, l'Observatoire proprement dit ne s'est en aucune façon occupé de la détermination des longitudes astrono- miques entreprise sur le parallèle moyen ou sur le parallèle de Brest à ( '%) Strasbourg par les officiers de la Carte de France. Et cependant la besogne d'un observatoire était alors plus simple qu'aujourd'hui. On avait soixante- dix planètes de moins à observer; une foule de sujets d'études, qui suffi- raient aujourd'hui à absorber l'activité d'un grand observatoire, étaient totalement inconnus. Voilà pour le fait. » Quant au droit, la raison est au moins singulière. Si l'on compte les longitudes à partir du méridien de l'Observatoire de Paris, c'est en vertu d'une convention qui ne date pas de bien loin, et qui dépend si peu de la lunette méridienne que celle-ci est placée hors de ce méridien. On les comptait auparavant à partir de l'île de Fer, et il s'en est fallu de peu, sous le pre- mier Empire, qu'une partie de l'Europe n'adoptât la cime du mont Blanc pour origine des longitudes; du moins est-ce là un des motifs (le moindre de tous assurément) que l'illustre auteur de la Mécanique céleste avait mis en avant, en 1811, pour décider le Ministre de la Guerre à faire entre- prendre la mesure d'un arc de parallèle moyen. Que serait devenu dans ce cas le premier argument? Que deviendrait-il si l'Observatoire actuel venait à être déplacé? Mais passons au second. » Deuxième argument. — Il faut distinguer en géodésie, dit M. Le Verrier, les déterminations astronomiques des triangulalions : les premières revien- nent à l'Observatoire, qui laisse les triangulations au Dépôt de la Guerre. » C'est là cette distinction dont parlait M. Ee Verrier dans l'avant-der- nière séance, et qui, suivant lui, devait faire évanouir tout ce qu'on avait dit jusque-là. Toutefois il s'est borné à l'indiquer dans les Comptes rendus. » Cette distinction fera sourire tous ceux qui se sont occupés de géodésie. Les observations célestes pour déterminer l'azimut, la longitude et la lati- tude de certains points, sont aussi indispensables à une œuvre géodésique que les triangulations, aussi nécessaires pour un ingénieur-géographe que pour un navigateur. Que serait un réseau de triangles sans les observations célestes qui servent à déterminer la position absolue d'un de ses points? Sa position sur le globe terrestre serait absolument indéterminée. Si vous obte- nez la latitude et la longitude d'un point quelconque, ce point pourra être placé sur la carte, mais rien ne déterminera l'orientation du réseau et La situation des autres points. II faut donc encore chercher dans le ciel au moins l'azimut de l'un des côtés. Alors, en s'aidant de la triangulation, on obtiendra par le calcul la longitude et la latitude de chaque point, et par suite les principaux éléments ou le canevas de la carte. Mais ce n'est là que le minimum d'observations célestes nécessaire au géodésien, car, se borner à opérer astronomiquement au point de départ, ce serait se priver de p:é- 21 .. cieuses vérifications, non pas pour le réseau lui-même, niais pour les lignes géodésiques et les coordonnées qu'on en déduit à l'aide des éléments célestes d'une première station. L'effet des erreurs inévitables du point de départ (attractions locales et erreurs de l'observation céleste) pourrait aller en effet en croissant avec la distance au point initial, et comme les observa- tions célestes sont indépendantes de cette distance, elles offrent un pré- cieux moyen de contrôle dont la géodésie ne saurait se priver pour les coordonnées géographiques. Il y a plus, le calcul de ces coordonnées étant basé non-seulement sur les observations célestes au point de départ, mais encore sur une certaine hypothèse relative à la figure de la Terre, les discordances observées entre les calculs et les observations célestes fournissent le moyen de contrôler, non pas le réseau, je le répète, mais cette hypothèse. Aussi l'Académie a-t-elle vu les savants officiers de la Carte de France venir tour à tour lui apporter les résultats de leurs recherches, soit sur la figure du sphéroïde terrestre, soit sur celle de l'ellipsoïde qui s'en rapproche le plus en France. Certes ce n'est pas un mince honneur pour notre armée que d'avoir été constamment à la hauteur de cette tâche déli- cate, et d'avoir inauguré le rôle scientifique que toutes les armées euro- péennes, même celle de la Compagnie des Indes, ont depuis noblement adopté. Aurait-il fallu que nos savants officiers d'État-Major ou du corps des ingénieurs-géographes eussent appelé à leur secours, en chaque sta- tion, les astronomes de l'Observatoire? Et s'ils ont eu raison de se passer de leur concours, comment auraient-ils tort aujourd'hui de ne pas les dé- tourner de leurs occupations habituelles, quand il ne s'agit plus de créer l'oeuvre immense, mais seulement d'en améliorer, d'en compléter certaines parties? » La distinction sur laquelle s'appuie M. Le Verrier est donc illusoire : les observations célestes de la géodésie ne sont pas plus du ressort d'un observatoire fixe que les observations célestes d'un capitaine de vaisseau. Vous n'ouvrirez pas un livre de géodésie sans y trouver réunies les deux parties qu'on veut séparer ; vous ne jetterez pas les yeux sur le Mémorial du Dépôt de la Guerre, ou la Description géométrique de la France, ou sur les publications de YOrdnance Survey en Angleterre, etc., sans constater à chaque page ce mélange intime d'observations célestes et de mesures ter- restres exécutées d'après un plan unique et par les mêmes mains. » Que dire après cela de cet appel nominal où M. Le Verrier demande à M. Chevreul s'il n'aura pas le droit de s'occuper de teinture, à M. Fizeau de s'occuper de la vitesse de la lumière, comme pour dire : Est-ce que l'Observatoire n'aura pas le droit de faire les observations? Ici se présente ( 161 ) une distinction plus fondée que la précédente : nos confrères interpellés sont sur leur terrain, tandis que M. T.e Verrier se place sur le terrain d 'autrui. » M. Le Verrier invoque les opérations qu'il a faites pour se rattacher aux observatoires de Londres et du Havre et à la station espagnole, où l'éclipsé de 1860 a été observée par des astronomes français. Ces opérations j'en ai déjà expliqué la nature et le but. Personne ne contestera au direc- teur d'un observatoire le droit delàire de pareilles jonctions, ni Futilité dont elles peuvent être pour la géodésie, à la condition qu'elles puissent être rapportées à des points géodésiques, condition bien rarement remplie en France, où il n'y a que trois observatoires. Mais il y a bien loin de là à une entreprise géodésique ; elles pourraient être, elles devraient être faites quand bien même les travaux géodésiques n'existeraient pas. Toutefois je dois dire ici que les nouvelles opérations de ce genre, telles que M. Le Verrier les présente dans ses communications, inspireront à tous les hommes compétents le désir d'en faire la preuve, avec plus de raison certainement que M. Le Verrier n'en a eu pour entreprendre, au Havre, la vérification d'un triangle de la Carte de France (1). » Il suffit, en effet, de lire les indications de M. Le Verrier pour voir que les simplifications qu'il a fait subir aux méthodes antérieures, par exemple à celle qui a été appliquée entre Londres et Paris, sous la direction de M. Airy, n'ont été obtenues qu'aux dépens des garanties dont on doit chercher à s'entourer dans les applications délicates de la télégraphie élec- trique. » Vues géodésiques. - - Je passe maintenant à l'appréciation des vues géodésiques de M. Le Verrier, et d'une sorte de programme qu'il a placé à la suite de mon Rapport sur les plans de la Conférence de Berlin. Ce qui frappe d'abord, c'est que l'auteur soutient une thèse complètement nou- velle. Il cherche à établir en effet que les observations célestes peuvent servir utilement à contrôler les triangles, et il déclare hautement qu'il en- tend les employer à la recherche des parties vicieuses d'un réseau géo- désique, à la découverte des régions où il y aura des triangles à refaire. Les géodésistes ne me croiraient pas si je ne citais aussitôt le livre et la page: ce livre est les Comptes rendus de l'Académie, séance du 5 janvier dernier, p. 36 et 37. » Cette idée de faire servir les observations célestes à contrôler des triangulations peut être facilement appréciée, même parles personnes qui (1) Comptes rendus de la dernière séance, p. 1 t3, ligne 5 en remontant. ( '€* ) ne s'occupent pas de ces questions : il suffit, en effet, de remarquer qu'une seconde d'arc, en latitude par exemple, répond sur terre à un déplacement linéaire de 3i mètres, et qu'une erreur de 3i mètres est inadmissible même dans les opérations géodésiquesles plus longues quelhommeait jamaisexé- cutées. En Russie, par exemple, sur un arc de 25°, représentant une longueur de plus de 700 lieues, l'erreur à craindre atteint à peine 12 mètres : que serait-ce s'il s'agissait d'aller de triangle en triangle à la recherche d'une erreur, au moyen d'observations célestes? Mais je fais ici la part trop belle a ces dernières. Nulle part on ne trouvera sur le globe terrestre une verticale dont on puisse direà priori qu'elle n'est pas déviée par des attractionslocales visibles ou invisibles, par le relief du sol ambiant ou par des accidents géo- logiques. L'influence de ces déviations est évaluée en moyenne à près de 1", et elle peut aller à 3", à l\" et même à 10" en certains cas. Or ces écarts équivalent à des déplacements linéaires de 60, de 90, de 1 20, de 3oo mètres, et c'est avec de tels moyens que AI. Le Verrier croit pouvoir contrôler l'exactitude d'une triangulation: Évidemment il aura confondu l'exactitude intrinsèque d'une observation de latitude astronomique considérée géo- désiqnement avec celle d'une latitude (1). a Le calcul, le contrôle d'un réseau géodésique, sa vérification soDt complètement indépendants des observations astronomiques. Le Dépôt de la Guerre a dû y revenir à plusieurs reprises, car notre réseau a effective- ment un point faible, à savoir une partie de la grande méridienne, celle qui a été mesurée par Delambre en pleine Terreur, avec des assignats dépréciés pour payer un pain plus d'une fois refusé, et sous la crainte permanente de la prison des suspects. C'est ainsi que 12 triangles ont été déjà refaits entre Bourges et Fontainebleau par le Dépôt de la Guerre. Ce qui peut rester à faire sera fait, nous en sommes certain, nous qui avons suivi avec inté- rêt les communications que nos savants officiers ont faites à ce sujet au Bureau des Longitudes, par l'entremise de M. le Ministre de la Guerre, ou officieusement à plusieurs d'entre nous; seulement je puis affirmer à l'Aca- démie que ce contrôle n'est pas effectué et ne sera pas complété par les moyens dont M. Le Verrier compte se servir. Ceux qui voudraient, sans s'astreindre aux ouvrages français sur la matière, se mettre au courant 1 Si même on pouvait oublier les déviations lorales dont on vient de voir l'importance, il lesterait encore l'incertitude des observations célestes que le protocole de la Conférence géodésique allemande évalue à '- de seconde; or \ de seconde, ou même o",i répondent à 3 mètres et à 10 mètres, précision évidemment hors de proportion avec celle qu'exige le contrôle d'une triangulation. Mais oublier les déviations locales en pareille matière serait un non-sens. ( '« ) des moyens et des méthodes générales dont la science dispose à cet effet, n'auront qu'à parcourir les beaux travaux publiés par le colonel H. James, Superintendant de VOrdnance Survey, en Angleterre, ou ceux du général Baeyer en Prusse. » Qu'on juge d'après cela de tout ce que M. Le Verrier nous a dit sur l'étude des anomalies locales qu'il prétend mêler si singulièrement à celle des erreurs de la triangulation. Faut-il donc que je répète ici, après les Mé- moires du commandant Rozet et du colonel Hossard, après les géomètres allemands, après les travaux si récents et si remarquables des officiers anglais, que la marche à suivre consiste à opérer astronomiquemeut sur un réseau qu'il ne soit plus besoin de contrôler? Il y aura toujours dans la détermination de ces anomalies locales, même pour les pays plats, des incer- titudes bien supérieures à toutes les erreurs qu'on peut soupçonner dans les triangles voisins, par la raison bien simple qu'on ne peut explorer les couches inférieures de l'écorce terrestre. Et je ne sache pas que la discor- dance de 10", par exemple, qui a été constatée à Cowhite, ait induit les officiers anglais à rechercher une erreur de 3oo mètres dans leur triangu- lation. » Il ne m'a pas été permis, Messieurs, de glisser sur cette étrange erreur. Je ne l'aurais pas relevée si elle se fût produite dans une communication ordinaire, car elle ne risque assurément pas de se propager, même parmi les débutants en géodésie; mais quand je la vois paraître sous couleur officielle, en regard de l'annonce des grands travaux qu'on entreprend en Allemagne, et avec l'intention avouée de supplanter deux corps savants dont les œuvres géodésiques couvrent-la France, je suis forcé delà relever, afin de faire apprécier ces prétentions et de signaler la voie où l'on veut engager le pays. « Remarques de M. Le Veriuer à l'occasion des deux précédentes communications. Après la lecture faite par M. Faye, M. Le Verrier se lève et dit : « Retenu par mes fonctions au Sénat, j'étais absent lorsque, d'après ce qu'on veut bien me dire, M. Delaunay serait intervenu dans le débat sou- levé par M Faye. » Absent encore au moment de la lecture de M. Faye, je n'ai entendu que la dernière partie de ses nouvelles explications. » 11 me serait donc impossible de répondre aujourd'hui à des allégations que je ne connais pas. 11 ne faut pas d'ailleurs s'attendre que j'entre dans ( m ) les questions administratives que M. Faye cherche a soulever. Je ne suis pas libre de le faire. » J'attends au reste sans impatience. L'expérience a montré aux lec- teurs du Compte rendu que toutes ces grandes accusations s'évanouissent dès qu'il m'est possible d'y répondre et de mettre chaque chose eu sa place. » Mais j'ai dès à présent quelques explications à donner sur les ques- tions précédemment soulevées. Je le ferai dans l'article dont je vais donner lecture. » ASTRONOMIE. — De l influence des erreurs systématiques dans quelques recherches d'astronomie; par M. Le Verbier. « Les astronomes ont été souvent, depuis un siècle, conduits par leurs travaux à des conséquences évidemment empreintes d'erreurs dont la cause leur était inexplicable. Leur vie en a quelquefois été troublée. Recon- naître la source de ces erreurs, afin de parvenir à s'en garantir, démêler ce qui provient de l'inexactitude des instruments, de l'insuffisance des mé- thodes ou de l'imperfection des observateurs est, de nos jours, la préoccu- pation de tout astronome soucieux de léguer à ses successeurs des travaux durables. » Mon intention n'est pas de traiter devant l'Académie l'ensemble d'un sujet si délicat et qui serait vraiment inépuisable : car on pourrait dire avec- justesse que l'art de se garantir de l'erreur constitue à lui seul toute l'his- toire des recherches scientifiques. Je me bornerai à considérer quelques questions limitées. » Les instruments de précision peuvent être viciés par deux causes fort différentes : ils peuvent manquer de solidité, de fixité par un défaut de leur construction mécanique; ou bien ils varient par l'action de la chaleur qui les modifie sans les laisser semblables à eux-mêmes, et trouble ainsi les séries d'observations. » Le défaut de fixité se produit surtout dans les petits instruments, lorsque la nécessité de les rendre assez légers, pour permettre leur transport, ne laisse pas l'artiste libre de donner aux diverses pièces une solidité suffi- sante, ou bien quand on n'arrive pas à travailler les pièces délicates et mobiles avec une perfection qui en compense l'exiguïté. » Les grands instruments, sortis des mains de nos habiles artistes, sont moins soumis à ces inconvénients; les pièces qui les constituent sont assez fortes et les ajustements qui réunissent ces pièces sont assez parfaits pour que ( i65) l'ensemble soit d'une solidité à toute épreuve. Mais cette solidité ne les soustrait pas à la chaleur, et ils y sont même plus sensibles lorsque cette action s'exerce sur de longues pièces dont les dispositions relatives n'ont pas été assez étudiées dans le but de résister à cette influence. » Les grands instruments de Gambey présentent l'exemple le plus frap- pant de ces diverses circonstances. Les microscopes du cercle mural d'une part, de l'autre les coussinets de la lunette méridienne étaient d'une soli- dité mécanique irréprochable, malgré la complication un peu grande de leur construction. Les uns et les autres donnaient au contraire prise à l'action de la chaleur qui, en les dilatant, introduisait des causes de perturbation influant sur les observations et leurs calculs. » Les microscopes du cercle, tous symétriques, éprouvaient un déran- gement tel que, le cercle restant immobile, la moyenne des lectures des mi- croscopes variait néanmoins de 9", a pour un changement de 20 dans la température. Il y a lieu de croire que ce mouvement n'était pas dû à un défaut de la construction intrinsèque des microscopes, mais bien à quelque mouvement particulier des plaques en fonte fixées sur les piliers et qui portaient les microscopes eux-mêmes. Quelle qu'en soit la cause, on com- prend les difficultés et les incertitudes que cette instabilité de la ligne moyenne de repère introduisait dans la réduction des observations; aussi nous sommes-nous décidés à remplacer en 1860 l'ensemble de ces micro- scopes. » Le nouveau système a été installé en lui donnant toute la symétrie possi- ble afin de se garantir contre l'effet des dilatations. 11 résulte delà discussion des observations faites en 1860 et 1861 que nous sommes parvenus ainsi à diminuer la variation qu'éprouve la ligne de foi avec le changement de la température, mais non à la faire disparaître entièrement. La variation de 9", 2 pour un changement de 20 dans la température a été réduite à l\" , 1. C'est encore beaucoup trop ! » Les coussinets portant les tourillons de la lunette méridienne étaient de leur côté, avons-nous dit, extrêmement compliqués, et c'était toujours un sujet d'étonnement que de voir une construction si complexe douée d'une grande solidité mécanique. Mais l'ensemble de toutes ces pièces n'était pas compensé contre l'action de la chaleur, et il en résidtait à certaines époques une variation diurne très-notable de l'inclinaison de l'axe de la lunette méridienne. Cette instabilité, qui obligeait les astronomes à multiplier les nivellements et troublait le calcul des observations, nous nous en sommes C. R., i863, i"Semest,e. (T. LVI, N« 4.) 22 ( iS6 ) débarrassés en 1 856 en installant un système de coussinets fixes, taillés sim- plement dans de forts blocs en bronze, scellés dans les piliers en pierre. Là nous avons complètement réussi. Toute variation diurne a disparu et un seul nivellement de l'axe, exécuté vers les 4 heures du soir, suffit pour les opérations du jour et de la nuit ; mais en 1 854 et 1 855 il n'en était pas ainsi, et les observations de nuit ne pouvaient pas être disculées avec l'état de l'instrument, établi durant le jour. » Pour en donner une preuve palpable, citons les nivellements exécutés du 29 août au 3 septembre 1 854, a 4 heures du soir et à minuit. Inclinaison Inclinaison Diminution 1854. Août 2g à 4 heures du soir. // 6,62 à minuit. // 4<7' en douze heures » 3o 5,78 4,5o 1,28 » 3i 5,66 4,6o 1 ,06 Sept. 1 5,58 4, '9 ï> 3 9 » 2 5,i5 4,33 0,82 » 3 5.8g 4,76 1 ,i3 » On voit que tous lesjours, sans exception, l'inclinaison de l'axe a dimi- nué depuis 4 heures du soir jusqu'à minuit; la moyenne pour les six jours est de i",27 en huit heures. Il est bien évident que si dans de telles circon- stances on eût eu à réduire un système d'observations faites pendant la nuit et en ne disposant que de nivellements exécutés pendant le jour, on aurait commis, dans la réduction des observations de nuit, des erreurs toujours de même sens. » Cette appréciation générale ne suffirait pas, toutefois, pour se rendre un compte suffisant des incertitudes auxquelles on serait conduit dans la dis- cussion d'un système d'observations faites dans ces conditions. Pour bien mettre en lumière les conséquences pratiques de ce mode d'essai, je vais déterminer exactement l'erreur qui porterait sur une opération de longitude ainsi effectuée, savoir celle qui a été pratiquée en relation avec Greenwich, du 1 2 au i(\ juin. » Sept déterminations ont été faites, savoir : les 12, i3, 17, 18, 20, 22 et 24 juin. Le 12 l'inclinaison de l'axe a été mesurée pendant la nuit au moment des observations, mais c'est le seul jour où il en ait été ainsi ; poul- ies six autres jours il n'y a pas eu de nivellement pendant la nuit, et, tandis que les observations correspondent en moyenne à io h 20 m du soir, les nivellements ont été faits, le i3 à 3 heures, le 17 a 5 h 3o m , le 18 à 2 heures, le 20 à 6 heures, le 22 à 1 heure, le 24 à 4 h 3o m . » Faisons remarquer, en passant, une extrêmement curieuse conséquence ( M?7) d'une déclaration de M. Faye, faite à ce sujet. « Si l'inclinaison de l'axe n'a pas » été déterminée dans la nuit du 22, dit-il, eh bien! c'était une nuit d'ob- » servation qui ne pouvait pas compter ; il fallait tout simplement prolonger » pendant un jour de plus la durée des observations. » Mais, on le voit, toutes les nuits, excepté la première, sont dans le même cas que celle du 22 ; et puisqu'on convient que cette dernière ne pouvait pas compter, on con- vient qu'il en est de même de six nuits sur sept. Dans ces termes, on aurait prolongé indéfiniment ces opérations internationales sans jamais aboutir. » Reprenons la suite de notre calcul, basé sur ce fait que l'inclinaison aurait diminué au mois de juin, par suite d'une variation diurne de 1 ",27 en huit heures, comme à la fin du mois d'août et au commencement de septembre. Il y a d'autant plus de raison de craindre qu'il n'en ait été ainsi, que le 12 juin, le seul jour où des observations aient été faites pendant la nuit et pendant le jour, ces observations accusent une diminution encore plus forte, savoir de 1", 4o en huit heures. » Les choses étant ainsi, on trouve que, abstraction faite d'autres causes d'erreur, tenant aux renversements de la lunette entre les nivellements' et les observations, et par le seul fait de la variation régulière de l'inclinaison, entre les moments où les nivellements ont été faits pendant le jour et ceux où les observations ont été pratiquées pendant la nuit, on aurait employé des inclinaisons toutes trop fortes : le i3, deo",88; le 17, de o",87; le 18, de 1", i3; le 20, de o", 68; le 22, de o", 92; le 24, de o", 83, l'inclinaison adoptée le 12 étant seule exacte. Et ainsi, en admettant même des inter- polations impossibles à d'autres points de vue, on aurait eu une inclinaison trop forte en moyenne de o", 76, correspondant à une erreur de 1", 16 dans la longitude déterminée par des observations zénithales. » En conséquence, lorsqu'il y a neuf mois j'examinai de nouveau la question au fond, dans le but de pourvoir à la publication, je me trouvai arrêté court par ce raisonnement, auquel je ne trouvai rien à répliquer : » Si les températures allaient en diminuant, au mois de juin, de 4 heures à minuit, la longitude déterminée par les observations de la seconde série doit être corrigée de plus de 1". » Les nivellements faits aux différentes heures le 12 juin semblent indi- quer qu'on se trouvait effectivement dans ces conditions. Mais une seule journée d'observation suffit-elle pour donner la certitude? » Conséquemtnent cette correction de plus de 1" doit-elle être acceptée ou rejetée? 22.. ( «68 ) » Tel est le point que je n'ai pas su résoudre il y a neuf mois. Telle est la question à laquelle il me serait aujourd'hui encore impossible de ré- pondre, sinon par une nouvelle détermination de la longitude. » Je regrette que M. Faye croie devoir dite que cette difficulté aurait été soulevée pour le besoin de la cause. Je lui soumets à lui-même cette question : » Croit-il donc véritablement que, lorsque j'ai écrit au commencement de 1862, il y a neuf mois, le Mémoire considérable que je présente de nou- veau, lorsquej'en ai refait seul tous les calculs, toutes les réductions, c'était pour les laisser ensuite sans emploi, malgré ma promesse faite à M. Airy de publier enfin, et uniquement pour ce que M. Faye appelle le besoin de la cause d'aujourd'hui? Non! il ne le croit pas. » Je regrette encore plus que M. Faye imagine de dire qu'il n'était pas chargé de l'état de son instrument, qu'il n'a jamais rempli aucune fonction régulièrement, et que c'était moi que cela regardait. Je ne répondrai pas à M. Faye qu'il est absolument invraisemblable qu'un astronome ait pu être dispensé du soin de son instrument. Je ne lui répondrai pas davantage qu'en supposant que ce singulier ordre, ou plutôt désordre, eût été établi, il a dû lui être très-pénible de s'en aller chaque soir, voyant que le nivel- lement n'était pas fait, avec la conviction que ses observations étaient per- dues, et sans céder à la tentation d'employer cinq minutes à l'apposition du niveau pour utiliser sa soirée; mais je lui ferai une réponse beaucoup plus catégorique : pendant toutes ces observations f ai été absent de Paris. Cette réponse me dispense de tout autre commentaire sur plus d'un point. » Mais cette erreur de plus de 1" à craindre sur le résultat de la deuxième série des observations n'aurait-elle pas pu être négligée sans inconvénient r 1 Outre qu'on ne voit pas comment eût pu être traité convenablement de notre part l'exposé public de ces opérations internationales, je ne pense pas que dans l'état actuel de la science de telles négligences soient acceptées. » En 1 -ji5, l'illustre astronome anglais Bradley entreprit une suite d'ob- servations dans le but de déterminer la distance de certaines étoiles à la Terre. L'une des étoiles du Dragon lui présenta des changements de posi- tion dans l'intervalle de quelques jours seulement, changements qui, suivis de près pendant un temps suffisant, offrirent une période annuelle. Toute- fois ces mouvements affectaient une loi différente de celle qui correspond à l'effet des parallaxes stellaires : ils ne pouvaient par conséquent provenir de cette cause, et bradley conclut que le phénomène qu'il observait ne ( i6 9 ) révélait rien qui se rapportât à la distance des étoiles. Avec une sagacité profonde il en trouva la cause ailleurs, et découvrit le phénomène de l'aberration de la lumière. » De nos jours, la recherche de la distance des étoiles à la Terre a été reprise et poursuivie par les moyens les pins précis que l'observation nous fournisse. L'un de ces travaux a présenté des circonstances extrêmement remarquables et dont l'exposé succinct est très-propre à montrer le soin qu'on doit porter aujourd'hui dans les observations, lorsqu'on veut arriver à des conséquences qui méritent quelque confiance et qui ne soient pas rectifiées par l'étranger. » Ces recherches, relatives à la distance d'une étoile de la Grande Ourse, présentées d'abord à l'Académie avec réserve dans sa séance du 3i août 184G, puis comme décisives dans sa séance du 7 décembre suivant, auraient, suivant l'auteur, fixé à i",o8 la parallaxe delà 1 83o e Grooinbridge, sans qu'il y eût plus de o",o5 d'erreur à craindre {Comptes rendus, p. 1081). En garantie de l'exactitude de ses conclusions, l'auteur présentait les séries de ses observations, « montrant avec quelle netteté l'ellipse parallactique se dessi- nait dans le ciel, au fur et à mesure que la Terre parcourait son orbite. » lies séries étaient en effet d'une netteté irréprochable, et elles différaient à peine de celles qu'on aurait déduites par un simple calcul de l'hypothèse d'une parallaxe égale à i",o8. Ces recherches reçurent donc les suffrages de l'Académie. » Toutefois, quelques mois après, un astronome renommé pour sa pré- cision, M. Peters, publiait le résultat de ses travaux sur le même sujet et établissait que la parallaxe de la i83o e de Groombridge était certaine- ment quatre fois plus petite que celle qui avait été présentée k l'Académie [Comptes rendus, 1847, p. 1 37 ). » Puis M. le D r Wichmann intervenait à son tour, extrayait des papiers de Bessel des observations faites sur le même sujet et montrait que ces tra- vaux de l'illustre astronome allemand prouvaient que la parallaxe de cette i83o c Grooinbridge était au plus la sixième partie du nombre annoncé à l'Académie en 1846 (Comptes rendus, 1848, p. 65). » Enfin, dans la séance du 28 janvier i85o, M. Otto Struve communi- quait directement à l'Académie un travail décisif dont il concluait une parallaxe insensible ! (Comptes rendus, p. y5) : « Je regarde comme un résul- » tat incontestable de mes observations, disait M. Otto Struve, p. 7 5, que » la parallaxe de cette étoile est au-dessous de o", 1 . Si elle surpassait cette » quantité elle n'aurait pu m'échapper. » ( l 7° ) » Cette troisième démonstration fut enfin acceptée comme irréfutable par l'auteur du Mémoire de 1 846, qui reconnut (Comptes rendus, même semestre, p. 79) qu'il serait désormais inutile de publier la suite de ses anciennes recherches sur la parallaxe de la i83o e Groombridge! » Nous louons volontiers M. Faye de la facilité avec laquelle il est con- venu que ses observations qui lui avaient donné 1 ',08 pour la parallaxe de la i83o e Groombridge étaient inexactes et qu'il serait inutile d'en publier la suite. Et nous ne doutons pas qu'en y réfléchissant il estimera qu'il n'y a pas davantage lieu de considérer comme suffisantes les observations qu'il a faites à Paris pour les déterminations de la longitude de Greenwich, et dont nous avons démontré qu'elles laissent subsister une incertitude de i" dans la série qui, en mon absence forcée de l'Observatoire de Paris, avait été exclusivement confiée à M. Faye. » Réplique de M. Faye. « M. Faye, privé de tout document, ne peut rien dire sur l'absence allé- guée par M. Le Verrier pendant une partie des opérations. Il sait et il répète qu'il ne les a pas plus dirigées à Paris qu'à Greenwich. Il ne peut actuellement affirmer qu'une chose, c'est qu'il n'a pas donné et qu'il ne pouvait donner le signal de la clôture des observations à Paris. Il s'en réfère pour le reste à ses déclarations antérieures, et donne une seconde fois lecture à l'Académie d'un passage très-explicite où M. Le Verrier à déclaré à l'Académie que : « Cette variation diurne (celle de l'inclinaison de l'axe), qui a été in- » sensible pendant la première série des observations faites a Greenwich, » s'est au contraire manifestée pendant la seconde série. Hdlons-nous d'a- rt jouter cpie le résultat de la longitude n'en a été nullement ajjecté, attendu le » soin qu'on a eu de déterminer très-fréquemment la situation de l'axe, comme » ta valeur des autres erreurs instrumentales. » (Séance du 25 septembre 1 854, Comptes rendus, t. XXXIX, p. 56o, ligne 10 en remontant.) <■ M. Le Verrier, répondant à M. Faye, fait remarquer qu'un passage cité par lui et écrit en 1 854 établit précisément qu'il y avait une variation diurne du niveau, et est ainsi la plus éclatante condamnation de M. Faye. » En disant qu'il n'en était pas résulté d'inconvénients, parce qu'on avait multiplié les nivellements de l'axe, M. Le Verrier a montré évidemment qu'il croyait que les nivellements de la nuit avaient été faits, et c'est quand, en voulant tout vérifier par lui-même, il s'est aperçu qu'il n'en était pas ainsi, ( '7' ) qu'il s'est trouvé forcé de conclure qu'en raison de l'incroyable oubli de l'observateur, les opérations n'étaient pas en l'état requis. » « M. Le Verriek informe l'Académie qu'il a proposé à l'astronome royal M. Airy, de reprendre la détermination de la longitude de Greemvich ; et que, par une Lettre en date du 23 janvier, M. Airy a accepté cette proposi- tion. » « M. Le Verrier communique à l'Académie une Lettre de M. Bruhns, directeur de l'Observatoire de Leipsick et Membre de la Conférence de Ber- lin. (Foira la Correspondance, page i84) CHIMIE. — Note sur les dépots des chambres de plomb dans (es fabriques d'acide suljitrique; par M. Fréd. Kuhlmann. « Lorsqu'en 1817 Berzélius découvrit le sélénium dans un sédiment de chambres de plomb de la fabrique de Gripsholm alimentée par la combus- tion de soufre extrait des mines de cuivre de Fahlun , cet illustre chimiste était bien près de la découverte du thallium, et cependant il a fallu un demi-siècle et la révélation d'une nouvelle et merveilleuse méthode ana- lytique pour mettre les chimistes sur la trace du nouveau métal. » Il est à remarquer en effet que, dans le sédiment examiné, Berzélius a constaté l'existence, indépendamment du sélénium mêlé avec beaucoup de soufre cjui avait échappé à la combustion, du fer, du cuivre, de l'étain, du zinc, du plomb, du mercure et de l'arsenic, lorsqu'il n'a pu y trouver du tellure en vue de la constatation duquel il avait entrepris ses recherches. » Des indications non douteuses de la présence du thallium ont pu être obtenues par l'examen au spectroscope des pyrites d'un grand nombre de provenances, et cependant, d'après une Lettre qui m'a été adressée le 27 décembre dernier par M. Boettger, de Francfort, cet ingénieux chimiste, malgré des recherches minutieuses, n'a pu constater l'existence du métal nouveau dans les dépôts des chambres de plomb de la fabrique de Zwickau, dans laquelle on brûle de la blende, pas plus que dans ceux de la fabrique d'Aussig, en Autriche, où l'on brûle des pyrites de fer. Des résultats égale- ment négatifs ont été obtenus par l'examen des dépôts de chambres de plomb des fabriques de Griesheim, près de Francfort, de Nuremberg, et enfin de celle de Hellstaedt, où l'on brûle de la pyrite cuivreuse. » M. Boettger, à qui j'avais envoyé un échantillon de dépôts de mes ( T 7 2 ) chambres de plomb qui avaient servi à l'extraction du thallinm clans mes usines, m'a témoigné son étonnement de ces nombreux résultats négatifs en m'informant qu'il n'avait trouvé de thallium, et des traces seulement, que dans les dépôts des chambres de plomb d'une fabrique d'acide près d'Aix- la-Chapelle, où l'on brûle à la fois de la blende et des pyrites de fer, et d'une fabrique située près Gosslar, dans le Harz, où l'on prépare l'acide sul- furique au moyen des pyrites de cuivre. » Il m'importe, pour guider les chimistes dans les recherches de la nature de celles entreprises par M. Boettger, de bien préciser les conditions dans lesquelles le thallium s'est trouvé exceptionnellement accumulé dans mes appareils de fabrication. » L'acide sulfurique obtenu par la combustion des pyrites présente un grave inconvénient pour certains emplois, c'est de contenir souvent des quantités très-notables d'arsenic. Au moment de la substitution des pvrites au soufre, j'ai dû m'efforcer d'écarter cette cause d'impureté de l'acide ob- tenu dans mes établissements, et le moyen auquel je mé suis arrêté con- siste à faire précéder la série des chambres de plomb où l'acide sulfureux se convertit en acide sulfurique, d'une chambre supplémentaire assez spa- cieuse où les gaz de la combustion des pyrites, en diminuant de tempéra- ture, laissent déposer, outre les corps solides entraînés mécaniquement, les matières volatiles facilement condensables, et en particulier l'acide arsénieux. » Dans cette chambre il n'y a ni injection de vapeur, ni circulation d'acide sulfurique, de telle sorte qu'après quelques mois d'une combustion d'environ 3ooo kilogrammes de pyrites par jour, il se rencontre des masses relativement considérables d'acide arsénieux et de sélénium; qu'on y a trouvé du mercure, et, comme chacun sait, le thallium susceptible d'être obtenu à l'état métallique, en quantité qui s'est élevée jusqu'à | pour 100 dans certaines parties de ces dépôts. » Il est probable que si ma méthode de préservation de l'acide sulfu- rique contre l'impureté était adoptée dans les fabriques de Zwickau, d'Aussig et autres, pour une partie du moins de ces fabriques, la présence du thallium pourrait être constatée dans le produit de la combustion de leurs pyrites, et qu'à Aix-la-Chapelle et à Gosslar l'on obtiendrait des dépôts avec lesquels M. Boettger pourrait reproduire les résultats qu'il a obtenus en analysant l'échantillon que je lui avais adressé. » Ses résultats, le plus souvent négatifs, s'expliquent par cette circon- stance que si le thallium entraîné lors de la combustion des pyrites vient î. ( '73) confondre avec le sulfate de plomb qui couvre le fond des chambres, et si ce dépôt est constamment lavé par l'acide qui se renouvelle, ce métal, au lieu de s'accumuler dans la première chambre, est entraîné en dissolution dans l'acide sulfurique, au fur et à mesure de sa condensation, de telle sorte que les dépôts de sidfate de plomb peuvent ne plus en contenir que des traces tellement faibles, qu'elles deviennent inappréciables, même au spectroscope. » Disons cependant qu'il est des pyrites qui peuvent ne pas contenir de thallium. Celles qui ont donné lieu aux dépôts qui ont servi aux recher- ches de M. Lamy provenaient des mines d'Oneux, près Spa. C'est un sul- fure de fer traversé par des veines de blende et de galène. Cette qualité de pyrites donne des dépôts assez riches en thallium, tandis que les pyrites de Saint-Bel, près Lyon, qui ne contiennent ni sulfure de zinc ni sulfure de plomb, et dont je me sers actuellement, ne donnent que des traces du métal nouveau. » ASTRONOMIE. — Remarques sur les images photographiques de l'éclipsé du 18 juillet 1860 prises à Rivabellosa et au Desierto ; Lettre du P. Secchi, accompagnant l'envoi de nouvelles images. « J'ai l'honneur d'adresser à l'Académie quatre épreuves photogra- phiques qui représentent les phases de l'éclipsé observée en Espagne le 18 juillet 1860 pendant la totalité. L'occasion de revenir sur ce sujet a été le séjour qu'a fait à Rome pendant quelque temps, M. Warren de La Rue, dont l'Académie connaît les surprenantes photographies faites à Rivabellosa. M. de La Rue ayant vu les premières épreuves positives en papier tirées au Desierto même, avant qu'on eût renforcé les matrices, a été surpris d'y trou- ver une foule de détails tout à fait perdus dans les épreuves tirées après le ren- forcement, et qui ont seules circulé parmi les astronomes. Vivement préoc- cupé de ces détails et de l'importance d'une comparaison exacte entre ses épreuves et les miennes, il m'engagea à grandir celles-ci à l'aide de la pho- tographie jusqu'à l'échelle des siennes. On ne pouvait pas, sans doute, espérer des positives sur papier ce qu'on aurait obtenu des positives sut- verre, car le grain du papier reste aussi grossi, et rend les épreuves d'un aspect peu satisfaisant; car il faut grandir l'image d'un diamètre de ;*2 mm ,5 à celui de 102 millimètres, c'est-à-dire presque cinq fois. Mais ici on n'avait pas à se préoccuper de l'effet artistique, mais seulement de grossir les épreuves, de sorte qu'en les superposant à celles de M. de La Rue, on pût C. R., iS63, 1" Semestre. (T. LVI, N<> 4.) 23 ( >74 ) voir l'accord ou le désaccord. M. de La Rue donc voulut lui-même diriger cette opération et y assister en personne, tant était grand l'intérêt qu'il v attachait. La plus intéressante des photographies était celle faite immédia- tement après le commencement de la totalité, et de celle-là il garda lui- même une négative pour y prendre les mesures avec une machine de son invention. » Je vais maintenant passer en revue les différentes figures, et, comme l'Académie possède une copie de mes photographies tirées au Desierto et de celles de M. de La Rue, j'invite les Membres qui pourraient y avoir inté- rêt à y comparer les photographies actuelles. Pour en faciliter la comparai- son, j'y joins un calque transparent fait à la chambre obscure, pour pouvoir trouver plus facilement les points les plus faibles, qui sont même beaucoup plus faibles sur le papier que sur le verre négatif. J'y ajoute aussi les lettres par lesquelles M. de La Rue indique les protubérances dans son grand Mémoire, PL XV, Mémoire dont il a bien voulu me faire présent, quoiqu'il ne fût pas encore publié. » En superposant le calque transparent à la première photograpbie de M. de La Rue, on est surpris de trouver une coïncidence parfaite dans la position et dans la forme de toutes les protubérances, sans autre exception que celle-ci : la protubérance A, qui est au bas de la photographie, est plus petite dans les nôtres que dans celles de M. de La Rue; en revanche, la protubérance K, qui est presque diamétralement opposée à A, est plus grande dans la nôtre que dans celle de M. de La Rue. Cela s'explique faci- lement par la position de la lune, dont la parallaxe était un peu différente entre le Desierto et Rivabellosa. Et il est même étonnant que cette petite différence ait été si fidèlement enregistrée par la photographie. Ce petit déplacement de la lune produit encore un autre effet du même ordre, c'est- à-dire que nous n'avons pas découvert la protubérance B de M. de La Rue, pendant que, au contraire, nous avons en haut une autre proéminence X, entre K. et I, qui ne se voit pas en M. de La Rue, mais où cependant on peut la soupçonner comme existant derrière la lune; car là la lumière de l'auréole est un peu plus vive. Finalement, dans notre photographie il n'y a pas la double impression du bord de la lune, dont M. de La Rue a donné la véritable explication; car notre épreuve n'a été exposée que six secondes, pendant lesquelles le déplacement de la lune a été petit; mais même ce petit déplacement est sensiblement imprimé sur la photographie, car on voit le bord lunaire entamé aux protubérances A, G, I, qui sont les plus vives. » Je vais maintenant passer en revue toutes les protubérances pour en ( >75) faire mieux relever les formes, en commençant par A : j'ai déjà dit à quoi tient la différence des dimensions entre les deux photographies. La protu- bérance B, quoique cachée, montre cependant un peu de clarté qui la trahit. Le nuage C est franchement et très-bien détaché du bord, et incliné avec- son axe allongé d'environ /|5° à la tangente du bord lunaire, et l'on peut voir que la pointe est formée par un point plus vif, séparé, du reste, par un trait obscur. J'avoue qu'il serait difficile de reconnaître ces détails sans les photographies de M. de La Rue; car on pourrait attribuer de telles nuances au grain du papier, mais je suis sûr que ces faibles traces auraient été nettement sensibles, si l'on eût grossi les négatives sur verre avant le renfor- cement qui les a gâtées. » La plus intéressante de toutes les protubérances est la protubérance E, que l'on appela en Angleterre le boomerang, et que l'on peut nommer \a fau- cille, d'après sa forme. Cette protubérance se voit très-bien dans la positive sur papier; mais, comme elle est plus faible que les autres, elle ne s'est re- produite que plus faiblement encore; on peut cependant relever (à l'aide du calque transparent) qu'elle est formée de différentes agglomérations ou petits nuages, placés sur le prolongement l'un de l'autre en forme de fau- cille. Cette protubérance est remarquable en ce qu'on a soupçonné qu'elle était formée exclusivement de rayons actiniques; et, en effet, aucun observa- teur ne réussit à la voir à l'œil dans la lunette. Dans la région y, où corres- pond une ligne vive de lumière dans les photographies de M. de La Rue, nous n'avons qu'une faible lumière, et la raison en est que l'épreuve de M. de La Rue a été faite immédiatement après la disparition du dernier rayon du soleil, pendant que la nôtre a été faite quelques secondes après, et lorsque la lune avait déjà couvert le fil continu de protubérances rouges imprimées dans celle de M. de La Rue. Les détails de la protubérance H sont aussi bien intéressants : on y voit un assemblage de petits nuages qui se soulèvent d'un amas encore plus compacte situé au-dessous, et les formes sont absolument identiques dans les deux photographies. Le grand amas de lumière de la protubérance Sala même forme aussi et le même contour ondulé. La pro- tubérance I est composée d'une haute flamme avec une plus basse du côté droit. On les trouve identiques dans les deux photographies. La protubé- rance X est visible seulement dans les nôtres pour la raison déjà indiquée ci-dessus. Enfin la protubérance K. est formée de deux réunies, et la gauche a une prolongation en forme de corne très-faible, qui est aussi commune aux deux photographies. » La photographie n° 2, qui correspond à la troisième faite au Desierto au 23.. ( i:6) milieu de la totalité, reproduit toute l'atmosphère solaire de forme elliptique et plus élargie dans le sens de l'équatéur que dans celui des pôles. Les deux traînées noires nn sont l'ombre d'un fil qui donne l'angle de position des protubérances. Le positif dans celle-ci étant plus faible que dans la précé- dente, n° i, la copie est moins tranchée. Plus imparfaite encore est la photo- graphie n° 3, dont l'original a trois reproductions instantanées de chaque point lumineux, à cause du tremblement de l'instrument, ce qui prouve la grande force chimique des protubérances. Les protubérances sont au nombre de neuf, réparties presque uniformément sur le périmètre de la lune, et il n'est pas difficile d'y rencontrer celles de la planche complexive (index map) de M. de La Rue. » Enfin le n° 4 correspond à la dernière de M. de La Rue, et l'on voit parfaitement identique l'amas lumineux des protubérances R et q, q\ q" presque en arc continu; on voit aussi la protubérance L, et ce qui prouve que notre photographie a été prise un peu avant celle de M. de La Rue, c'est qu'elle est moins découverte chez nous que chez lui. De l'autre côté de la photographie, il y a les indices des protubérances E et C. L'arc qq" est, dans la nôtre, divisé en deux par l'ombre du fil de fer qui servait de repère. » Je regrette infiniment qu'on ail renforcé les matrices sur verre ; car les astronomes qui n'ont jugé que par les photographies qui ont circulé après ce renforcement ont, avec raison, montré du doute sur la bonté de l'instru- ment, et sur l'identité des objets photographiés. Cette opinion sera rectifiée, j'espère, comme elle a été rectifiée en M. de La Rue lui-même. Il est probable qu'on pourrait tirer encore un bon parti des négatives sur verre; mais il faudrait qu'elles fussent dans les mains de M. de La Rue. Nous espérons que M. Aguilar n'épargnera aucun effort pour en tirer un bon parti ; il ren- drait un grand service à la science en relevant les précieux détails qui sont maintenant disparus. Nous devons cependant nous féliciter en voyant que les premières épreuves ont rétabli en partie l'état des choses. Les conclusions scientifiques qu'on doit tirer de ces comparaisons et de cette identité des photographies faites en onze minutes de temps et à 200 milles de distance, sont que les protubérances ne sont pas des jeux de lumière, mais des réalités, non des eftets de réfraction ou diffraction, mais des nuages ou des flammes flottantes dans l'atmosphère solaire. » Peu de temps après l'éclipsé et sur les figures insérées dans ïllluslràted London News, j'avais été déjà conduit à ces mêmes conclusions (voir Appen- dice nlie osservazioni dell' ecclisse Jatte in Spagna), mais les photographies ( «77 ) originales de M. de La Rue mettent cela en dehors de tout doute possible. » P. S. Dans le n° 23 des Comptes rendus (22 décembre 1862), je trouve à la page 917 une Note par laquelle le lecteur pourrait soupçonner que j'ai défendu l'opinion « que le soleil n'attire à lui les planètes que parce que, dans son double mouvement de rotation sur lui-même et de translation dans l'espace, il met mécaniquement l'étheren mouvement, et par suite les planètes; de sorte que celles-ci ne graviteraient pas vers le soleil sans celte influence....» Je déclare formellement que je n'ai jamais soutenu dépareilles absurdités. » MÉMOIRES PRÉSENTÉS. M. Ollivier (Clément) adresse, d'Ingrandes, un travail portant pour titre : Pathologie morale. Nous donnerons une idée du but que s'est proposé l'auteur, en reproduisant l'extrait suivant de la Lettre d'envoi : « En 1860 surgit au sein de l'Académie de Médecine une discussion qui remit à l'ordre du jour la question toujours si délicate du vitalisme et de l'animisme. Depuis lors, cettequestion a été diversement traitée par plusieurs écrivains. Mais j'ai cru que le meilleur moyen de se bien comprendre sur un pareil sujet était de mettre en relief la corrélation qui existe entre les facultés de l'âme et les phénomènes organiques... C'est pourquoi j'ai essayé à dé- crire le plus clairement possible le combat continuel de l'instinct sur la raison, soit dans les différents actes de la vie, soit dans le jeu physiologique des organes. Enfin, déterminant le siège des passions, j'ai fait ressortir leur influence prédominante sur la raison, par suite de l'état pathologique des organes d'où elles émanent. » Une Commission composée de MM. Andral et Rayer est invitée à prendre connaissance de ce travail et à faire savoir si, par la manière dont la ques- tion est traitée, elle peut être considérée comme rentrant dans le cercle de celles que l'Académie des Sciences considère de son domaine. ANTHROPOLOGIE. — Sur les résultats attribués aux alliances consanguines, extrait d'une Note deM. Bourgeois. (Présentée par M. Velpeau.) (Commissaires, MM. Andral, Rayer, Bernard, Bienaymé.) « Avant la publication des statistiques de M. Boudin sur un sujet aujour- d'hui si discuté, j'avais recherché dans ma Thèse inaugurale, présentée sous la présidence de M. le professeur Bouchardat, quelle est l'influence réelle ( 178 ) des mariages consanguins sur les générations. Je me livrais à cette étude, non pas en vue de remplir une formalité banale, mais pour soumettre à mes juges et faire sanctionner par eux, s'il y avait lieu, une opinion dont les bases reposaient sur une observation personnelle déjà ancienne et favorisée par des circonstances que je crois peu communes. C'est ce qui me détermina a une publication dans laquelle je ne crus pas d'abord devoir désigner ma propre famille, c'est-à-dire celle de ma mère, comme étant l'objet de mes observations — » Ma Tbese fut présentée à la Société d'Anthropologie par M. Broca, son secrétaire général, après explications verbales contenant certains détails personnels et de famille, et après l'envoi d'un tableau généalogique annoté et inédit. » Un Rapport sur mon travail a été lu à la même Société le ig janvier 1860 par M. Périer, médecin principal des Invalides, qui déclara son opi- nion entièrement conforme à la mienne, pour s'en être déjà occupé lui- même » Si M. Périer n'était pas absent de France déjà depuis plusieurs mois, M. Boudin aurait pu entendre une réplique compétente à ses allégations, devant cette même Société d'Anthropologie dont il fait partie aussi bien que moi et dont il a été président pendant l'année 1862. Mais au moins il aurait pu, en cette qualité, connaître et mentionner, sauf à la discuter, une opi- nion qui, tout étant contraire à la sienne, se déduit d'une observation des plus compliquées, qui vaut à elle seule plus que toutes les statistiques du inonde. Il s'agit en effet d'unions consanguines répétées et superposées d'une manière plus ou moins immédiate et jusqu'à seize fois, à différents degrés de cousins, sans production d'aucun cas de surdi-mutité, ni même d'aucune des anomalies soutenues par divers auteurs. » M. Boudin devra même y trouver l'occasion, que je n'avais pas sup- posée jusqu'ici, de reconnaître, malgré ses prévisions, que par leur seul fait les unions consanguines non-seulement ne produisent pas plus de mau- vais effets sur une seconde génération que sur une première, mais même n'en occasionnent pas chez plusieurs autres à la suite. » Pour moi, j'avais déjà conclu avec M. le professeur Bouchardat, qui le proclame hautement du haut de sa chaire d'hygiène, que les unions consan- guines sont bonnes ou mauvaises suivant que les conjoints sont exempts ou affectés par eux-mêmes, ou par leurs ancêtres, de vices héréditaires suscep- tibles d'une transmission immédiate ou alterne, d'une manière essentielle et identique, ou bien au contraire avec transformation. ( i79 ) » J'ajouterai que je ne révoque nullement en doute les résultats statis- tiques obtenus et invoqués par M. Boudin, qui donnent dans les établisse- ments spéciaux de a5 à 3o pour 100 sourds-muets de naissance provenant de parents consanguins. Dans des conditions semblables les résultats seraient apparemment partout les mêmes; mais en présence de mes observations, je suis persuadé qu'il faut pousser les investigations plus loin, les diriger même vers des vues nouvelles, comme par exemple vers les antécédents de plusieurs générations, tandis qu'on paraît s'être borné jusqu'ici à l'histoire du tempérament des parents les plus proches. Par ce moyen, on envisa- gerait les cas d'affections constitutionnelles, qui pourraient, surtout par la rencontre de l'union de circonstances et de tempéraments semblables, être susceptibles de transformations en accidents tels que la surdi-mutité et autres. » Les difficultés sont grandes pour les familles des sourds-muets obser- vés dans les établissements publics, appartenant pour la plupart aux classes inférieures et rurales du peuple, généralement dépourvues de renseigne- ments sanitaires sur leurs aïeux même les plus proches. Dans ma famille, au contraire, où la bonne santé est aussi proverbiale dans le pays qu'elle habite que la longévité et la multiplication des liens de parenté, la besogne m'était en grande partie préparée, non-seulement par mon observation per- sonnelle pour les temps actuels, mais encore par des confrères de mes amis ou de cette même famille et paV des personnes déjà âgées dont l'esprit mé- ditatif et la grande mémoire m'ont été d'un secours utile dans mes recherches. » Ce que j'ai vu et appris peut encore être communiqué à d'autres, et si l'Académie voulait vérifier les fait? que j'allègue, je serais heureux de lui en indiquer les moyens. » Quant à mon travail imprimé, j'ai le regret de ne pouvoir en adresser en ce moment un exemplaire à l'Académie. Je lui demanderai donc la per- mission de renvoyer à cet égard aux archives de la Faculté de Médecine de Paris, i85g, n° 91 , ainsi qu'aux Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthro- pologie, 1860, deuxième fascicule. Comme explication, je joins à cette Note un extrait de la généalogie de ma famille, en ce qui concerne les unions les plus remarquablement consanguines parmi les seize qu'elle renferme (voir le tableau page 180). » Mon projet est de publier une nouvelle édition de ma Thèse avec les additions dont elle est susceptible et le tableau généalogique complet. Mon premier devoir sera de les envoyer à l'Académie. ( »8o) Frère et sœur. fr»p a C32 ï > £. -^5 o » 5 w 2 p. H 2 0° . M = De 68 unions toutes surchargées de consanguinité île cette partie de généalogie, je n'en connais même qu'une inféconde qui doit résulter de l'état maladif de la femme, qui est étrangère; et il faut remonter à trois générations pour trouver l'union consanguine dont procède le mari. - Les unions consanguines sont numérotées de i à 8. » Il y a lieu de remarquer que l'état général de santé a toujours été re- marquablement bon chez les descendants des mêmes auteurs, avec une con- sanguinité extrême chez plus de deux cents individus, contrairement à ce qui a eu lieu chez les autres, tous petits-enfants et arrière-pelits-enfants prove- nant de l'union désignée comme doublement germaine. Mais leur tempé- rament scrofuleux vient évidemment de leur mère et de la famille de celle-ci, qui est étrangère à l'autre et présente cette disposition, sans conteniraucune consanguinité. Il ne s'agit là que d'un fait d'hérédité qui n'a pas été pallié par des unions avantageuses, d'autant mieux que dix-huit autres petits-en- fants provenant de la même union doublement germaine, et notamment les six quadruplement consanguins, jouissent comme leurs pères et mères de la belle santé commune à la famille, excepté cependant l'un d'eux, le der- nier, dont le défaut de développement intellectuel est attribué à une cause trâumatique et accidentelle. « PHYSIQUE DU GLOBE — Supplément à une précédente communication sur lu Jormation de la glace au fond de l'eau; par M. Exgf.lhardt. Cette Note est accompagnée de la Lettre suivante qui fera connaître le but que s'est proposé l'auteur en s'adressant de nouveau à l'Académie : « En recevant, au mois de juillet dernier, le Rapport bienveillant que M. de Senarmont a bien voulu faire à l'Institut, au sujet de mon Mé- moire Sur la formation de la cjlate au fond de l'eau, j'ai eu le regret de voir que la véritable pensée de mon travail n'avait pas été saisie, et j'alJais en écrire à M. de Senarmont, quand me parvint la douloureuse nouvelle de la mort de ce savant distingué, qui était certainement l'une des illustra- tions de la France, dans les sciences physiques, et qui a laissé de vifs re- grets dans toute l'Europe. Je suis persuadé que, si M. de Senarmont avait reçu mes explications, il aurait rectifié son jugement et fait appré- cier à l'Académie la véritable portée de mon travail. Je prends donc la liberté de vous adresser, Monsieur le Président, quelques Notes très-suc- cinctes. » (Renvoi à l'examen des Commissaires précédemment nommés : MM. Boussin- gault, Despretz, et M. Pouillet, en remplacement de feu M. de Senarmont.) C. R , ,863, I er Semestre. (T. LVI, N° 4.) 24 ( '8 2 ) CHIMIE APPLIQUÉE. —Procédés pour rendre ininflammables les étojjes employées aux vêlements des femmes; extrait c/' une Noie deM. A. Chevallier fils. « ...On sait que déjà des essais ont été tentés dans cette direction ; que des brevets ont été pris pour empêcher les décors, les tissus de s'enflammer; que MM. Darcet, Durios. Duchier, Carteron, Schesset et Thouvet, Werst- mann et Oppenheim se sont occupés de travaux sur le sujet en question. Les résultats de ces expériences semblaient démontrer que la question était résolue ; mais, depuis cette époque, la question est restée pendante, et, en 1862, de nombreux et graves accidents ont été signalés La connaissance de ces faits nous a porté à faire de nouvelles expériences sur les procédés qui pourraient être mis en pratique pour rendre les étoffes, non point in- combustibles, mais non inflammables Déjà nos essais ont été suivis d'un certain succès; nous sommes parvenu : >» i° A amener des étoffes légères à un état de non-inflammabilité qu'il est facile de constater; car elles se charbonnent, mais ne s'enflamment pas, elles ne peuvent donner lieu à l'inflammation des objets avec lesquels elles sont en contact. » 2 A préparer des apprêts qui n'altèrent pas sensiblement la couleur de la plupart des tissus; ceux qui ont un peu changé de couleurs et baissé de ton sont quelques bleus, étoffes pour lesquelles il faut appliquer ordi- nairement des précautions. » En voie d'expériences sur les modes à mettre en pratique pour obtenir des étoffes ininflammables, nous adressons à l'Académie : » i° Des échantillons de tissus non apprêtés; » 2 Des échantillons apprêtés et qui ne s'enflamment pas. » Nous continuons nos recherches et nous vous ferons connaître les pro- duits que nous employons pour atteindre le but, les modes d'application, les soins à y apporter pour que tous ceux qui s'occupent du blanchiment du linge soient à même de préparer des étoffes qui puissent soustraire au danger du feu les personnes qui sont journellement exposées à voir leurs vêtements s'enflammer. » Cette Note, avec les échantillons d'étoffes préparées et non préparées qui l'accompagnent, est renvoyée à l'examen d'une Commission composée de MM. Payen, Velpeau et Rayer. ( '83 ) ÉCONOMIE RURALE. — Note sur le noir animal des raffineries considéré comme engrais; par M. Hérouard. (Présentée par M. Bussy.) 'Renvoi à l'examen des Commissaires précédemment nommés : MM. Decaisne, Bussy, Maréchal Vaillant. ) géologie. — Sur les gypses secondaires des Corbières; par M. Noguès. (Commissaires, MM. d'Archiac, Daubrée.) M. Dorner, qui avait déjà adressé diverses communications concernant un remède qu'il dit employer avec grand succès pour combattre diverses affections du canal intestinal, y compris le choléra-morbus, transmet au- jourd'hui comme pièces à l'appui de ses précédentes Notes deux Lettres écrites l'une par un médecin, l'autre par un pharmacien de Bologne, qui attestent les bons effets qu'ils ont vu obtenir de ce médicament, dont la base parait être une huile de genévrier. (Renvoi à la Commission du legs Bréant, déjà saisie des premières communications de l'auteur.) CORRESPONDANCE . M. le Ministre de la Guerre annonce que MM. Combes et Le Verrier sont maintenus Membres du Conseil de perfectionnement de l'École Poly- technique, au titre de l'Académie des Sciences. M. le Directeur général des Douanes et des Contributions indirectes adresse, pour la Bibliothèque de l'Institut, un Tableau général des mouve- ments du cabotage en 1 86 1 que vient de publier son administration. L'Académie impériale des Sciences de Vienne envoie une nouvelle livraison de ses Comptes rendus pour l'année 1862. L'Académie royale des Sciences d'Amsterdam adresse plusieurs volumes qu'elle a récemment publiés. L'Académie royale de Médecine et de Chirurgie de Londres remercie l'Académie des Sciences pour l'envoi de plusieurs volumes de ses Mémoires, du Recueil des Savants étrangers et des Comptes reiïdus hebdomadaires. ( '84 ) L'Académie royale des Sciences de Lisbonxk adresse de même des re- mercîments pour un semblable envoi. M. le Secrétaire perpétuel présente, au nom de M. Alexis Perrey, un exemplaire de sa « Note sur les tremblements de terre en 1860, avec sup- pléments pour les années précédentes. » Et au nom de M. Dubois, d'Angers, Secrétaire perpétuel de l'Académie Impériale de Médecine, un exemplaire de son « Éloge de M. Thenard. » Il est donné lecture d'une Lettre adressée à cette occasion par M. Dubois. M. le Vice-Présidext présente au nom de l'auteur, M. Du Bréuil, un ouvrage ayant pour titre : « Culture perfectionnée du vignoble ». « Cet ouvrage, qui est un complément du Traité d Arboriculture de l'au- teur, comprend toutes les opérations de la culture depuis la création du vignoble jusqu'à la vendange inclusivement. » Les améliorations conseillées par l'auteur, et déjà consacrées par l'ex- périence, ont pour résultat de diminuer les frais de culture et d'augmenter le produit. » Ce double but est atteint en substituant la charrue aux bras de l'homme partout où cet instrument peut fonctionner; » En remplaçant les échalas par les fils de fer; » Enfin, en employant des abris qui empêchent l'action des gelées tar- dives et préviennent la coulure. » « M. Le Verrier communique à l'Académie une Lettre de /)/. Bruhns, directeur de l'Observatoire de Leipsick et Membre de la Conférence de Berlin. » M. Bruhns expose les travaux dans lesquels il est engagé dans son propre pays. Après avoir traité de la détermination des longitudes et des latitudes des points principaux de l'Allemagne centrale, M. Brunhs ajoute : « Comme il me semble que vous devez souhaiter d'avoir aussi, outre les » déterminations dans votre pays même, des déterminations vous reliant « avec l'étranger, je m'empresse de vous proposer de faire la longitude de » Paris et Leipsick, mais je désirerais rassembler encore quelques < xpé- » riences au moyen de déterminations dans mon pays. » Comme tous les travaux géodésiques sont finis en France et de même » lesjonctions avec la France et la Belgique, il ne restera plus pour ce genre ( i85 ) « de travail que de se relier peut-être de nouveau avec l'Espagne lorsque » la mesure des degrés y aura été achevée ; on n'a donc qu'à s'occuper des » déterminations astronomiques. L'importance de ce travail est ùu reste » reconnue par vous, occupé comme vous l'êtes depuis longtemps de dé- » terminer des longitudes. » J'aurai le plus grand plaisir à vous voir accepter la proposition concer- » nant la longitude. » » M. Le Verrier se félicite qu'on connaisse à Leipsick, mieux qu'à Paris, ses travaux sur la détermination des longitudes II accepte de grand cœur la proposition de M. Bruhns, qui se combinera naturellement avec ce dont il est déjà convenu avec M. de Littrow. » PHYSIOLOGIE. — Sur les modérateurs de l'action réflexe dans le cerveau de la grenouille; par M. J. Setchenow. (Suite et fin.) (i) « Ayant ainsi atteint le but principal que je me suis proposé, j'ai cru de- voir rechercher les voies physiologiques par lesquelles ces mécanismes sont excités à l'action. Cette question a, comme on le verra tout de suite, une très- grande étendue et mérite de devenir l'objet d'une étude spéciale. Je n'en présente dans le moment que quelques fragments, et cela principalement dans le but d'élucider encore plus la question sur la distribution des modé- rateurs dans le cerveau. » L'idée de rechercher les voies d'excitation des modérateurs une fois conçue, il m'a été tout naturel de supposer comme telles les filets sensitifs. Cette supposition implique, comme on le voit, la nécessité d'expérimenter sur tous les points sensitifs du corps, et c'est précisément cette circonstance qui fait la question si étendue. Chez la grenouille, je me suis donc borné aux nerfs sensitifs de la peau et delà muqueuse buccale. Voici en quoi con- siste l'expérience. On trouve d'abord sur l'animal, avec des centres nerveux intacts ou lésés, le degré de l'action réflexe; puis on excite fortement la peau ou la muqueuse buccale, et après que les mouvements produits par la douleur ont cessé, on cherche à saisir quels changements a subis l'action ré- flexe. Celte manière d'agir n'était pas cependant à l'abri d'objections tres- sérieuses. Il fallait donc avant tout établir sa valeur expérimentalement. Cette tâche a été heureusement bien facile : les deux piemières expériences ont déjà décidé de la question. La première consiste à opérer de la manière (i) Voir Comptes rendus, t. LVI, p. 5o. ( '36) qui vient d'être indiquée sur un animal dont la moelle épiniere est séparée par la section de la moelle allongée. L'irritation delà peau dans ce cas, quel- que forte qu'elle soit (j'ai brûlé la peau du ventre avec des plaques métal- liques fortement chauffées), ne produit absolument aucun changement dans l'action réflexe (i), tandis qu'on obtient souvent une dépression notable de celle-ci, en agissant de la même manière sur un animal auquel la moelle allongée a été conservée (c'est-à-dire quand le cerveau a été coupé derrière les lobes optiques). Le dernier effet s'obtient plus facilement encore, si au lieu de la peau du ventre on irrite avec une forte solution aqueuse d'acide sulfurique la muqueuse buccale. Si l'on réfléchit sur les objections qui pour- raient être faites en général contre la valeur de la méthode, on verra aisé- ment qu'elles sont toutes écartées par les deux expériences que je viens de décrire. » Il ne me reste donc qu'à dire encore quelques mois sur les phéno- mènes présentés par l'animal dans les mêmes conditions, mais avec les cen- rres nerveux intacts ou lésés dans l'espace rhomboïdal. Dans le dernier cas, la dépression de l'action réflexe s'obtient à peu près comme chez l'animal avec le cerveau coupé derrière les lobes optiques. » L'effet est au contraire presque nul si l'on opère sur l'animal avec les centres nerveux intacts. On pourrait même croire, d'après ces dernières ex- périences, que les hémisphères empêchent en quelque sorte à l'action modé- ratrice de se manifester. » Toutefois, il est clair qu'une des voies physiologiques par lesquelles les modérateurs sont excités à l'action est donnée par les nerfs sensitifs. Une des expériences citées plus haut prouve en outre la présence des modé- rateurs (considérés comme centres) dans la moelle allongée. » J'aborde enfin le dernier côté de la question sur les modérateurs : leur mode d'action. » Tout mouvement réflexe étant pour ainsi dire composé de deux actes différents, de l'excitation des filets sensitifs et de l'action motrice, sa dépres- sion pourrait à la rigueur être produite aussi bien par la dépression de la sensibilité (consciente ou inconsciente) cpie par celle du mouvement. La solution de cette question n'est évidemment possible que sur l'homme, et ici encore très-imparfaitement, puisque l'étude ne peut être faite que pour le cas de la sensibilité consciente. Je tâchai néanmoins d'élucider tant (i) Et cela devait être ainsi, puisque les études précédentes ont démontre jusqu'à l'évi- dence l'absence des modérateurs dans la moelle épiniere. ( >»7 ) qu'il a été possible la question, et voici les raisonnements qui servirent de base âmes expériences. Le problème est résolu, s'il est possible de mettre en jeu chez l'homme les modérateurs des mouvements réflexes. Dans ce cas on n'a en effet qu'à déterminer le degré de sa sensibilité normale pour quel- que irritant d'intensité constante, et de le comparer à celui qui s'obtient dans les conditions où ses modérateurs sont indubitablement mis en jeu. Je réalise cette idée en chatouillant un homme chatouilleux et en le faisant faire des efforts pour supprimer les mouvements réflexes. Donc voici l'expé- rience. L'homme plonge une de ses mains dans la solution aqueuse de l'acide sulfurique et l'en retire au moment où la sensation apparaît. Le métronome, dont il n'entend pas les coups, donne la mesure de sa sensibi- lité. La même opération se fait après, mais avec du chatouillement. Je n'ai que onze expériences de ce genre faites sur moi-même; mais toutes sans exception ont donné pour résultat nue dépression de sensibilité qui était d'autant plus forte que le chatouillement était plus efficace. Ayant enfin remarqué que les efforts que je faisais pour ne pas éclater en mouvements réflexes pendant le chatouillement consistaient principalement dans le ser- rement des dents et dans la contraction continue des muscles thoraciques et abdominaux, je fis l'expérience suivante. La main a été plongée dans l'acide, et au moment où la sensation apparaissait déjà, je fis un effort vio- lent sans qu'on me chatouillât : la sensation disparut pour quelques ins- tants. L'expérience étant extrêmement pénible, je ne l'ai faite qu'une seule fois. Mais cette seule fois la disparition de la sensation a été tellement nette, que je n'hésite pas de considérer l'expérience comme sûre, d'autant plus que ce fait peut expliquer une observation pour ainsi dire journalière. Il est parfaitement connu que les hommes et en général les animaux, quand ils su- bissent une opération douloureuse, font très-souvent, sinon toujours, ce mou- vement musculaire complexe que je viens de décrire. Or tous les mouve- ments réflexes, dans le corps de l'animal, lui étant toujours profitables, quel autre but, sinon de mitiger les douleurs, aurait pu avoir ce mouve- ment complexe? Ce sont là certes des hypothèses; mais chacun conviendra qu'elles ont l'apparence de la vérité, qu'elles interprètent les faits observés sur l'homme très-simplement , et qu'elles ouvrent enfin la voie pour de- recherches nouvelles. » Je termine en exprimant ma profonde reconnaissance à M. le profes- seur Claude Bernard pour sa bienveillante permission d'exécuter ce travail dans son laboratoire. » ( i88 ) CHIMIE GÉNÉRALE. — Sur deux nouvelles combinaisons résultant de l'action du chlore sur le qlycol; par M. Mitscheklich. (Présenté par M. Pelouze.) « Le chlore, en agissant sur le glycol, donne naissance à deux groupes de combinaisons; les unes, bouillant entre 108 et 200 , sont chlorées; les autres ne le sont pas et commencent à bouillir vers 200 . » Les produits non chlorés m'ont fourni deux nouveaux composés dont 1 un se présente en beaux cristaux fondant vers 3o,° et bouillant vers 200 . Ce corps renferme le même nombre d'atomes de carbone et d'hydrogène, mais je n'ai pas encore pu déterminer le rapport entre le nombre d'atomes d'oxygène et celui de carbone et d'hydrogène. » Le second composé non chloré est un liquide oléagineux entrant en ébullition à 2/40 et qui ne se solidifie pas encore à — 5°. Sa composition est exprimée par 3 atomes d'hydrogène, 3 atomes de carbone et 2 atomes d'oxygène Sa formation peut s'exprimer par l'équation 3C 4 H 6 0* + 2C1 = C ,2 H ,2 0'+ 2HCI + 4 HO. » La formule qu'il faut attribuer ace corps est d'après cela : C ,J H ,2 0*. L'acide chlorhydrique qui prend naissance dans cette réaction se combine avec un excès de glycol pour former des chlorhydrinesglycoliques. » Je reviendrai plus au long dans un autre travr.il sur l'étude de ces deux corps, ainsi que sur celle des autres produits résultant de l'action du chlore sur le glycol. » chimie. — Note sur ta préparation et sur les propriétés du rubidium; extrait d'une Lettre de M. Bcnsex à M. Dumas. « La matière première qui a servi à ces recherches a été extraite des rési- dus de lépidolithe de la fabrique de lithine du D r Struve, à Leipzig. On a uliiisé, pour séparer le carbonate de cœsium du sel correspondant de rubi- dium, la grande différence de solubilité que présentent le tartrate neutre (déliquescent) de cœsium et le bitartrate de rubidium (très-peu soluble). » La réduction du carbonate de rubidium parle charbon s'effectue plus difficilement que celle du sodium et plus facilement que celle du potassium. » Le mélange, traité par la chaleur dans un fourneau à potassium, était le suivant : Bitartrate de rubidium 8g, 55 Tartrate neutre de chaux 8,46 Suie d'essence de térébenthine 1 ,99 100, 10 ( i8 9 ) » Le métal a été recueilli dans un récipient contenant de l'huile de naphte. 75 grammes de bitartrate ont donné 5 grammes de métal. » Le métal fond à 38°, 5; sa densité est égale à 1, 5i6. » Le sodium fond à 95°, 6, le potassium à 6i°,5 et le lithium à 180 , d'après les nouvelles déterminations faites au laboratoire de Heidelberg. » Le rubidium brûle sur l'eau en tournoyant comme le potassium. » La réduction du ccesium n'a pu être tentée faute de matière première, M. Bunsen n'ayant retiré que quelques grammes de sels de ce métal de i5ooo litres d'eau de la Murquelle, à Baden. » Le rubidium présente par ses autres propriétés les plus grandes analo- gies avec le potassium. » M. Janssen, qui avait précédemment présenté à l'Académie une Note sur les raies telluriques du spectre solaire (séance du 23 juin 1862), adresse de Borne deux pièces destinées à constater quelles étaient les disposi- tions de l'appareil dont il s'était servi pour ses observations à une époque antérieure à celle où M. Littrow fils a présenté à l'Académie de Vienne un électroscope en apparence tout semblable. La présentation de M. Lit- trow a été faite en décembre 1862, et l'instrument de M. Janssen avait été, dès le mois de novembre, examiné à Borne par MM. Volpicelli et Secchi, qui le décrivent tel qu'ils l'ont vu alors, dans une Note dont copie est jointe à la Lettre. « Il ne s'agit pas pour moi, dit M. Janssen, d'établir un droit de prio- rité; tout ce que je demande, c'est qu'on sache que je ne dois pas à M. Lit- trow fils l'instrument avec lequel je poursuis depuis plus de huit mois mes études sur le spectre solaire. » M. Castiglioni, dans la Lettre accompagnant l'envoi de son Traité de l'affection scrofuleuse, témoigne le désir que l'Académie veuille bien, quand elle aura à s'occuper de pourvoir à une vacance parmi les Correspondants de la Section de Médecine et de Chirurgie, le comprendre dans le nombre des candidats. (Benvoi à la Section de Médecine et de Chirurgie.) M. Dru demande de nouveau l'autorisation de reprendre un Mémoire qu'il avait présenté l'an dernier sur l'écoulement de l'eau dans les puits artésiens. Cette autorisation avait été accordée à la première demande; mais il est de C R., i863, i er Semestre. (T. LVI, N° 4.) a5 ( i9° ) règle que l'Académie ne renvoie pas les pièces, et l'auteur a négligé de se présenter pour retirer la sienne. La séance est levée à 5 heures trois quarts. É. D. B. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. L'Académie a reçu dans la séance du 26 janvier i8ô3 les ouvrages dont voici les titres : Tableau général des mouvements du cabotage pendant l'année 1861. Paris, 1862; vol. in-4°. Des machines et appareils destinés à l' élévation des eaux ; par Arthur MORIN. Paris, i863; vol. in-8°. Elude sur l'orgue monumental de Saint-Sulpice et la facture d'orgue moderne ; par M. l'abbé Lamazou. Paris, in-8°. (Présenté au nom de l'auteur par M. Séguier.) Le Pâle et i Equateur ; études sur diverses explorations du globe; parM. I,. Dubois. Paris, 1 863 ; vol. in-ra. (Présenté an nom de l'auteur par M. de Quatrefages.) Rapport duSecrétaire perpétuel de i Académie des Inscriptions et Belles-Lettres sur les travaux des Commissions de publication de cette Académie pendant le deuxième semestre de l'année 1862. Paris, 1 feuille in-4°. Documents sur les tremblements de terre et les phénomènes volcaniques au Japon; par M. Alexis Perrey. Lyon, in-8°. (Présenté au nom de l'auteur par M. Elie de Beaumont.) Note sur les tremblements de terre en 1860, avec suppléments pour les années antérieures; par le même. (Extrait des Mémoires de l'Académie royale de Bel- gique.) Bruxelles; br. in-8°. (Présenté par M. Élie de Beaumont.) Mémoires des Concours et des Savants étrangers, publiés par i Académie royale de Médecine de Belgique. (3 e fasc. du tome "V.) Bruxelles, 1862; in-4°. Mémoires de l'Académie impériale des Sciences, Inscriptions et Belles- Lettres de Toulouse; 5 e série, t. VI. Toulouse, 1862; in-8°. Notes sur la fabrication de l'acier en Angleterre; par Ed. Gkateau. (Extrait delà Revue universelle.) Liège; br. in-8°. Culture perfectionnée et moins coûteuse du vignoble; par A. Du Bkeuil. Paris, 1 863 ; in-12. (Présenté au nom de l'auteur par M. Morin.) ( '9' ) Quelques considérations sur la vaccine ; par le D r H. Montanier. (Extrait de la Gazette des Hôpitaux.) Paris, 1862; br. in-8°. Essai sur les institutions scientifiques de la Grande-Bretagne et d< l'Irlande; pur Ed. Mailly. Bruxelles, i863; in- 12. ATreatise... Traité des fièvres continues delà Grande-Bretagne; par Ch. Murchison. Londres, 1862; vol. in-8°. (Présenté au nom de l'auteur par M. Rayer.) Journal... Journal de l' Académie tf.es Sciences naturelles de Philadelphie; nouvelle série; vol. V, partie i re . Philadelphie, i862;in-4°- Hippocratis et aliorum medicorum veterum reliquiœ ; mandata Âcademiœ regiœ disciplinarum quœ Amstelodami est. Edidit Francisons Zacharias Erme- rins ; vol. II. — Trajecti ad Rhenum , 1862 ; fort vol. in-4° (gi'«?c et latin). Sitzungsberichte... Comptes rendus des séances de l'Académie royale des Sciencesde Païenne; t. XLVI. 2 e livraison , juillet 1862. Vienne, 1862 ; in-8°. Verhandilengen... Mémoires de l'Académie royale des Sciences néerlan- daise, t. VIII. Amsterdam, 1862; m-8°. Verslagen... Comptes rendus de l Académie royale des Sciences néerlandaist {Sciences naturelles) ; vol. XIII et XIV. Amsterdam, 1862; 2 vol. in-8°. Jaarboek... Annuaire de l'Académie royale des Sciences néerlandaise pour l'année 1861. Amsterdam; in-8°. Délia scrofola... Sur la scrofule ou affection scrofuleuse ; par M. C. Casti- glioni. Milan, 1862; in-8°. Armonia... Harmonie de I empirisme et du rationalisme et de tous les deux avec le spiritualisme et avec Dieu; discours prononcé par M. G. Gallo, le 1 1 décembre 1862, à sa réception comme Docteur agrégé à la Faculté des sciences mathématiques, physiques et naturelles. Turin, i863; br. in-8°. Anuario... Annuaire de l'Observatoire royal de Madrid; 4 e année, 1860. Madrid, 1862; in- 12. COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. SÉANCE DU LUNDI 2 FÉVRIER 1863. PRÉSIDENCE DE M. VELPEAU. MEMOIRES ET COMMUNICATIONS DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. Remarquis de M. Faye à l'occasion du Compte rendu de la précédente séance . « Messieurs, » Je viens réclamer contre un passage des Comptes rendus de la dernière séance, ou M. Le Verrier s'est attribué des paroles qu'il n'a pas prononcées; paroles que le sentiment qui régnait à ce moment dans l'assemblée ne lui aurait pas permis d'articuler. » M. Le Verrier avait à s'expliquer sur la déclaration suivante, qu'il a portée lui-même dans cette enceinte, trois mois après la clôture des opé- rations entre Londres et Paris. Il parlait alors au nom de deux observa- toires; il présentait en son nom propre et au nom de l'astronome royal d'Angleterre des résultats calculés, non par moi, mais par d'autres per- sonnes, des résultats obtenus à la fois et séparément dans les deux obser- vatoires de Greenwich et de .Paris : » Cette variation diurne (celle de l'inclinaison de l'axe), qui a été insen- » sible pendant la première série des observations faites à Greenwich, s'est, » au contraire, manifestée pendant la seconde série. Hâtons-nous d'ajouter > que le résultat de la longitude n'en a été nullement affecté, attendu le C. R., iS63, 1" Semestre. (T. LVI, N° S.) 26 ( '94 ) » soin qu'on a eu de déterminer très-fréquemment la situation de l'axe, » comme la valeur des autres erreurs instrumentales (i). » » M. Le Verrier répond, dans les derniers Comptes rendus, à cette phrase qui est la sienne, textuellement, qu elle est la plus éclatante condamnation de M. Faye. Je demanderai à tous les hommes de bonne foi de lire et d'appré- cier. » Mais il ne suffit pas de venir dire ici, comme M. Le Verrier l'a fait dans la dernière séance, sans en rien imprimer dans les Comptes rendus, qu'il s'est trompé en 1 854 : d f ;ult encore que M. Le Verrier fasse connaître les éléments de ce calcul, les bases de sa publication de i85/j. » Je demande communication, au Secrétariat de l'Institut, des pièces qui ont servi à Paris et à Greenwich à arrêter des résultats qu'on a publiés avec tant d'assurance en i854, et qu'on vient contester aujourd'hui avec une égale assurance. Ces pièces existent, car M. Le Verrier a présenté à l'Académie, le 25 septembre 1 854, le dossier complet de l'opération compre- nant toutes les pièces relatives à la mesure actuelle : correspondance, opérations astronomiques, transmission des signaux et calculs (a). Puisque M. Le Verrier m'accuse hautement de l'insuccès des opérations, il est de stricte justice que ce dossier, présenté à l'Académie en i854, soit déposé en entier au Secré- tariat, afin que chacun puisse l'étudier, y rechercher les nombreuses déterminations des erreurs instrumentales que M. Le Verrier y voyait en 1 854, mais qu'il n'y retrouve plus aujourd'hui, et, dans tous les cas, examiner comment ces résultats, qu'on ne peut, dit-on, calculer aujourd'hui, ont été pourtant calculés en 1 854 et pnbliés au nom des deux observatoires de Londres et de Paris. Il convient que la vérité se fasse jour autrement que par des accusations sans preuves. » Remarques de M. Le Verrier. « M. Le Verrier déclare qu'il tient à la disposition de M. Faye tout ce qui concerne les nivellements, c'est-à-dire le seul point en question. Il a (i) Comptes rendus, t. XXXIX, p. 56o, ligne io, en remontant. (2) Cf. Comptes rendus, t. XXXIX, p. 56i : « Je désire, enfin, » disait M. Le Verrier, 1 que l'Académie me permette de mettre sous ses yeux le dossier complet dans lecpiel sont » comprises toutes les pièces relatives à la mesure actuelle : correspondance, opérations » astronomiques, transmission des signaux et calculs. Ce dossier sera conservé avec le plus » grand soin, comme propriété de l'État, et afin qu'on soit toujours à même de contrôler » l'exactitude ou les défauts du travail. » ( '9$ ) d'ailleurs présenté ce document à l'Académie dès le premier jour. Le reste du dossier est étranger au débat, et n'a nul besoin d'être produit. » L'Académie, ajoute M. Le Verrier, a été témoin depuis plusieurs an- nées de discussions souvent fort vives, et auxquelles la science n'a abso- lument rien à gagner. Elles cachent, la plupart du temps, des prétentions tout autres que celles qu'on avoue; et comme elles entraînent l'Académie sur un terrain qui n'est pas le sien, sans que les véritables preuves puissent dès lors être fournies, on n'en saurait retirer aucun résultat utile. C'est donc aux plus sages, à ceux qui pensent avoir la raison pour eux, de sortir au plus tôt de ces luttes. Ceux qui croiraient, au contraire, ne pou- voir mieux employer leur temps continueront à discuter seuls, si bon leur semble; pour moi, je reste exclusivement à mes travaux, avec la ferme résolution de ne plus m'en laisser distraire. » CHIMIE. — Sur le phénomène de la dissociation (i) de l'eau; par M. H. Sainte-Claire Deville. « Quand on introduit dans un tube de terre poreuse un courant, même assez rapide, d'hydrogène, et qu'on fait passer sur la cuve les gaz qui en sortent, on recueille, au lieu d'hydrogène, de l'air pur auquel l'analyse assigne la composition suivante : Oxygène 21 20 )9 20,8 Azote 79 78, 1 78,2 100 100,0 100,0 » Ainsi l'hydrogène se disperse dans l'atmosphère et l'air est absorbé dans l'intérieur du tube poreux, en vertu de l'endosmose et malgré la pres- sion de quelques centimètres d'eau ou de mercure que le tube abducteur plongé dans la cuve maintient dans l'intérieur de l'appareil (2). » Si on prend ce tube poreux, si on l'introduit dans un tube plus court de porcelaine vernissée et imperméable, en fermant les deux extrémités du tube de porcelaine par un bouchon percé qui laisse passer le tube de terre poreuse, on enferme entre ces deux tubes un espace annulaire et cylindrique dont on pourra composer l'atmosphère à volonté. A cet effet, on percera (]) Voyez Comptes rendus , t. XLV, p. 821. — Archives de la Bibliothèque universelle de Genève, novembre i85g, septembre 1860. (2) Voyez Comptes rendus, t. LU, p. 524- 26. ( 196 ) dans les deux bouchons deux ouvertures qui laisseront passer deux tubes de verre : par l'un d'eux on fera arriver un courant de gaz quelconque qui pourra sortir par l'autre. Deux autres tubes de verre munis de bouchons per- mettront d'introduire un autre gaz dans le tube de terre poreuse intérieur par l'une de ses extrémités et de laisser s'échapper ce gaz par l'autre extré- mité. Tout étant ainsi disposé, si l'on fait arriver un courant assez rapide d'acide carbonique dans l'espace annulaire compris entre les deux tubes et \ni courant d'hydrogène convenablement ménagé dans l'intérieur du tube poreux, on pourra enflammer du gaz hydrogène à l'extrémité du tube qui termine l'espace annulaire et par où on devrait s'attendre à voir sortir l'acide carbonique. Au contraire le tube poreux laisse échapper de l'acide carboni- que à peu près pur qui éteint les corps en combustion. Ainsi, en vertu de l'endosmose, les deux gaz ont changé de lieu en traversant chacun dans une direction opposée la cloison poreuse qui les séparait. Ces phénomènes, qui permettent de réaliser une expérience de cours très-frappante et très-instruc- tive, sont en concordance parfaite avec les faits observés déjà par M. Graham et par M. Jamin. » Si on porte l'appareil que je viens de décrire(i) dans un fourneau ali- menté par des charbons très-denses et dans lequel on puisse produire faci- lement une température de 1 ioo° à i3oo°, on peut le faire servir à démon- trer le phénomène de la décomposition spontanée de l'eau, phénomène que j'ai proposé d'appeler dissociation. Pour cela , au heu d'hydrogène , ou fait arriver de la vapeur d'eau dans le tube intérieur en terre poreuse, un courant d'acide carbonique dans le tube extérieur ou espace annulaire, et on reçoit les gaz sortant de l'appareil sur une cuve contenant de la lessive de potasse et dans des éprouvettes ou tubes de verre de 1 centimètre de large et de 1 mètre de haut pour arrêter l'acide carbonique. Lorsque le fourneau est en activité, on recueille un mélange gazeux fortement explosif et composé des éléments de l'eau, hydrogène et oxygène. « Ainsi une partie de la vapeur d'eau est décomposée spontanément ou dissociée dans le tube de terre poreuse ; l'hydrogène, appelé par l'acide car- bonique de l'espace annulaire, a traversé la paroi perméable et s'est séparé, par l'action d'un simple filtre, de l'oxygène resté dans le tube intérieur. Une quantité considérable d'acide carbonique y a été appelée par contre d'après la règle établie déjà par l'expérience précédente et s'y est mêlée à l'oxygène. (1) Dans ce cas je remplis exactement l'espace annulaire compris entre les deux tubes avec t!es fragments grossiers de porcelaine, ou mieux de biscuit de porcelaine. ( '97 ) Dans mes expériences j'ai obtenu environ i centimètre cube de gaz tonnant par gramme d'eau employée. » Voilà donc le fait de la dissociation de l'eau démontré au moyeu d'agents physiques, comme je l'ai démontré déjà au moyen de l'oxyde de plomb et de l'argent, qui interviennent en dissolvant l'oxygène que l'eau dis- sociée laisse en toute liberté vers iooo° ou 1 100" (i ). » Cependant les choses ne se passent pas avec la simplicité que je viens de supposer pour faciliter l'intelligence des détails du phénomène et de sa cause. » D'abord, toutes les fois que de l'hydrogène se trouve au contact de l'acide carbonique, il y a formation d'eau et d'oxyde de carbone. Aussi dans les gaz recueillis et provenant des parties de l'appareil les plus fortement chauffées trouve-t-on une grande proportion de l'hydrogène remplacée par l'oxyde de carbone (2). (1) Voyez Comptes rendus, t. XLV, p. 857. Je rappellerai ici en quelques mots la dé- monstration expérimentale de ces conclusions. Une large nacelle de platine pleine de litharge exempte d'oxygène est placée dans un tube de porcelaine chauffé à iooo" ou 1 ioo° environ : le tube de porcelaine est traversé par un courant de vapeur d'eau pure; la litharge se vola- tilise en partie et se dépose en flocons sur les portions relativement froides de l'appareil, sous la forme d'un dépôt floconneux et jaunâtre très-réguliérement disposé sur la paroi intérieure du tube; mais à un certain point et au milieu de ces flocons s'est développée une couronne de plomb métallique noir, et la litharge, retirée du tube au moment opportun, a parfois la propriété d'exhaler de l'oxygène en se solidifiant, comme dans les belles expériences de M. F. Le Blanc sur le rochage de l'oxyde de plomb. De la vapeur d'eau s'est donc décomposée, la litharge a dissous de l'oxygène, et quand, par le refroidissement, ses éléments se sont réunis, l'hydrogène mélangé de vapeur d'eau reconstituée a réduit la vapeur de litharge. La température des gaz dans cette région di l'appareil où s'est déposé le plomb métallique est la température à laquelle cesse le phéno- mène de dissociation. C'est pour la même raison que de l'argent fondu par SI. Regnault au milieu de la vapeur d'eau dissout de l'oxygène en prenant la faculté de rocher et sépare l'hydrogène. On ne peut attribuer ce phénomène à la décomposition de l'eau par le métal, comme on l'a fait jusqu'ici , car l'oxyde d'argent n'existe plus à la température de fusion de l'argent. Celui-ci exerce donc une action simplement dissolvante sur des molécules d'oxygène maintenues en liberté par la chaleur. C'est vers le point de fusion de l'argent, c'est-à-dire vers 960 ou 1000" environ, que la dissociation de l'eau s'effectue ainsi. (2) Cette transformation amène aussi un changement d'action des parois poreuses et con- tribue à renverser le sens de l'endosmose, mais seulement dans les parties de l'appareil assez froides pour que toute combinaison chimique entre les gaz soit désormais ou impossible ou très-limitée. ( i98) -> Ensuite, malgré les précautions qu'on prend pour fermer hermétique- ment un appareil aussi délicat à construire, quand 60 à 70 centimètres cubes d'hydrogène doivent le traverser en une ou deux heures, il est impos- sible de ne pas perdre une certaine quantité de ce gaz subtil qui s'échappe au travers des bouchons et des luts les plus soignés. Aussi l'oxygène est-il toujours en excès dans le mélange détonant : cette circonstance est même une preuve incontestable qu'il vient réellement de la décomposition de l'eau (1), et c'est avec sa proportion dans le mélange qu'on peut calculer le plus exactement, la quantité de vapeur d'eau dissociée pendant l'opération. >> Enfin, quoi qu'on fasse, il est impossible d'éviter que l'eau employée et l'acide carbonique produit en grandes masses n'amènent un peu d'air et par suite un peu d'azote dans le mélange détonant; mais sa proportion est souvent très-faible, comme le prouvent les analyses suivantes du gaz ex- plosif : 1. 11. Oxygène 55,7 4^)6 Hydrogène 24,3(2) i3,i Oxyde de carbone o 25,3 Azote 20 i3 (3) 100,0 100,0 (j) Je me suis en effet méfié, mais à tort, de l'imperméabilité de mes tubes de porcelaine qui sont recouverts à l'intérieur et à l'extérieur d'une couche épaisse de matière vitrifiée. Aussi j'ai cherché quelle était l'action d'un tube poreux rempli d'hydrogène en mouvement sur le gaz de la flamme, et j'ai trouvé que les gaz qui y pénètrent avaient la composition suivante : Au rouge Au rouge A |5°. A i5o°. A 200 . Au rouge. vit. plus vif Oxygène 21 16,7 i4>8 9 8 4 Acide carbonique. ..00 o 444 Azote 79 83,3 85,2 87 88 92 100 100,0 100,0 100 100 100 Ainsi donc, dans la zone de chaleur blanche où se trouve le tube de porcelaine, s'il était poreux, il ne pourrait absorber que de l'acide carbonique et de l'azote presque uniquement. La petite quantité de ce gaz trouvée dans les analyses prouve que la porosité de mes tubes était sensiblement nulle. (2) Pour séparer l'hydrogène d'une grande quantité d'azote, je recommande le procédé très-exact et très-élégant de M. Peligot, l'emploi des oxydes de plomb et de cuivre fondus ensemble et d'une cloche courbe. (3) Ces quantités d'azote, correspondant à 25 centimètres cubes d'air dans la première ex- ( '99 ) » L'acide carbonique détermine dans l'opération la séparation des gaz par endosmose; mais il peut agir aussi mécaniquement. C'est ce que je re- cherche par une série d'expériences que j'ai tentées, mais dont l'exécution est pleine de difficultés qu'un pareil sujet comporte, quand on veut être rigoureux. Mais cequeje peux affirmer, c'est que l'eau seule, chauffée dans un tube de platine à une température voisine de la fusion du métal, s'y re- constitue entièrement à sa sortie ou ne s'y décompose pas en quantité sen- sihle. » L'explication de ces faits exige que j'entre dans quelques calculs que l'Académie me permettra, j'espère, de développer. » D'après des expériences que M. Debray et moi nous avons faites pour déterminer la température de combustion de l'hydrogène dans l'oxygène, je peux affirmer que cette température n'atteint pas 2 5oo°(i), et je suis per- suadé que M. Edmond Becquerel trouve encore le chiffre fort exagéré. C'est lepointoùles gaz occupent un volumeàpeu près décuple de leur volume pris à o°; c'est la limite au-dessus de laquelle l'eau est entièrement décomposée. Mais cette décomposition, comme on va le voir, est accompagnée d'une absorption de chaleur latente considérable, nécessaire pour maintenir les molécules d'hydrogène et d'oxygène à (une distance plus grande que le rayon de la sphère de leur affinité. Ainsi le phénomène de la décomposition des corps est en tout semblable au phénomène de l'ébullition des liquides, dont le caractère principal est l'invariabilité de leur température sous l'in- fluence d'un foyer de chaleur d'une intensité quelconque, pourvu que la pression soitconstante. En me résumant, la vapeur d'eau ne peut résister a l'action d'une température qui en décuple le volume pris à o, et alors elle se décompose pendant que ses éléments absorbent de la chaleur latente que j'appellerai chaleur latente de décomposition, dont l'existence et la quotité sont faciles à démontrer. » On admet aujourd'hui, d'après M. Clausius, que la chaleur spécifique périence et à 16 centimètres cubes dans la seconde, ont été amenés par les appareils dans lesquels on a distillé 100 grammes d'eau (sur aoo contenus dans la cornue), et dégagé plus de 60 litres d acide carbonique. Ces quantités d'air sont très-petites relativement à d'aussi grandes quantités de matières employées. Je n'ai pas toujours été aussi habile à purger d'air les vases et les réactifs que j'ai utilisés. (1) La température de fusion du platine ainsi déterminée est inférieureà 1900 . {Voyez De- bray, sur la production des températures élevées, Leçons de la Société Chimique, 1861, p. 17.) ( 200 ) des gaz ondes vapeurs ne varie pas avec la température, et cette loi a été vérifiée par M. Regnault pour l'air entre 3o et 225°. La quantité de chaleur produite par la combinaison d'un gramme d'hydrogène avec 8 grammes d'oxygène est de 345oo calories(i), d'après les nombres obtenus parDulong, par MM. Favre et Silbermann; par conséquent 3 833 calories résultent de la formation de i gramme d'eau. Or la quantité de chaleur qu'absorbe i gramme d'eau pour passer de o° à 25oo° est donnée par la formule 637 + (25oo— 100)0,475 = 1680. dans laquelle GS-j représente la quantité de chaleur qu'il faut donner à 1 gramme d'eau à o° pour transformer ce liquide en vapeur à ioo°, et le terme (25oo — 100) 0,475 représente la chaleur qu'il faut donner à cette vapeur pour la porter de 100 à 25oo°. La différence entre 3833 et 16S0 ca- lories, c'est-à-dire i\ 53 calories, représente le chiffre de la chaleur latente de décomposition de l'eau, chaleur absorbée par ses éléments au moment de leur séparation. « La comparaison entre les effets de la cohésion et de l'affinité, qui sont si instructifs pour les corps solides et liquides, se soutient donc dans les phé- nomènes inverses, la volatilisation et la décomposition. En admettant ce rap- prochement, on voit que le phénomène de la décomposition des corps a une température relativement basse, ou phénomène de dissociation, corres- pond à la vaporisation d'un liquide porté à une température inférieure à son point d'ébullition, et que la quantité du corps dissocié a une température donnée sera proportionnelle à sa tension de dissociation exprimée en milli- mètres de mercure, comme la quantité de vapeur formée au-dessus d'un liquide à une certaine température est proportionnelle à la tension maximum de sa vapeur. » U:i liquide ne possède aucune tension dans sa propre vapeur, et la quan- tité d'eau vaporisée dans un espace clos (vide ou non), comparable au vo- lume de l'eau elle-même, est petite et négligeable en général. De même la quantité de vapeur d'eau dissociée, répandue à 1200 dans un de nos bal- lons de porcelaine, y est tellement petite, que la densité de vapeur n'en est pas affectée (2). ( 1 ) Ce n'ombre, si on n'admet pas qu'il v ait une clialeurlatente de décomposition , donne, rait pour la température dégagée parla combinaison de l'oxygène et de l'hydrogène le chiffre énorme de 6800 [voyez Debray, lor. cit., p. g), chiffre inadmissible, incompatible avec les déterminations connues, et inconciliable avec les mesures de M. Edmond Becquerel. (2) En se séparant en ses éléments, la vapeur d'eau s'augmente de la moitié de son volume ( 20T ) )> Si vous enfermez de l'eau à la température ordinaire dans un vase clos et d'un petit volume, la quantité d'eau vaporisée sera très-faible, la tension du liquide s'annulant dès que l'espace est saturé; mais si vous y introduisez un fragment de chlorure de calcium, l'eau s'évaporera jusqu'à ce qu'elle ait liquéfié et pour ainsi saturé le chlorure de calcium, la tension de la vapeur restant constante pendant tout ce temps. C'est le rôle que jouent l'argent et l'oxyde de plomb dans la vapeur d'eau dissociée à iooo°. Ils absorbent l'oxy- gène et, si on se débarrasse en même temps de l'hydrogène, la décomposi- tion de l'eau continuera jusqu'à saturation complète des corps auxiliaires, la tension de dissociation (exprimée en hauteur de mercure) de J'oxygène libre restant constante pendant l'opération. » Enfin, si vous chauffez à haute température de la vapeur d'eau dans l'appareil et par les procédés que j'ai décrits dans ce Mémoire, vous produi- rez un effet analogue à celui qu'on obtient quand on expose un liquide volatil à un courant de gaz : un vase plein d'eau dans un courant d'air sec. Dans mon expérience, l'acide carbonique emporte, en même temps que le tube poreux les sépare, les quantités d'oxygène et d'hydrogène que la ten- sion de dissociation de la'vapeur d'eau à cette température permet d'obtenir à chaque instant : de là production d'un mélange détonant. » C'est à ce système d'explication que je m'arrête pour le moment, sauf à chercher mieux, soit comme preuves, soit comme principe. » HYGIÈNE PUBLIQUE. — Noie sur la ventilation des amphithéâtres ; par M. le Général A. Morin. a Un grand nombre d'observations m'a prouvé que, malgré l'opinion émise par M. Pécletdans son Traité de la chaleur, 3 e édition, il n'est pas con- et, par conséquent, sa densité diminue dans le rapport de 0,62 à 0,42. Or nous avons pris, M. Troost et moi, la densité de la vapeur d'eau à 1 iS^", et nous l'avons trouvée égale à o, 65. On peut donc admettre que la quantité de vapeur d'eau dissociée à cette températureest trop faible pour diminuer sa densité. Ce sont des faits de ce genre qui m'ont toujours fait repous- ser l'hypothèse d'après laquelle des chimistes très-distingués pensent que les corps représen- tant huit volumes de vapeur sont décomposés en leurs éléments à la température de la déter- mination de leur densité. J'ai aujourd'hui un certain nombre de faits qui contredisent cette hypothèse et que j'exposerai dans une prochaine communication. J'examinerai aussi le cas de dissociation nouveau et très-remarquable trouvé par 51. Pebal, sur le chlorhydrate d'am- moniaque, par un procédé qui a des analogies avec celui que j'ai employé dans ces expé- riences, et que M. Pebal vient de publier tout récemment. C. U., iS63, 1" Semestre. (T. LV1, N° 8.) 2 7 ( 202 ) venable pour les amphithéâtres, plus que pour tout autre local occupé d'une manière continue, d'admettre l'air par le plancher, par les marches ou les contre-marches. Il faut au contraire, ici comme ailleurs, le faire affluer le plus loin possible des auditeurs, et, comme on peut être obligé souvent le même jour et d'un cours à un autre de faire varier la température dans certaines limites, il est nécessaire d'adopter des dispositions qui permettent de rendre le mélange d'air chaud et d'air froid aussi complet et aussi facile à modifier que possible, avant qu'il arrive aux auditeurs. C'est là, il faut le dire, la condition la plus délicate à bien remplir, et les amphithéâtres sont peut-être le cas où la difficulté se présente au plus haut degré. » L'air vicié étant celui qu'il est nécessaire d'évacuer, il convient de l'em- pêcher de se répandre dans la salle, et par conséquent de l'extraire là même où il est vicié, c'est-à-dire le plus près possible des individus, par des ori- fices ménagés dans les contre-marches ou dans le derrière des marches, poul- ie faire passer au-dessous de l'amphithéâtre. » Cette partie des amphithéâtres doit être mise en communication avec une cheminée d'appel, dans laquelle un foyer à feu nu sera placé au-dessous du sol, pour activer l'air appelé de l'intérieur de l'amphithéâtre. » Des registres disposés en des endroits facilement accessibles aux agents du service permettront de régler, de modérer et même de faire cesser l'appel selon les conditions variables de température et d'affluence du pu- blic, ou dans le cas où l'amphithéâtre sera vide. « Dans la seconde période, il faut au contraire, peu de temps après l'en- trée des auditeurs et suivant leur nombre plus ou moins grand, extraire une portion de l'air vicié et déjà plus ou moins échauffé. » Or cet air nouveau serait, ainsi qu'on l'observe journellement, fort in- commode si sa température était très-inférieure à celle de l'air extérieur, et surtout s'il affinait trop près des auditeurs. » De là résulte : » i° La nécessité d'introduire d'abord l'air nouveau dans une capacité (pie nous avons appelée chambre de mélange, à l'aide de laquelle, par l'af- fluence simultanée d'air chaud et d'air frais en proportion que l'on puisse facilement régler, on se réserve le moyen de n'admettre dans la salle que de l'air à une température convenable; » 2° L'obligation non moins impérieuse de placer les orifices d'arrivée de cet air frais le plus loin possible des auditeurs, c'est-à-dire vers le plafond de l'amphithéâtre, si les dispositions locales le permettent, ou au moins à une certaine hauteur. Quelquefois, quand les amphithéâtres seront vastes et ( 203 ) qu'il y aura d'un côlé, entre la table ou la chaire du professeur, et de l'au- tre, entre les entrées du fond et les premiers bancs d'auditeurs, un espace suffisant, l'on pourra ouvrir dans les parois verticales correspondantes des orifices d'admission: Mais en général, toutes les fois que la construction le permettra, il sera préférable de faire arriver cet air frais par le plafond ou par les corniches au moyen d'orifices proportionnés de manière que la vitesse, moyenne d'affluence n'excède pas o™, /jo à o m ,5o en i". » Il doit être entendu d'ailleurs que l'été l'on pourra prendre cet air dans des lieux où il sera le plus frais possible, sans cesser d'être pur, et du côté des bâtiments qui ne sont pas exposés à l'ardeur du soleil. » Il serait aussi fort couvenable pour les amphithéâtres destinés à des cours du soir que des dispositions, faciles d'ailleurs à adopter, analogues à celles que nous avons indiquées pour les théâties, pour les salles de bal, pour les ateliers, etc., fussent prises pour utiliser au profit de l'appel de l'air vicié la chaleur incommode et les gaz développés par les appareils d'éclairage. Tout au moins faudrait-il, si l'on ne peut les utiliser, faire évacuer à l'extérieur ces gaz qui altèrent et échauffent l'air intérieur. » Les dispositions que nous venons d'indiquer seront d'ailleurs faciles à réaliser, si l'architecte s'occupe de la ventilation et du chauffage en même temps que de la construction, ce qui n'arrive malheureusement presque jamais. » Ventilation des amphithéâtres du Conservatoire des Arts et Métiers.— J'ai cherché à appliquer, autant qu'd m'a été possible, les règles précédentes à ces amphithéâtres dont la ventilation, insuffisante pour le plus grand et nulle pour le plus petit, donnait lieu à des inconvénients assez graves. » On sait que le Conservatoire a deux amphithéâtres: l'un rectangulaire, qui contient parfois plus de 700 et même 800 auditeurs; l'autre demi-cir- culaire, où il n'y a place que pour 400 auditeurs an plus. » Ils sont chauffés par des calorifères à air chaud, et celui du petit am- phithéâtre dessert en outre la bibliothèque pendant le jour. » La disposition des bâtiments existants ne nous permettait pas de trou- ver place pour des cheminées d'appel particulières à chaque amphithéâtre dans leur enceinte, et nous avons été conduit à établir au milieu de la cour une cheminée spéciale destinée à servir à l'évacuation de l'air vicié de tous les deux. » Cette cheminée, tronc-conique, a 18 mètres de hauteur, 2 re ,6o de dia- mètre à sa base et 2™, 10 à son sommet, où sa section est, par conséquent, de 3 œ i,46. ( 204 ) » Elle est entourée extérieurement par un fourneau recouvert d'un au- vent pour le service des laboratoires, lorsqu'il y a des préparations infec- tantes à faire. » A sa base débouchent deux galeries de 2 m ,45 de hauteur sur i m , 11 de largeur, offrant une section de passage de 2 mq ,5o,3, et qui ont leur ori- gine au-dessous des gradins des amphithéâtres. Des portes, dont on peut régler l'ouverture, sont placées vers cette origine, afin de permettre d'acti- ver ou de modérer, selon les besoins, l'énergie des appels. » Une grille de i"','22 sur i m ,22, ou i mq ,5o8 de surface, est placée à i m ,o8 de hauteur au-dessus du sol, à la base de la cheminée, et reçoit un feu de houille dont la chaleur détermine l'appel de l'air vicié et subsidiaire ment la rentrée de l'air pur. » Dans les parois verticales des gradins des amphithéâtres sont prati- quées des ouvertures grillées qui se trouvent immédiatement derrière les jambes des auditeurs. » Ces orifices d'appel sont au nombre de 1 45 pour le petit amphithéâtre et offrent une section libre de 4 mq ,t>878 qui, à raison de 36o auditeurs, revient à o mq ,oi3o par personne. » Dans le grand amphithéâtre, il y en a 68 offrant une section libre de o mq ,oo , yi8 par personne, en comptant sur 700 auditeurs. Il y aura heu d'en augmenter le nombre si la disposition des charpentes le permet » Chauffage et arrivée de l'air nouveau. — En ce qui concerne le chauffage et l'arrivée de l'air nouveau, nous n'avons pu, en 1862, compléter que l'installation des appareils du petit amphithéâtre et commencer seulement en partie celle du grand. Nous nous occuperons donc principalement du premier. » Le calorifère à air chaud a une surface de chauffe de 49 mq >5i et l'am- phithéâtre une capacité de 1 484 mètres cubes, ce qui correspond à 33 mq ,4 par 1000 mètres de capacité à chauffer et à ventiler. » La prise d'air du calorifère se fait dans la cour, et l'air extérieur arrive dans une chambre où cet air se partage entre deux portions, dont l'une traverse l'appareil pour s'échauffer, et dont l'autre se mêle plus loin à la première pour fournir à l'intérieur de l'amphithéâtre de l'air à une température convenable. Ce mélange s'opère et se varie, selon les besoins, au moyen de registres que manœuvre le chauffeur, d'après les indications de thermo- mètres placés à l'intérieur de l'amphithéâtre. Les dispositions dont nous venons de parler sont relatives à l'air nouveau , qui doit être introduit dans la partie inférieure de l'amphithéâtre, au pied et le long du mur de fond, ( ao5 ) parallèlement au plan du tableau, par des grilles placées à fleur du plancher Je crois devoir dire à ce sujet que si j'ai dérogé à la règle, que j'ai posée précédemment, de ne jamais faire déboucher l'air à fleur des planchers, c'est que j'ai été arrêté par quelques difficultés locales, et que les grilles sont à une certaine distance du public. A l'aide de dispositions particu- lières, et surtout en ayant soin de ne faire arriver dans l'intérieur, par ces orifices, que de l'air à une température très-voisine de celle qu'on veut y conserver, on est parvenu à éviter presque entièrement les inconvénients que l'on pouvait craindre de ce mode d'introduction. Cependant je n'en- gagerais pas à l'imiter, et il est probable que je modifierai cette disposition en faisant affluer cet air à 3 ou 4 mètres au-dessus du sol. » La plus grande partie de l'air nouveau nécessaire à l'assainissement de l'amphithéâtre est d'ailleurs fournie par des orifices ménagés au-dessus de la corniche qui existe à la naissance de la voûte hémisphérique. » Ces orifices rectangulaires ont o m ,4o de hauteur sur un développe- ment de 8 m , 4o, et présentent ensemble une surface libre de 3 m i, 1 8 ; soit o mi ',oo8 par auditeur. » Ils sont ouverts dans la paroi d'un canal en arc de cercle compose de deux parties, établi dans le comble, en arrière de la voûte, concentrique- ment à la salle. » Sur la corniche et devant ces orifices, on a placé ultérieurement, et par des motifs dont je parlerai plus loin, une sorte de paravent de o m ,55 de hauteur qui dirige l'air tangentiellement à la voûte et l'empêche d'affluer directement vers les spectateurs. » Enfin deux ouvertures circulaires de o m ,g5 de diamètre, garnies de grilles, et offrant une surface libre de o mc i,']5i^, sont pratiquées dans le tympan auquel est limitée la voûte hémisphérique et fournissent aussi de l'air nouveau. » Ces deux dernières séries d'orifices, comme ceux de la corniche et du tympan, sont alimentées par un mélange d'air chaud et d'air froid obtenu et réglé de la manière suivante : l'air chaud est envové par le calorifère dans deux conduits rampants passant sous les gradins aux deux extrémités de l'hémicycle; il débouche dans un conduit vertical pour gagner le conduit circulaire de distribution établi en arrière de la corniche, dans le sens duquel il est dirigé par une languette horizontale de 3 mètres environ de longueur. » Presque directement au-dessus de ce conduit d'air chaud ascendant ( ao6 ) se trouve une cheminée d'introduction d'air débouchant au-dessus du toit, et par laquelle, sous l'action de l'appel, il se produit un courant des- cendant, qui est dirigé, par la même languette dont nous venons de parler, dans le conduit circulaire de distribution. » Il se développe ainsi deux courants verticaux, l'un ascendant inférieur, d'air chaud, passant sous la languette; l'autre descendant, d'air froid, pas- sant au-dessus de cette languette. Ils arrivent dans le même sens dans le conduit de distribution, et quand ils sont parvenus à l'extrémité delà lan- guette qui les séparait, le courant d'air chaud, plus léger, se mêle nécessai- rement au courant d'air froid. » Ce dispositif me semble à la fois le plus simple et le plus sûr qu'il soit possible d'employer. » Des registres, disposés dans les deux conduits d'air chaud et d'air froid, permettent de varier la proportion du mélange de manière à l'amener à la température convenable. » Pour éviter que les portes qui donnent accès au public, soit dans l'am- phithéâtre, soit dans l'enceinte réservée, n'y produisent, parleur ouverture ou par leur fermeture incomplète, des courants d'air désagréables, nous avons fait disposer, dans le couloir circulaire d'arrivée du public, deux bouches de chaleur qui y maintiennent une température inférieure à celle de l'amphithéâtre. De plus, entre les portes qui, de part et d'autre, con- duisent dans l'enceinte réservée et au siège des professeurs, deux autres bou- ches, venant aussi du calorifère, versent de l'air chaud dans le même but. >- Tel est l'ensemble des différentes dispositions prises pour le petit amphithéâtre. Elles ont été exécutées avec beaucoup de soin et d'intelli- gence par M. Guérin, ingénieur de la maison Léon Duvoir-Leblanc. » De la température qu'il convient de maintenir dans un amphithéâtre. — Au moment où l'on a commencé à faire fonctionner le chauffage et la ven- tilation, je croyais, d'après l'expérience ordinaire des lieux habités, qu'une température de i6° à i8° était celle qu'il convenait de maintenir dans un amphithéâtre rempli d'auditeurs, et les appareils furent conduits en conséquence. » L'observation ne tarda pas à faire reconnaître qu'il y avait là une erreur, et qu'il n'en est pas d'un lieu abondamment ventilé comme d'un appartement qui ne l'est pas. » Toutes les fois que la température est descendue à i8° ou un peu au- dessous, MM. les professeurs comme les auditeurs ont trouvé qu'il faisait ( 20 7 ) trop frais, et nous sommes successivement arrivés à maintenir le plus habi- tuellement cette température à 20 et 21 °, quel que soit le nombre des audi- teurs. » Quant à l'air affluent, pour qu'il ne causât pas une sensation désa- gréable, il a fallu lui donner dans le bas une température presque égale à celle de l'intérieur, et dans le haut, au pourtour de la corniche, tout au plus 5 à 6° de moins. » Résultais d'observations. — L'élévation de la température dans les am- phithéâtres étant la principale cause du malaise qu'on y éprouve souvent, notre attention s'est d'abord portée sur la réglementation des températures. » L'on y est parvenu très-promptement à l'aide des registres qui, pour chaque orifice d'arrivée de l'air nouveau, permettent de proportionner à volonté les volumes d'air chaud et d'air froid, en ouvrant plus ou moins la porte d'accès de l'air vicié dans les galeries d'appel, et enfin en activant le foyer de la cheminée d'évacuation, selon que sa température extérieure était plus ou moins élevée. » Après très-peu de jours, le chauffeur est devenu si familier avec la marche des appareils que, quels qu'aient été le nombre des auditeurs et la température extérieure, il est parvenu à renfermer la température inté- rieure, dans le bas et dans le haut de l'amphithéâtre, entre les limites de 19, 20 et 2i° centigrades. » C'est ce que constate tous les jours, pour toutes les séances et depuis plus de deux mois, un registre d'observations dont je me borne à extraire les chiffres relatifs à une quinzaine. „ , ,, ,. (1 er Cours . Nombre d auditeurs. . 1 ( 2 e Cours . Température extérieure. Tempera- / , i« Cours . tnr« \ en bas . . . „ „ . tu . re \ '2 e Cours intérieure 1 , ,_ _ del'amphi- en haut . | ' Cours ' théâtre. ! ( '2 e Cours . Températures intérieure s moyen nés Moyenne générale . . DÉCEMBRE 24 JANVIER 16 17 18 U) 20 21 22 23 4 5 6 7 8 9 206 «8 0° 20 20 20 20 23.', 3° 20 20 20 20 So 7° 6° 20 20 20 20 3 1 5 36o r-O 20 '9 20 j 5 20 2J0 I2/| 11" 20 21 21 21 i5S i5g 8° 20 '9 20 20 213 ,98 4° 18 20 20 20 188 37 5° 22 20 20 20 216 1S0 1 21 20 20 20 82 35 fi° '9 20 '9 «9 240 210 8° 21 20 21 20 5 7 7° '9 » 20 275 172 5° 19 20 ■9 20 92 58 50 ■9 18 20 ■9 295 3fi5 3° 18 iS 20 ■9 20 20 20 .y, 88 20, fô 20,75 19,50 20, 5o 20,20 19)25 20, 5o 19.5 ■9> 5 ■9 ,8, 7 5 19,84 ( 2o8 ) » L'on voit par ces résultats, qui d'ailleurs sont obtenus par un simple chauffeur intelligent et actif, combien les dispositions adoptées permettent d'obtenir de régularité dans la température intérieure. » L'on peut voir aussi par ce tableau que, pendant ces quinze jours de cours, la température extérieure a varié de o à 8°, le nombre des auditeurs de 35 à 365 (de i à io)dans le même local, et que cependant la température intérieure a pu être maintenue avec une régularité telle, que la moyenne générale ayant été de io,°,84, le plus grand écart de la température inté- rieure par rapport à cette moyenne n'a été en moins que de i°,84 et ne s'est produit que le 22 décembre et le 9 janvier, ou trois fois en vingt-huit séances, et que le plus grand écart en plus n'a été que de i°,25 et ne s'est produit que le 23 décembre, ou une seule fois sur vingt-huit séances. » Il y a même cela de remarquable que, dés qu'on s'aperçoit qu'un sur- croît accidentel d'auditeurs ou toute autre cause tend à élever la tempéra- ture au delà de 20 à 21 , un simple changement d'ouverture des registres suffit pour produire en quinze minutes un abaissement de température de i° et revenir à la température normale fixée à 19 ou 20 . » Volume d'air vicié évacué par heure et par auditeur. — Des expériences exécutées le 10 janvier i863, alors que la température extérieure était de 6° et la température intérieure de 20 au petit amphithéâtre et de 19 à 20 au grand, ont montré qu'en maintenant au bas de la cheminée d'évacuation une température de 33°, supérieure de 27 à la température extérieure, on pou- vait faire évacuer par cette cheminée 2604 3 mètres cubes d'air par heure, en tenant les portes des galeries partiellement ouvertes; sur ce volume total 1 3535 mètres cubes venaient du grand amphithéâtre et 1 2 5o8 mètres cubes du petit. » La vitesse moyenne de l'air vicié appelé des amphithéâtres était, dans la galerie venant du grand, égale à i m ,45, dans celle du petit i m ,34, et elles pourraient être facilement augmentées en donnant plus d'activité au foyer d'appel ou en ouvrant davantage les portes d'entrée de ces galeries. » L'évacuation de i2 5o8 mètres cubes d'air par heure du petit amphi- théâtre, alors qu'il y avait dans son enceinte: au premier cours, i23auditeurs, au deuxième i44> en moyenne i32 auditeurs, correspond à une évacuation et .1 une introduction d'air nouveau de 96 rac ,75 par heure et par auditeur. » L'intérieur de l'amphithéâtre ne laissait percevoir aucune trace d'odeui sensible, et même le courant d'air vicié extrait qui parcourait la galerie d'évacuation ne produisait aucune sensation perceptible. » Mais il n'en était pas de même, le même jour, de l'air extrait du grand amphithéâtre, dont le volume, trouvé égal à i3 535 mètres cubes alors qu'il ( *°9 ) y avait au premier cours 480 auditeurs et au second 620, soit en moyenne 53o auditeurs, correspondait à une ventilation de 24™, 43 par heure et par auditeur. » Quoique dans l'intérieur de l'amphithéâtre l'air parût sain et inodore, il n'en était pas de même de celui qui en était extrait et qui affluait vers la cheminée par le conduit d'évacuation. Il résulte de cette dernière observa- tion que le volume de 20 mètres cubes par heure et par auditeur paraît être une limite inférieure au-dessous de laquelle ne doit pas descendre la ven- tilation d'un amphithéâtre ou d'un local analogue destiné à contenir mo- mentanément un public nombreux, compacte et en repos. » L'on remarquera d'ailleurs que, pour le petit amphithéâtre, dont nous regardons l'installation comme à très-peu près complète, le volume de 12 5o8 mètres cubes d'air évacué le 10 janvier correspondait, même poul- ies séances les plus nombreuses, où il y a eu jusqu'à 365 auditeurs, à 34 me ,28 par heure et par auditeur, et que ce volume pourrait être facilement aug- menté par la seule ouverture de la porte d'appel et par l'accroissement d'activité du feu. » Je ferai connaître plus tard, lorsque les dispositions que je me propose de prendre pour le grand amphithéâtre auront pu y être complétées, les résultats définitifs qui auront été obtenus. Pour le moment, je me borne- rai à dire que nous sommes également parvenus à y maintenir une tempé- rature à très-peu près constante, malgré les variations des températures extérieures et celles du nombre des auditeurs. » J'en fournis ici pour preuve le relevé suivant des températures de quinze jours consécutifs, complètement conforme d'ailleurs à l'ensemble des résultats obtenus depuis le 4 novembre 1862 jusqu'à ce jour. „ . ,, ( 1 er Cours . Nombre d auditeurs. ! „ 2 e Cours . Dt -CEMB 20 RE JANVIER 16 17 18 19 21 22 23 24 4 5 6 7 8 9 53o 655 0° 20 20 20 20 55o C8o 3° 20 20 20 20 342 675 G° 20 20 20,5 20 3i5 5i3 7° 20 19 21 20 466 64o 6° 20 21 2! 21 38 7 5io 8° 20 "9 20 20 48o 45o 40 18 20 20 20 48o 63o 5° 22 20 20 20 345 575 7° 21 20 20 20 278 3i3 6" 18 18 18 •9 374: 27S 8" 21 20 20 20 590 640 7° '9 20 20 20 46o 680 7° 18 20 19 20 54o 670 5° "9 20 20 21 46o 3 7 8 3° 18 '7 '9 iS Tempéra- / , ( î" Cours i en bas . . ! _ ture ] ( 2 e Cours . de l'amphi- J , ( i« Cours . ,, ... (en haut. ! , _ théâtre. \ 1 2 e Cours. 10 j i\j C. R., i863, I er Semestre. (T. LVI, N° S.) 28 ( 21° ) » Ce tableau moptre que, pendant les quinze jours qu'ont dure les observations, la température a varié de o° à 8°, le nombre des auditeurs de 278 à 688, ou de 1 à 2,08, et que cependant les températures intérieures ont pu être maintenues avec une régularité telle, que la moyenne générale de la température ayant été de 19 76, les plus grands écarts de la tempé- rature intérieure, par rapport à cette moyenne, ont été une seule fois de i°,76 en moins, et une fois seulement de 2°,84 en plus. » L'on voit donc avec quelle régularité, par les dispositions encore in- complètes qu'il nous a été possible d'exécuter en 1862, l'on parvient déjà à modérer les températures intérieures. Ce qui nous reste à faire est relatif aux arrivées d'air nouveau qu'il s'agit de rendre plus nombreuses, mieux réparties et surtout moins incommodes pour le public. Nous avons la certitude d'y parvenir facilement. » Observations sur les avantages des dispositions employées, au point de vue de la salubrité du chauffage. — Le mélange de l'air chaud fourni par le calo- rifère, en proportions variables à volonté, avec l'air frais pris à l'exté- rieur, permet de n'introduire dans les salles, pour le chauffage, que de l'air à une température très-modérée et fait, par conséquent, disparaître l'un des principaux inconvénients que l'on reproche à tous les calorifè- res à air chaud employés jusqu'à ce jour. » D'une autre part, l'aspiration énergique exercée par la cheminée d'ap- pel tend à accroître très-notablement la distance à laquelle l'air chaud de ce calorifère pourrait arriver, ce qui diminue encore un autre inconvénient de ce genre d'appareils. » En terminant cette communication, je crois devoir rappeler que les dispositions que j'ai adoptées ont été en grande partie commandées par l'état des lieux et des constructions existantes, et que, s'il s'était agi de constructions neuves, elles eussent été plus simples, mieux coordonnées et plus économiques. Aussi ai-je l'espoir de pouvoir fournir aux con- structeurs un type plus complet et plus parfait dans le nouvel amphi- théâtre, dont la construction sera commencée dans le courant de cette année 1 863. » MÉMOIRES PRÉSENTES. M. Duhamel, qui avait été désigné pour faire partie de la Commission mixte chargée de faire le Rapport sur l'orgue installé à Saint-Sulpice par MM.Cavaillé-Coll, ne pouvant, en raison d'une absence prochaine, prendre part aux travaux de la Commission, demande à y être remplacé. M. Séguier est désigné à cet effet. ( an ) M. le Maréchal Vaillant présente au nom de l'auteur, M. Martin de Brettes, un Mémoire « sur la similitude des trajectoires des projectiles oblongs de forme extérieure semblable et l'application de cette propriété au tracé des trajectoires, à l'établissement des tables de tir, à la détermina- tion d'un projectile capable d'un effet donné et de sa bouche à feu, etc. » Ce Mémoire est renvoyé à l'examen d'une Commission composée de MM. Piobert, Morin et de M. le Maréchal Vaillant. M. Mathieu présente au nom de M. IVibern, jeune savant suédois, une machine très-simple avec laquelle on peut, au moyen des différences de divers ordres, calculer et imprimer des Tables numériques. (Commissaires, MM. Mathieu, Chasles, Delaunay.) métallurgie. — Etudes sur Parier (Suite) ; par M. H. Caron. (Présenté par M. H. Sainte-Claire Deville.) (Commissaires, MM. Boussingault, Peligot, H. Sainte-Claire Deville.) « Trempe de Parier. — Dans la dernière Note que j'ai eu l'honneur de présentera l'Académie (i), j'ai montré analytiquement la différence qui existe entre l'acier non trempé, l'acier martelé et l'acier trempé; j'ai (ait voir que l'effet produit d'une manière complète par la trempe se trouve réalisé partiellement parle martelage. Ceteffel, c'est la combinaison intime du char- bon et du fer; il me suffira donc maintenant, pour expliquer le phénomène de la trempe, de démontrer qu'en refroidissant brusquement un morceau d'acier, on soumet en réalité ce métal à une compression presque instan- tanée qui a la plus grande analogie avec le choc d'un marteau. » Je prends une barre d'acier de qualité supérieure, je la chauffe rapi- dement à la température nécessaire pour obtenir une bonne trempe, et je la plonge immédiatement dans l'eau froide. Voici les changements qu'on remarque dans les dimensions de cette barre : Avant. A» rouge Apn's la trempe. ! 20,00 20,3?. '9>95 1 ,00 1 ,o3 1 ,01 1 ,00 1 ,o3 1 ,01 Volume en centimètres 20,000 21,557 2o,35i >< D'après les nombres qui précèdent, il est facile de reconnaître que la (1) Comptes rendus, 5 janvier i863. 28.. ( 2 ' 2 ) barre portée au rouge s'est dilatée de 20 cc ,ooo à 21™, 557; en ' a treni ~ pant dans l'eau, son volume est revenu à 2O C0 ,35i; l'effet de la trempe sur le métal a donc été de rapprocher brusquement les molécules les unes des autres par un mouvement tellement rapide, qu'il ressemble dans ses effets phvsiques au choc d'un marteau agissant en même temps dans tous les sens. C'est ce choc qui produit la combinaison entre le fer et le charbon. La température a pour effet de dilater le métal et de donner aux molécules la mobilité nécessaire pour qu'elles puissent se réunir ; le refroidissement rapide, en les rapprochant brusquement, produit la combinaison. » L'hypothèse d'une combinaison produite par un choc n'a rien que de très-vraisemblable; je pourrais citer bien des corps qui se combinent dans ces circonstances; néanmoins il sera préférable, je crois, de prouver par une expérience que la combinaison du fer avec le charbon ordinaire peut s'ob- tenir directement par le choc. Une barre de fer portée au rouge vif est martelée rapidement sur une enclume recouverte de charbon finement pulvérisé; lorsque cette barre s'est refroidie jusqu'au rouge sombre, on la trempe immédiatement dans l'eau froide. On reconnaît alors que dans certaines places le fer s'est transformé superficiellement en acier et peut par- faitement résister à la lime. Le même fer porté au rouge, refroidi au mi- lieu du charbon sans être martelé, n'offre pas trace d'aciération après une trempe exécutée dans les mêmes conditions. » Tl est facile d'expliquer pourquoi le martelage ne peut produire une combinaison aussi complète que la trempe. Le martelage, en effet, ne rap- proche les molécules que dans un sens seulement, tandis que la trempe agit en même temps dans tous les sens; de plus, la température qui persiste dans le métal après le choc du marteau tend, comme je l'ai démontré, à détruire la combinaison obtenue. Au contraire, après le choc résultant de la trempe, le métal est complètement froid ; il n'y a plus de réaction possible, et la combinaison du fer avec le charbon ne peut plus être détruite que par une nouvelle application de la chaleur. » Des effets de la trempe. — D'après Réaumur (i)et Rinman (2), le volume de l'acier trempé est de -^ plus grand que celui de l'acier non trempé. Karsteu (3), au contraire, dit qu'il n'est pas bien certain que tous les aciers trempés augmentent de volume et diminuent de densité. J'ai fait à (1) Réaumur, l'Art de convertir le fer forgé en acier, p. 338. (2) Rinman, t. I, p. 220 à 228. (3) Rarsten, t. III, p. 38o. ( »*3 ) ce sujet quelques recherches qui sont intimement liées à mes travaux chi- miques sur l'acier; je demande la permission de les rapporter. » Pour opérer la trempe de l'acier dans les conditions les plus favorables à la conservation de ses formes, je l'ai chauffé à l'abri de l'air dans un tube en terre rempli d'hydrogène. » Une barre d'acier martelé de i centimètre carré sur 20 centimètres de long a été trempée; après la trempe, la longueur de la barre avait diminué de o mm ,5; les autres dimensions avaient augmenté de o mm , 06; quant a la densité, elle était un peu plus faible, 7,79b' au lieu de 7,817. Avec d'aussi petites différences, il m'était difficile d'arriver aune conclusion bien nette; je pris donc le parti de répéter plusieurs fois la même opération, et j'obtins les nombres suivants : Avant Après Après Après la trempe. 10 trempes. 20 trempes. 3o trempes (A) ( 20,00 ig,5o l8,64 ■7.97 imensions en centimètres. ] °>94 0,96 °>97 i ,00 f 0,93 0,96 °>97 1 ,00 » Ainsi une barre d'acier de 20 centimètres de long, sous l'influence de 3o trempes successives, a diminué de près de 2 centimètres, c'est-à-dire d'un dixième environ de sa longueur. Après avoir subi ces 3o trempes, elle fin blanchie à la meule et au papier d'émeri, et je pus constater que sa densité, qui était, avant l'opération, de 7,817, était devenue de 7,743. Le volume avait donc augmenté, ce qu'on pouvait constater, du reste, par une mesure directe. Je dois dire aussi que cette barre avait presque complètement con- servé la vivacité de ses arêtes, et qu'il était tout à fait impossible d'attribuer sa diminution de longueur à une oxydation répétée. Ces expériences, re- nouvelées sur un grand nombre de barres d'acier de bonne qualité (1), me donnèrent toujours les mêmes résultats, et je dus en conclure que, sous l'influence de la trempe, l'acier en barre diminuait dans sa longueur, mais augmentait en largeur et hauteur dans des proportions telles, que sa densité devenait moindre. » Néanmoins l'opinion de Karsten, que j'ai citée plus haut, et la diffé- rence (analytiquement parlant) que je rencontrais entre les aciers diverse- ment fabriqués, me portèrent à continuer ces recherches. Je pris alors des aciers étirés au banc et des aciers laminés; je fis des essais sur des barres (1) Il est nécessaire que l'acier soit de très-bonne qualité, autrement il se fend après quelques trempes. ( 2J4 , prises dans des tôles d'acier d'Allemagne, soit en long, soit en travers. Voici sommairement les résultats que j'obtins : Acier rond étiré au banc. Dimensions Dimensions avant la irempe. après 10 trempes j 20, o5 •9>9 8 i 1,16 ,,i<; 1 20,00 20,45 ( 1 ,5i 1 ,5i ( 3 >:° 3,70 Acier lamine (tôle d'Allemagne) » En tenant compte des chiffres donnés plus haut (A), on voit que, sous l'influence de la trempe, i° L'acier réduit en barre au moyen du marteau diminue dans le sens de l'étirage; i° l'acier rond obtenu en partie au mar- teau et ensuite étiré au banc ( 1 ) change à peine de longueur; 3° l'acier laminé pris soit en long, soit en travers des feuilles de tôle, augmente de longueur (2). » La densité diminue dans tous les cas de la même façon. » Ainsi donc une barre d'acier peut, par la trempe, prendre des dimen- sions nouvelles mais variables en plus ou en moins, suivant la manière dont le métal a été travaillé. On s'explique facilement par là pourquoi les objets minces, comme les limes, par exemple, peuvent se voiler à la trempe; il suffit que, dans leforgeage, l'acier ait été plus frappé sur une face que sur la face opposée. Au moment de l'immersion dans l'eau, le côté qui s'est le plus allongé à la forge diminue pins que l'autre par la trempe et produit le défaut que je viens de signaler. » L'effet du refroidissement subit de l'acier lorsqu'on le trempe peut être, sous d'autres rapports, assimilé à l'effet produit par le choc d'un mar- teau. Si mon hypothèse est juste, il est bien clair que plus le refroidissement sera brusque, plus la force vive correspondante (qui représente le choc) sera considérable et plus l'acier devra prendre de dureté, d'aigreur, de retrait ou d'augmentation. C'est en effet ce que l'on pourra conclure du tableau suivant, dans lequel on trouvera la durée du refroidissement d'une même barre d'acier plongée dans des liquides convenablement choisis et les effets correspondants de la trempe sur le métal. (1) C'est le procédé de fabrication employé habituellement. (2) Je n'ai jamais pu soumettre cet acier à de nombreuses trempes, parce qu'il devient crique et se déforme très-vite. Eau i et 10 pour joo Eau. Eau. de clexlrine. Alcool à 36°. IO° 5o° 10° IO° 22° 6i° 23° 3o°,5 4" 7 n"3 l3"2 21"- bonne faible très-faible nulle ! i i insensible ( 2.5 ) Température du liquide avant la trempe. » » après la trempe. Durée du refroidissement du métal .... Qualité de la trempe , . Diminution dans la longueur de la barre après io trempes » Il serait trop long de rapporter ici tons les résultats que j'ai obtenus en trempant l'acier dans un .grand nombre de liquides tels que le mercure, l'eau chargée de différents sels ou acides, l'eau recouverte d'huile ou tenant en dissolution des matières mucilagineuses ou sirupeuses, l'huile, etc., etc. Je me bornerai seulement à dire que la dureté, l'aigreur, ainsi que les autres effets produits par la trempe semblent toujours être inversement propor- tionnels au carré de la durée du refroidissement du métal (a). Ainsi donc, dans cette circonstance, on peut encore assimiler l'effet de la trempe à l'effet produit par le choc d'un marteau sur le métal porté au rouge. » HYGIENE. — Des eaux publiques : Résumé tliéorico-pratique et conclusion; par M. G. Gkimaud de Caux. ( Commissaires précédemment nommés: MM. Chevreul, Morin, Rayer, Combes. ) « I. On dit communément les eaux potables; il faut dire les eaux publi- ques, attendu que, quand il s'agit d'alimenter une population, il n'est pas question d'eau à boire seulement, il s'agit d'eau pour tous les usages de la vie. » Si vous ne parlez que d'eau potable, vous n'avez plus de critérium; vous tombez dans la diversité des goûts et des habitudes. Les uns y vou- dront des nitrates, les autres des carbonates, etc., etc.. Si vous voulez, an contraire, une eau propre à tous les usages, les propriétés que ces (i) Il y a quelques années, M. Blondlot a remarqué que l'acier trempe dans des liquides mucilagineux ne prenait pas de dureté. (Extrait des Mémoires de l'Académie de Stanislas.) (2) La durée de ce refroidissement dépend naturellement de la température, de la den- sité, de la chaleur spécifique, de la conductibilité, et peut-être aussi de la mobilité du liquide employé pour la trempe. ( "6 ) usages exigent vous fourniront une base certaine pour déterminer la nature et la mesure des qualités que vous devez rechercher dans l'eau. » Or, il se trouve que l'eau qui convient à tous les usages de la vie est précisément aussi celle qui convient le mieux pour la boisson, au point de vue de la santé publique. Et la chose n'est pas contestable : car un ne contredit point les faits généraux. » II. En quelque endroit qu'on la prenne, l'eau a toujours la même origine; elle vient du ciel. Qu'elle coule d'une source ou dans un lit, son origine certaine et unique est toujours la pluie. Sous ce rapport, il n'y a pas de raison, il n'y a aucune possibilité d'établir des différences : l'eau de pluie est la même partout. » Les différences se prononcent quand l'eau de pluie, ayant atteint le sol, le traverse pour venir sourdre en un point plus bas que celui sur lequel elle est tombée, et reparaître modifiée dans sa composition première par les éléments variés que le terrain lui a cédés. » III. Pour juger de ces différences, il faut d'abord s'entendre sur la composition première, sur ce qui constitue essentiellement l'eau de pluie. » Physiquement, l'eau de pluie est le produit de l'évaporation des eaux qui s'étalent à la superficie du sol, évaporation que l'on imite dans les laboratoires lorsqu'on fait de l'eau distillée. » Chimiquement, l'eau de pluie comme l'eau distillée se compose de 85 d'oxygène et de i5 d'hydrogène : je cite les chiffres de Lavoisier. » Telle est donc la composition première de l'eau; telle est l'eau essen- tielle, l'unité, le terme de comparaison, le type auquel il faut rapporter les eaux de toute espèce, pour- les distinguer et les différencier. » Telle est l'eau des chimistes, l'eau de Lavoisier, l'eau dont M. Dumas a fabriqué de toutes pièces plus d'un kilogramme, en dix-neuf opérations réussies et au prix de cinquante expériences de vingt heures chacune. » Enfin telle est l'eau des hygiénistes. » IV. Puisque cette eau est le type de toutes les eaux, elle est donc propre à tous les usages soit économiques, soit industriels, et cela certaine- ment, en toute vérité, sans exception d'aucune sorte. Cherchez en effet un usage auquel l'eau de pluie ou l'eau distillée ne conviennent parfaitement. » On dira bien que l'eau distillée n'est pas bonne pour la boisson, qu'elle pèse sur l'estomac. Oui, si on la boit au sortir de l'alambic et avant qu'elle ait eu le temps d'absorber de l'air, dont toute bonne eau est exces- sivement avide. Non, si on la soumet à l'aérage, ou bien si on lui corn- ( 2I 7 ) mimique un principe aromatique, ou un principe alimentaire, ou un prin- cipe sucré, amer, acide, etc., ou un tonique quelconque. » Peut-on ignorer, au surplus, qu'il y a des parties du monde où l'on ne boit que de l'eau bouillie? Tels sont les Chinois, qui l'aromatisent avec le thé, et, plus près de nous, les Hollandais qui ont imité les Chinois. » V. Si l'on entrait dans les détails, on démontrerait que l'eau ne sert que d'excipient, de dissolvant, de véhicule, et que, par cela même et pour qu'elle remplisse bien son objet, il faut qu'elle soit neutre, » En partant de ce principe conforme à la vérité scientifique, laquelle vérité n'est jamais en contradiction avec la nature, on établit entre les eaux des différences qui permettent de les classer selon la prédominance des divers principes minéraux, fixes ou gazeux, qu'elles empruntent au sol a travers lequel ou sur lequel elles coulent. » VI. Et l'on tire de là deux conséquences générales immédiates : » La première, qu'à l'exception de l'eau qui tombe du ciel, toutes les eaux sont plus ou moins minçrales, » La seconde, qu'à vouloir disputer d'une eau quelconque, ce n'est pas de savoir si cette eau provient d'une source ou d'une rivière qu'il faut s'enquérir, mais de sa composition élémentaire, dont la plus ou moins grande pureté doit justifier la valeur intrinsèque relative. » Ici, évidemment, les lumières de la chimie sont du plus grand prix, mais elles ne donnent pas raison de tout, tant s'en faut. » L'eau du puits de Grenelle, dit M. Dumas, étant privée d'oxygène « libre, et étant légèrement alcaline, un tubage en fer n'en devait éprouver » aucun effet nuisible, et, au contraire, le fer devait s'y conserver aussi bien » que dans l'eau bouillie. Cependant l'érosion des tubes en tôle s'effectue » par l'action lente et mystérieuse d'une matière INAPERÇUE, avec une telle » régularité, que tout objet en fer en contact avec les eaux des puits forés » de la Touraine, avant qu'elles aient eu le contact de l'air, se détruit tôt » ou tard. Ainsi, un puits foré peut perdre tout d'un coup son tubage » s'il a été tube en fer et qu'il donne issue à des eaux contenant quelques :> traces de CEKT AiNS principes qui existent dans la nappe artésienne des sables » verts » (Dumas, Rapport, etc. ) » En fait d'eau, la chimie ne peut pas donner raison de tout. » VIL Venons maintenant à l'application. Ici l'observation surtout doit être consultée. Je dis l'observation et non pas l'expérience, puisqu'il est vrai, d'après la chimie elle-même, que l'expérience du laboratoire ne sau- rait tout dire, ni par conséquent tout régler. C. R., i8G3, i er Semestre. (T. LV1, N° 5.) 2Q, ( 3'S ) » L'observation, en effet, enseignera quelle est, sur l'économie animale, l'influence de telle ou telle substance, soit minérale, soit organique, dont l'analyse chimique aura signalé dans l'eau la prédominance. » Une fois en possession de ce résultat pour une eau quelconque, si l'on i affaire à une population agglomérée, s'abreuvant exclusivement de cette eau, on trouve inévitablement, dans le caractère physique et moral de l'ag- glomération, des traces profondes et manifestes de l'influence prévue. » Dégager cette influence, la bien caractériser, en déduire les causes, les éliminer, telle est la tâche imposée à l'hygiéniste, tâche dont l'accomplisse- ment, accroissant à jamais le bien-être d'une population, d'une localité, d'une contrée même, élève l'art médical à sa plus haute puissance et jus- tifie ses grandes, ses bienfaisantes prétentions, aussi bien que ses aspirations glorieuses. » VIII. Au point de vue de l'alimentation, les matières qui altèrent la composition de l'eau sont de deux sortes seulement. Elles sont minérales ou organiques. Dans une eau potable, la quajitité des substances minérales ne doit pas dépasser 60 centigrammes, et celle des substances organiques 1 centigramme. Au-dessus de ces quantités l'eau est médicinale, si l'excès est dans les sels ou dans leurs éléments constituants : on doit la considérer comme un /oison lent, si l'excès est dans la matière organique. » La limpidité et la température sont des qualités accessoires, transi- toires, parfaitement amovibles et n'intéressant en aucune façon le fond du sujet. » IX. L'action de l'eau sur l'économie ne se déduit pas seulement de celle qui pénètre dans le corps par ingestion. La préparation des aliments, la fabrication du pain, les boissons artificielles, etc., en introduisent des quantités sensibles qu'il n'est pas permis de négliger. » C'est bien ce fréquent emploi de l'eau sous toute forme et dans tous les usages de la vie animale qui lui donne tant d'importance. Quelle est la substance usuelle qui pourrait lui être comparée pour son influence géné- rale et permanente sur la santé publique? » X. Quand même les faits fournis par les statistiques comparées n'en donneraient pas la preuve irrécusable, la théorie suffirait pour démontrer que, dans les populations agglomérées, le chiffre de la mortalité est en rap- port nécessaire avec la plus ou moins grande pureté des eaux dont ces po- pulations sont obligées de faire usage. » XI. La question des eaux publiques ne se juge pas avec des expé- riences isolées. Ce n'est pas à ce qu'éprouve tel ou tel individu en particu- ( 2I 9 ) lier qu'il faut s'arrêter; c'est l'action générale sur la population qu'il faut démêler. L'analyse chimique, l'observation judicieuse des maladies parti- culières au pays et le chiffre de la mortalité sont alors des bases solides et des motifs certains de jugement. » XII. La question des eaux publiques doit être considérée des hauteurs les plus élevées de la science médicale. Le père de la médecine a signalé l'importance qui s'y attache en lui donnant une si grande place dans son traité des airs, des eaux et des lieux, son œuvre la plus philosophique, la plus féconde, et aussi, dans tous les temps, la plus admirée. » Comment se refuser à reconnaître cette importance , quand on ne peut pas nier, d'une part, que les climats exercent sur les populations une influence irrésistible, immédiate et permanente; d'autre part, que des trois éléments constituants de tout climat Veau est le seul sur lequel les moyens humains peuvent avoir quelque action positive ? » M. lîiii-cii adresse de Bodenheim, près Francfort-sur-le-Mein, un résumé, écrit en français, de ses recherches sur Yostéogénie, et plusieurs ouvrages ou opuscules qu'il a publiés en allemand, et dont quelques-uns se rattachent a la même question. Son travail manuscrit, qui se compose en partie d'obser- vations originales, et en partie de discussions des "opinions soutenues par ses devanciers et des faits apportés à l'appui, est beaucoup trop étendu pour pouvoir, même en éliminant la partie critique, trouver place dans le Compte rendu ; nous nous bornerons en conséquence à en reproduire le pa- ragraphe suivant, qui en est comme une des principales conclusions. « Je regarde comme incontestable que le tissu osseux, dans toutes les classes de vertébrés, se forme par épigénèse, c'est-à-dire par couches suc- cessives qui sont osseuses dès leur apparition, soit à l'intérieur, soit à l'ex- térieur des cartilages. La prétendue ossification du cartilage ne produit jamais de l'os; ce n'est toujours qu'un cartilage imprégné de substances calcaires, dont les cellules ne changent point de forme et ne se transfor- ment jamais en corpuscules osseux radiaires anastomotiques. » Ce Mémoire, avec les pièces imprimées qui l'accompagnent, est renvoyé à l'examen d'une Commission composée de MM. Serres, Flourens et Bernard. M. Boitviek, curé du Thil-Manneville (Seine-Inférieure), fait connaître un nouveau cas de perforation du plomb par des insectes. « Il y a une quinzaine de mois, dit-il, qu'on a placé à l'église du Thil ■ a 9 .. ( 2 20 ) Manneville une gouttière en plomb de o m ,oo35 d'épaisseur. Aujourd'hui cette gouttière est percée, dans la longueur de i mètre environ, d'une douzaine de trous de forme ovale ayant 5 à 6 millimètres de longueur sur 3 de largeur. Ces trous ont été percés de bas en haut ; j'ai cherché à la surface l'insecte perforateur, mais inutilement; il est probable qu'on le trouverait en levant la gouttière. Si l'Académie désire faire quelques recherches a ce sujet, je la prie de m'en avertir, je serai à ses ordres; sinon, on mettra des ouvriers pour réparer la gouttière. » (Renvoi à la Commission précédemment nommée pour des communications sur des faits analogues, Commission qui se compose de MM. Milne Edwards, Valenciennes, de Quatrefages et de M. le Maréchal Vaillant.) M. Bloxdeac (Ch. ) soumet au jugement de l'Académie un Mémoire in- titulé : « Du mode de constitution du pyroxyle ou coton-poudre ». (Commissaires précédemment nommés : MM. Dumas, Pelouze, Peligot.) M. Gérard envoie de Liège la description et la figure d'une pile électri- que à gaz, avec l'indication des divers avantages que présente, suivant l'au- teur, cette pilesur celles qu'on emploie d'ordinaire, principalement danscer- taines applications pour lesquelles elle réduirait notablement les dépenses. (Commissaires, MM. Pouillet, Babinet, Fizeau.) M. Deschamps, d'Avallon, adresse une Note à l'appui de l'opinion émise par M. Delbruck sur la quantité d'air nécessaire à la respiration, quantité qui serait moindre pendant le sommeil que pendant la veille. (Renvoi aux Commissaires désignés pour l'examen des communications de M. Delbruck et de M. Husson : MM. Payen et Longet. ) M. Dorner envoie un flacon du médicament liquide mentionné dans ses précédentes communications sur le traitement de diverses affections intes- tinales, un « extrait d'huile de genévrier. » (Renvoi à la Commission du legsBréant, déjà saisie des Notes de M. Dorner.) ( 221 ) CORRESPONDANCE M. le Secrét